‹ uvres complètes de RegnardChapitre 258 sur 288 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

trop jolie pour vous la faire counoître. Mais cette digression vous fait oublier qu'il s'agit entre vous et moi d'une petite régie d'arithmétique. Il y a huit ans que je vous sers ; à vingt-cinq écus de gages, somme totale , six cents livres ; sur quoi j'ai reçu quelques coups de canne, coups de pied au cul*; partant reste toujours six cents livres, que je vous prie de me donner présentement.

DORANTE, d'un ton de colère.

Quoi ! j'ai eu la patience de garder huit ans un coquin comme toi !

PASQUIN

Tout autant, monsieur.

DORANTE

Un maraud !

PASQUIN

Oui , monsieur.

DORANTE

Huit ans, un valet à pendre !

Ah!

DORANTE

A noyer, à écraser !

PASQUIN

Il y a du malheur à mon affaire. Vous avez été

(*) Cette leçon est conforme à l'édition originale. Dans 1 édition de 1728 on lit, (luelques coups de caiine et coups de pied au eut; dans celle de 1760, Quelques coups de canne, quelques coups de pied aucul ; et dans les éditions modernes, Quelques coups de canne et quelques coups de pied au cul.

4i4 ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME, jusqua présent très content de mon service, et vous cessez de l'être dans le moment que je vous demande mes gages.

DORANTE, se radoucissant.

Pasquin, ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis la dupe de ma bonté. Va, mon cher, je veux bien encore ne te point chasser de chez moi.

PASQUIN

Vraiment, monsieur, ce n'est pas vous qui me chassez; c'est moi qui vous demande mon congé, et les six cents livres.

DORANTE

Non, mon cœur, tu ne me quitteras point. Tu ne sais ce qu'il te faut. La vie champêtre ne convient point à un intrigant, à un fourbe.

PASQUIN

Je sais bien que j'ai tous les talents pour faire fortune à la ville ; mais je borne mon ambition à Lisette, à qui j'apporte en mariage les six cents livres , dont je vais vous donner quittance.

( Il tire de sa poche un papier. )

DORANTE, lui arrêtant la main.

Peste soit du faquin ! Tu n'as que tes affaires en tête : parlons un peu des miennes. J'épouse demain la petite fermière Agathe. J'ai si bien fait , par mon manège, que le père est à présent aussi amoureux de moi que sa fille. Elle a dix mille écus , Pasquin.

PASQUIN

Vous n'avez que vos affaires en tête ; reparlons un peu des miennes.

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