SCENE I
bien, et de faire travailler leur argent à gros et très gros intérêt : mais pour une jeune personne comme Léonor , qui cherche à passer ses jours dans le plaisir , vous trouverez bon , s'il vous plaît , vous et madame sa mère, quelle préfère l'agréable à l'utile; et que moi, de mon côté, je fasse tout mon possible pour rompre un mariage aussi biscornu que celui-là.
M. MATHIEU
Hélas! ma pauvre enfant, romps, casse, brise le mariage en mille pièces, je m'en soucie comme de cela. Je t'aiderai même, en cas de besoin, pourvu que tu me fasses payer de mes peines un peu grassement.
MARINE
Un peu grassement ! Eh ! mort de ma vie , n'êtesvous pas déjà assez gras ? Allez , vous devriez mourir de honte d'avoir une face qui a pour le moins deux aunes de tour.
M. MATHIEU
Marine est toujours railleuse. Mais je ne songe pas que mon homme m'attend : il veut donner tantôt une sérénade à sa maîtresse. Musiciens et filles-dechambre ont volontiers commerce ensemble ; n'y en a-t-il point quelqu'un de tes amis à qui tu voulusses faire gagner cet argent-là?
Qu'il aille au diable, avec sa sérénade! Je vais songer à lui donner l'aubade, moi.
M. MATHIEU
Ce mariage te met de mauvaise humeur. Je vou-
lo LA SERENADE.
drois bien rester plus long-temps avec toi , je ne m'y ennuie jamais.
Et moi, je m'y ennuie toujours,
M. MATHIEU
Adieu.