‹ uvres complètes de RégnierChapitre 62 sur 89 · CONTRE UN AMOUREUX TRANSY · texte numérisé non relu

CONTRE UN AMOUREUX TRANSY

Pourquoy perdez-vous la parole Aussi -tost que vous rencontrez Celle que vous idolastrez, Devenant vous-mesme une idole?

Vous êtes là sans dire mot, Et ne faites rien que le sot.

Tar la voix amour vous suffoque ; Si vos soupirs vont au-devant, Autant en emporte le vent, Et vostre déesse s'en mocque, Vous jugeant de mesme imparfaict De la parole et de l'effect.

Pensez-vous la rendre abbatue Sans vostre fait lui déceler?

Faire les doux yeux sans parler, C'est faire l'amour en tortue.

La belle fait bien de garder Ce qui vaut bien le demander.

Voulez-vous en la violence De vostre longue affection -,

1 Cotte pièce lie parut qu'en dGIO, après la niort de Régnier, et clic lie cor.tenoit qiie les cinq premières stailces;

Monstrer une discrétion9 Si on la voit par le silence, \]n tableau d'amoureux transy Le peut bien faire tout ainsi.

Souffrir mille et miile traverses, N'en dire mot, prestendre moins, Donner ses tourmens pour tesmoins De toutes ses peines diverses, De coups n'estre point abbatu.

C'est d'un asne avoir la vertu *..

L'effort fait plus que le mérite :

Car, pour trop mériter un bien, Le plus souvent on n'en a rien ; Et, dans l'amoureuse poursuite, Quelquefois l'importunité Fait plus que la capacité.

J'approuve bien la modestie ; Je lray les amans effrontez.

Esvitons les extrémitez.

Mais des dames une partie , Comme estant sans élection, Juge en discours l'affection.

En discourant a sa maistresse,

Que ne promet l'amant subtil?

Car chacun, tant pauvre soit-il,

Peut estre ricrte de promesse.

« Les grands, les vignes, les amans,

« Trompent tousjours de leurs sermens. »

1 Les sept stances suivantes furent ajoutées dans l'édition de 1642.

180 POÉSIES DE T.ÉGNIER.

Mais vous ne trompez que vous-mesme,

En faisant le froid à dessein.

Je crois que vous n'estes pas sain :

Vous avez le visage blesme.

Où le front a tant de froideur,

Le cœur n'a pas beaucoup d'ardeur.

Vostre belle, qui n'est pas lourde, Rit de ce que vous en croyez.

Qui vous void, pense que soyez Ou vous muet, ou elle sourde.

Parlez, elle vous oyra * bien ; Mais elle attend, et n'entend rien.

Elle attend, d'un désir de femme, D'ouyr de vous quelques beaux mots.

Mais s'il est vray qu'à nos propos On recognoist quelle est nostre ame, Elle vous croit, à ceste fois, Manquer d'esprit comme de voix.

Qu'un honteux respect ne vous touche :

Fortune aime un audacieux2.

Pensez, voyant Amour sans yeux, Mais non pas sans mains, ny sans bouche, Qu'après ceux qui font des présens L'Amour est pour les bien-disans.

1 Édition de 4G67 et suivantes :

Parlez, elle vous orra bien.

2 C'est la version du latin :

Audaces Forluna juvat, timidosque repellit.

STANCES SUR LA Cil

a foy, je fus bien de la feste, lVl Quand je fis chez vous ce repas ; Je trouvay la poudre à la teste, Mais le poivre estoit vers le bas.

Vous me montrez un dieu propice.

Portant avecq' Tare un brandon.

Appellez-vous la ch

Une flesche de Cupidon ?

Mon cas, qui se lève et ss hausse, Bave d'une estrange façon ; Belle, vous fournistes la sausse, Lors que je fournis le poisson.

Las 1 si ce membre eut l'arrogance De fouiller trop les lieux sacrez, Qu'on luy pardonne son offence, Car il pleura assez ses péchez.

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