‹ uvres complètes de RégnierChapitre 59 sur 89 · ODES · texte numérisé non relu

ODES

Jamais ne pouray-je bannir Hors de moy l'ingrat souvenir De ma gloire si-tost passée?

Toujours pour nourrir mon soucy, Amour, cet enfant sans mercy, L'offrira-t-il à ma pensée !

Tyran implacable des cœurs, De combien d'amères langueurs As-tu touché ma fantaisie !

De quels maux m'as tu tourmenté !

Et dans mon esprit agité Que n'a point fait la jalousie !

1 Cette ode, qui est belle, fut aussi imprimée pour la première fois dans le même recueil de 1641, et fut insérée dans l'édition de 1642. L'auteur y exprime les regrets d'un homme usé par les plaisirs, qui invective contre les peines de l'amour. Ma rot a fait quelque chose d'approchant dans cette jolie épigramme.

Plus ne suis ce que j'ay esté, Et ne le sçaurois jamais estre ; Mon beau printemps et mon esté Ont fait le saut par la fenestre.

Amour, tu as esté mon maistre, Je t'ay servi sur tous les dieux ; 0 si je pouvois deux fois naistre, Comme je te servirois mieux !

Mes yeux, aux pleurs accoutumez, Du sommeil n'estoient plus fermez ; Mon cœur frémissoit souz la peine A veu' d'œil mon teint jaunissoit ; Ht ma bouche qui gémissoit, Des soupirs estoit tousjours pleine.

Aux caprices abandonné, J'errois d'un esprit forcené, La raison cédant à la rage :

Mes sens, des désirs emportez, Flottoient, confus, de tous costez, Comme un vaisseau parmy l'orage.

Blasphémant la terre et les cieux, Mesmes je m'estois odieux, Tant la fureur troubloit mon âme :

Et bien que mon sang amassé Autour de mon cœur fust glacé, Mes propos n'estoient que de flame.

Pensif, frénétique et resvant, L'esprit troublé, la teste au vent, L'œil hagard, le visage blesme, Tu me fis tous maux esprouver ; Et sans jamais me retrouver, ,1e m'allois cherchant en moy-mesme.

Cependant lors que je voulois, Par raison enfraindre tes loix, Rendant ma flame refroidie, Pleurant, j'accusay ma raison, Et trouvay que la guerison Est pire que la maladie.

ODES. Til

Un regret pensif et confus D'avoir esté, et n'estre plus *, Rend mon. ame aux douleurs ouverte ; A mes despens, las ! je vois bien Qu'un bonheur comme estoit le mien Ne se cognoist que par la perte.

Édition de 1642 :

D'avoir esté, sans estre plus.

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