COMMENCEMENT D'UN POÈME SACRÉ
'aï le cœur tout ravy d'une fureur nouvelle,
Or' qu'en un sainct ouvrage un sainct démon m'appelle, Oui me donne l'audace, et me fait essayer Un sujet qui n'a peu ma jeunesse effrayer.
Toy dont la providence, en merveilles profonde, 5 Planta dessus un rien les fondements du monde, Et, baillant à chaque estre et corps et mouvements, Sans matière donnas la forme aux éléments ; Donne forme à ma verve, inspire mon courage : A ta gloire, ô Seigneur! j'entreprends cet ouvrage. 10
Avant que le soleil eust enfanté les ans ; Que tout n'estoit qu'un rien; et que mesme le temps, Confus, n'estoit distinct en trois diverses faces ; Que les cieux ne tournoient un chacun en leurs places ; Mais seulement, sans temps, sans mesure et sans lieu, 15 Que, seul parfait en soy, régnoit l'esprit de Dieu, Et que dans ce grand vuide, en majesté superbe, Estoit l'estre de l'estre en la vertu du Verbe; Dieu, qui forma dans soy de tout temps l'univers, Parla : quand, à sa voix, un mélange divers... 20