‹ uvres complètes de RégnierChapitre 80 sur 89 · POÈTES SATIRIQUES · texte numérisé non relu

POÈTES SATIRIQUES

Inspire-moy, muse fantasque, Escrivant un combat falot Sur la peau d'un tambour de Basque.

A la gloire de Berthelot ; Et permets que. d'un pied de grive, Avec les orteils je récrive.

En la saison que les cerises Combattent la liqueur des vins, Régnier et luy vinrent aux prises Vers le quartier des Quinze- Vingts, Pour vuider une noise antique Vaillamment en place publique.

Régnier ayant sur ses espaules Satin, velours et taffetas, Méditoit, pour le bien des Gaules, D'estre envoyé vers les Estats, Et mériter de la couronne La pension qu'elle luy donne.

1 On place ici cette pièce parce qu'elle se trouve dans la plupart les éditions de Régnier,

Il voit d'un œil plein de rudesse, Semblable à celuy d'un jaloux Regardant l'amant qui caresse La femme dont il est époux, Berthelot, de qui l'équipage Est moindre que celuy d'un page.

Vers luy dédaigneux il s'avance, Ainsi qu'un paon vers un oyson, Ayant beaucoup plus de fiance En sa valeur qu'en sa raison ; Et d'abord luy dit plus d'injures Qu'un greffier ne fait d'écritures.

Berthelot avecq' patience Souffre ce discours effronté; Soit qu'il le fist par conscience, Ou qu'il craignist d'estre frotté :

Mais à la fin Régnier se joue D'approcher la main de sa joue.

Aussi-tost, de colère blesme, Berthelot le charge en ce lieu D'aussi bon cœur que, le cnresme, Sortant du service de Dieu, Un petit cordelier se rue Sur une pièce de morue.

Berthelot, de qui la carcasse Pèse moins qu'un pied de poullet, Prend soudain Régnier en la face, Et, se jettant sur son collet, Dessus ce grand corps il s'accroche Ainsi qu'une anguille sous roche.

De fureur son ame bouillonne ; Ses yeux sont de feu tout ardents ;

A chaque gourmade qu'il donne, De dépit il grince les dents, Comme un magot à qui l'on jette Un charbon pour une noisette.

11 poursuit tousjours et le presse, Luy donnant des poings sur le nez ; Et ceux qui voyent la foiblesse De ce géant sont étonnez, Pensant voir, en ceste deffaite, Un corbeau souz une alouette.

Ce Goliat, tout plein de rage, Avecq' ses pleurs répand son fiel, Et son sang luy fait le visage De la couleur de P arc-en-ciel, Ou bien de ceste étoffe fine Que l'on apporte de la Chine.

Phœbus, dont les grâces infuses Honorent ces divins cerveaux, Comment permets-tu que les muses Gourmandent ainsi leurs museaux, Et qu'un peuple ignorant se raille De voir tes enfants en bataille?

Régnier, pour toute sa deffense, Mordit Berthelot en la main, Et l'eust mangé, comme l'on pense, Si le bedeau de Sainct-Germain, Qui revenoit des Tuileries, N'eust mis fin à leurs batteries.

Mais ce vénérable bon père, Preud'homme comme un pèlerin , Dit à l'un d'eux : Bonne Gallère !

A l'autre ; Bon Sainct-Mathurin !

Je vous ordonne ces voyages, Mes amis, pour devenir sages.

Au bruit de ces grandes querelles, Où Régnier eust les yeux pochez, Une trouppe de macquerelles, Conduites par les sept péchez, Prestes de faire un bon office, Luy vinrent offrir leur service.

Soudain qu'elles voyent sa face Pleine de sang et de crachat, Elles font plus laide grimace (jue la souris prise du chat; Et leurs cris semblent aux oreilles Une musique de corneilles.

Mais Régnier, en mordant sa lèvre, Leur promet qu'il n'en mourra pas.

Berthelot s'enfuit comme un lièvre ; Et le bedeau haste ses pas, Ayant appaisé cette escrime, Pour aller faire sonner prime.

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