SCENE I
DORANTE, PASQUIN
PASQUIN
Pour m'expliquer en termes plus clairs , j'ai avancé la dépense du voyage depuis notre garnison jusqu'à ce village-ci ; nous y avons déjà séjourné quinze jours sur mes crochets: je vous prie que nous comptions ensemble, et je vous demande mon congé.
DORANTE
Oh! palsembleu, tu prends bien ton temps î
PASQUIN
Hé! puis-je le çiieux prendre, monsieur? Vous venez d'être réformé; il faut bien que vous réformiez votre train.
DORANTE
Pasquin, quitter le service d un officier, c'est se brouiller avec la fortune.
PASQUIN
Ma foi, monsieur, je me suis brouillé avec elle
4i2 ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME.
dès le jour que je suis entré chez vous : mais , Dieu merci, je suis au-dessus de la fortune; je veux me retirer du monde.
DORANTE
Le fat î ô le fat !
PASQUIN
Oui, monsieur, j'ai fait depuis peu des réflexions morales sur la vanité des plaisirs mondains : je suis las d'être bien battu et mal nourri; je suis las de passer la nuit à la porte d'un lansquenet, et le jour à vous détourner des gi isettes ; je suis las enfin d'avoir de la condescendance pour vos débauches , et de m'enivrer au buffet, pendant que vous vous enivrez à table. Il faut faire une fin , monsieur. Je vais me rendre mari d'une certaine Lisette*, qui est le bel-esprit de ce village-ci. Les plus jolies filles du Poitou la consultent comme un oracle , parcequ'elle a fait ses études sous une coquette de Paris; g est là où elle est devenue amoureuse de moi.
Hé ! je n'ai point encore trouvé en mon chemin cette T^isette si aimable ; j'en sais mauvais gré à mon étoile.
P ASQUI>\
Ce n'est pas votre étoile, monsieur; c'est moi qui ai pris soin de vous cacher Lisette : je l'ai trouvée
(*) On lit, dans l'édition originale: Il faut faire une fin , monnietir , et je vay me rendre; je vay me rendre mari d'une certaine Lisette , etc. Gttto répétition put être une faute de l'imprinieur.