ABRÉGÉ DE CONFESSION
Puisque sept péchés de nos yeux Ferment la barrière des cieux, Révérend père, je vous jure De les abhorrer en tout poinct, Pourvu que je n'y trouve poinct L'impatience et la luxure.
Ces deux sont naturels en moy, Il n'y a ny rigueur de loy, Ny beau discours qui m'en retire ; Et, quand un simple repentir M'en voudroit enfin divertir, Mon humeur les feroit desdire.
J'ay tasché de les éviter Tous deux en disant mes Pater Et lisant la saincte Escriture; Mais, au milieu de mes combas, Ces flatteurs me disent tout bas Qu'ils sont enfans de la nature.
Ce n'est poinct Dieu qui les a mis Au nombre de mes ennemys ; C'est quelque Pandore seconde, Qui, pour affliger les humains, A semé de ses propres mains Cest mensonge par le monde.
Car je ne sçay point d'Augustin,
De Carme, ny de Célestin,
Tant soit-il ferme et plein de zelle,
Si remply de dévotion,
Qu'il puisse, entrant en action,
Tenir une loy si cruelle.
Faictes donc, ainsi que j'ay dict, Que je puisse avoir ce crédit Pour estre net de conscience Comme les vieux saincts l'ont esté, D'estre de ce nombre arresté La luxure et l'impatience.
Le tout-puissant Jupiter Se sert de l'aigle à porter Son foudre parmy la nue, Et Junon du haut des cieux, Sur ses psons audacieux, Est souvent icy venue.
Saturne a pris le corbeau, Noir messager du tombeau ; Mars l'épervier se réserve ; Phœbus les cygnes a pris ; Les pigeons sont à Cypris Et la chouette à Minerve.
Ainsi les dieux ont escleu Tels oyseaux qui leur ont pieu Priappe qui ne voit goutte, Haussant son rouge museau A taston pour son oyseau, Print un asnon qui void goutte.
côi SUPPLEMENT AUX POÉSIES DE REGNIEE.
EPIGRAMMES
Jeunes esprits qui ne pouvez comprendre Comme il vous faut gaigner le jeu cTaymer, Le jeu de paulme a tous vous peut apprendre Qu'amour se doit pour la belle estimer. Le premier coup que quinze il faut nommer, C'est le devis, puis le baiser le trente, Et puis toucher du tetin a la fente, Quarente cinq doit conter l'amoureux ; Mais pour gaigner le jeu qui tant contente, Il faut frapper tout droit dans l'entredeux.
Hélas! ma sœur, ma mie, j'en mourrois, Disoit Alix qu on vouloit marier; Au premier coup vaincue je serois :
Rien n'en feray, ma mère a beau crier. Sa sœur respond : Alix, ne te courrousse Et de cela ne prends aucun esmoy, Car si tu veux que t'aide à la rescousse, Les premiers coups j'endureray pour toy.
Ce disoit une jeune dame
A un vieillard ; vous me faschez
Et vous tuez le corps et l'aine Pour néant à ce que tachez; Allez faire ailleurs vos rnarcnez, Mal vous sied ceste mignardise, Car quant à moi je suis promise, Pas ny voyez cler à demy, Pour vous rien n'est sous ma chemise, Cela n'est deu qu'à mon amy.
Margot s'endormit sur un lict, Une nuict toute descouverte.
Robin qui pour lors la surprit Voyant sa lanterne estre ouverte, Mit sa chandelle au plus profond.
Robin, ta chandelle se fond.
Non faict, dit-il, c'est une goutte Qu'en l'allumant elle dégoutte, Ce qui la faict ainsi fumer.
Vien, Robin, quand on ne voit goutte, Souvent ta chandelle allumer.
Par un matin une fille escoutoit Un cordelier qui décrotoit sa mère, La décrotant si fort la tourmentoit Que la fillette en eust douleur amère, Qui s'escriant : « Hola! hola! beau père, Que faictes-vous, la voulez-vous tuer?
Las je vous pry, autant qu'on peut prier, Que pour ce coup votre ire se desporte. Car quand j'entends ma mère ainsi crier, Souffrir voudrais la douleur qu'elle porte. »
Un bon vieillard qui n'avoit que le bec
Se trouvant court près d'une jeune dame,
Du désir prou, mais de cela à sec.
« Ne suis-je pas, ce dict-il, bien infâme! »
Pour tout discours lu y chante cette game;
Il taste, il monte assez pour récacher
Plus de cent fois et ne peut délascher,
Dont se mocquant dit la dame faschée :
« L'esprit est prompt, mais infirme est la chair,
Nostre curé souvent m'en a preschée, »
Un galland le fit et refit A une fille en s'esbatant, Et puis après la satisfit D'un bel escu d'or tout contant.
« Ma foy, je n'en auray point tant, Dict la fillette, c'est beaucoup, Serrez cela, dict-il à coup; Lors ce dict la fille au corps gent, Faictes-le donc encore un coup Pour le surplus de vostre argent. »