SUR MATHURIN REGNIER. VII
médiocres de son temps, prouve qu'il le considérait, non pas comme un simple disciple, mais bien comme un maître au^ dessus duquel il était fier d'être placé.
Dans ses Réflexions sur Longin, il l'apprécie enfin à sa juste valeur, et l'éloge qu'il en fait n'honore pas moins celui auquel il est adressé que celui qui le donne. « Le célèbre Régnier, dit-il, est le poëte français qui, du consentement de tout le monde, a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes1. »
Il était impossible d'être, sous une forme concise, plus juste et plus vrai.
Mais les vers de Y Art poétique sont par malheur restés dans toutes les mémoires, et ces vers , généralement mal compris, et maladroitement commentés ensuite par quelques pédants sans discernement et sans goût, ontpendant longtemps égaré l'opinion sur le compte de notre poëte et l'ont privé d'une popularité dont il n'aurait jamais dû déchoir.
Cela dit, exposons, avant d'entrer dans les développements qu'exige l'étude sérieuse du génie de cet écrivain et du caractère de ses œuvres, les faits les plus marquants de sa vie, disons quelle a été son éducation, examinons le milieu dans lequel s'est écoulée sa première jeunesse, et cherchons si, dans ses plus grands écarts, son génie n'a pas plutôt subi l'influence de la société licencieuse au sein de laquelle il vivait, que cédé à ses tendances particulières et à ses propres inspirations.
Mathurin Régnier naquit à Chartres, le 21 décembre 1573, l'année qui suivit le massacre de la Saint-Barthélémy et précéda la mort de Charles IX.
1 Réflexions critiques sur quelques passages du rhéteur Longin. Réflexion 5.