‹ uvres complètes de RégnierChapitre 1 sur 89 · VI ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE · texte numérisé non relu

VI ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE

leau, dans lesquels le talent de Régnier est assez maigrement apprécié, et qui contiennent une vive censure de quelquesunes de ses satires, ont été pendant longtemps regardés comme la condamnation formelle de l'esprit, des mœurs et des sentiments même de notre auteur. D'où le silence pudibond gardé par la plupart des biographes et des critiques sur un écrivain au moins aussi digne que Malherbe de l'étude sérieuse des véritables philologues.

Après avoir analysé le génie particulier des satiriques latins, Boileau passe à Régnier, et le juge ainsi :

De ces maîtres savants disciple ingénieux, Régnier, seul parmi nous formé sur leurs modèles, Dans son vieux style encor a des grâces nouvelles. Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l'auteur, Et si, du ton hardi de ses rimes cyniques, Il n'alarmait souvent les oreilles pudiques.

Si l'éloge a le tort d'être insuffisant, la critique a le tort infiniment plus grave de paraître s'étendre à tout ce qui est sorti de la plume de Régnier.

Mais Boileau avait au fond une tout autre opinion de son devancier ; il tenait en si haute estime le disciple ingénieux d'Horace, de Juvénal et de Perse, qu'il regardait comme lu plus grande gloire l'honneur de lui être préféré :

Cessez de présumer, en vos folles pensées, Mes vers, de voir en foule à vos rimes glacées Courir, l'argent en main, les lecteurs empressés. Nos he3ux jours sont finis, nos honneurs sont passés; Dans peu vous allez voir vos froides rêveries DU public exciter les justes moqueries; Et leur auteur, jadis à Régnier préféré, A Pinchène, à Linière, à Perrin comparé.

(Epître x.)

Le rapprochement que fait ici Boileau, ou plutôt l'opposition qu'il établit entre Régnier et trois des écrivains les plus

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