NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
tenait enfermé en punition de quelque faute , ce fils ne serait plus en droit de prier pour lui-même . mais ne pourrait-il pas prier pour les autres, et espérer d’obtenir ce qu’il demande , vu l’affection que son père lui porte? De même, les âmes du purgatoire étant aimées de Dieu et confirmées dans la grâce , rien ne saurait les empêcher de prier pour nous. Si TEglise n’est pas dans l’usage de les invoquer et de réclamer leur intercession , c’est qu’ordinairement nos prières leur sont inconnues ; mais on croit pieusement, ainsi que nous l’avons dit , que le Seigneur leur en donne connaissance; et alors, ces âmes pleines de charité ne manquent certainement pas de prier pour nous. Sainte Catherine de Bologne recourait aux âmes du purgatoire toutes les fois qu’elle avait quelque faveur particulière à demander . et elle se voyait aussitôt exaucée ; elle assurait même qu’elle avait obtenu , par leur moyen, bien des grâces qui ne lui avaient pas été accordées par l’intercession des Saints.
3® Obligation que nous avons de prier pour les âmes du * purgatoire.
Qu’on me permette de faire ici une digression en faveur de ces bonnes âmes. Si nous voulons obtenir le secours de leurs prières, il convient que, de notre côté , nous tâchions de les secourir par nos prières et nos bonnes œuvres. J’ai dit : Il convie.nt ; mais il faut ajouter que c’est même un des devoirs du chrétien ; car la charité exige que nous aidions notre prochain, quand notre assistance lui est nécessaire, et que nous pouvons la lui prêter sans une grande difficulté. Or, il est certain que , sous le nom de Prochain , sont aussi comprises les âmes du purgatoire, qui, quoique sorties de ce monde, ne laissent
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
point d’être dans la communion des saints , dit Saint Augustin : Piorum animœ mortuorum non separantur ab Ecclésial Saint Thomas s’exprime d’une manière encore plus claire et plus applicable à notre objet, en disact que la charité qui nous lie aux fidèles morts en état de grâce , est une extension de la même charité qui nous unit a nos frères vivants : Charitas , quœ est vinculum uniens membra Ecclesiæ, non solum ad vivos se extendit , sed eliam ad mortuos qui in charitate decedunt.^ D’où il suit que nous devons secourir, autant que nous le pouvons, ces saintes âmes ; et comme leurs besoins sont plus grands que ceux des vivants , il semble que , sous ce rapport , nous sommes encore plus obligés de les aider.
Or, dans quelle nécessité se trouvent-elles, ces saintes prisonnières ? — Il est certain que leurs peines sont immenses. Le feu qui les brûle , selon Saint Augustin , est un tourment qui surpasse tout ce que l’homme peut souffrir en cette vie : Gravior erit ille ignis , quam quidquid potest hoino pati in kac vita.^ Tel est aussi le sentiment de Saint Thomas , et il ajoute que ce feu est le même que celui de l’enfer : Sub eodem igné peccator crematur et electus purgatur ^ Voila pour ce qui regarde la peine du sens ; mais la peine du dam , ou la privation de la vue de Dieu, dont ces tendres épouses de Jésus-Christ sont affligées , est bien plus grande ; enflammées d’amour pour Dieu , non-seulement d’un amour naturel , mais encore d’un amour surnaturel, elles sont portées avec une extrême violence à s’unir a leur souverain bien ; mais se voyant retenues par les fautes qui leur restent a expier, elles en ressentent une douleur si amère que , si elles pou-
1 De '"ir. Del, l. 20. c. 9. lu i. s''nl. d. '*■’*. q. 2. s. 2.
.3; (n Vs. .>7. , ■ In aenl. d. 21. q 1. a. /.
G. IIOVK?:.
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
valent mourir, elles mourraient a chaque instant. Ainsi , cette séparation de Dieu, comme le dit Saint Jean Chrysostôme, est un supplice incomparablement plus cruel que la peine du sens : Mille inferni ignés simul uniti non darent tantam pœnam, quanta est sola pœna damni. Ces âmes aimantes préféreraient donc endurer toute autre peine plutôt que d’être privées un seul instant de cette union avec Dieu, après laquelle elles soupirent sans cesse. Voilà pourquoi le Docteur Angélique assure que le supplice du purgatoire l’emporte sur toutes les douleurs possibles de cette vie : Oportet quod pœna purgatorii, quantum ad pœnam damni, excédai omnem pœnam isUus vitœ.^ Denis le Chartreux rapporte qu’un homme ressuscité par l’intercession de Saint Jérôme déclara à Saint Cyrille de Jérusalem , qu’auprès de la peine la plus légère qu’il y ait dans le purgatoire, tous les tourments de la terre sont des soulagements et des délices : Si omnia tormenîa mundi mmori,quœ in purgatorio habetur,pœnœ cornparentur, solatia erunt/^ Il ajouta que, si une personne avait une fois éprouvé ces douleurs , elle aimerait mieux endurer jusqu’au jugement dernier toutes les souffrances de ce monde, que d’être condamnée pour un seul jour à la moindre peine du purgatoire. Aus.si Saint Cyrille, ^ que nous venons de nommer , écrivit-il à Saint Augustin , que les peines du purgatoire , quant à leur intensité , sont les mêmes que celles de l’enfer , et quelles ne diffèrent de ces dernières qu’en ce quelles ne sont pas éternelles.
Ces pauvres âmes sont donc en proie à des douleurs extrêmes, et, d’un autre côté, elles ne peuvent se procurer par elles-mêmes aucun soulagement; car, suivant
) Loco cit. '2) De Quat. Nov. a. 5.7 .
(3) Int. op. Auy. app. ep. 19, E. B.
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l’expression du livre de Job, elles sont dans les chaînes et dans les liens de l’indigence : Si fuerint in catenis , et vinciantur fiinibus paupertatis.^ Il est vrai quelles ont l’assurance de régner un Jour, mais elles ne pourront prendre possession de leurs trônes qu’après avoir été entièrement purifiées. Elles sont donc hors d’état de s'aider elles-mêmes , au moins d’une manière suffisante , si nous voulons ajouter foi a certains théologiens qui prétendent que ces âmes peuvent, même par leurs propres prières , se procurer quelque soulagement ; il leur est impossible de se délivrer de leurs chaînes , et elles doivent y être retenues jusqu’à ce que la justice divine soit rigoureusement satisfaite. C’est ce qu’un moine de Gîteaux, condamné au purgatoire, a un jour déclaré au sacristain de son monastère : « Secourez-moi , je vous en supplie , lui dit-il, secourez-moi de vos prières : car de moi-même je ne puis rien obtenir. » Saint Bonaventure a dit pareillement que les âmes du purgatoire sont si dénuées qu’elles n’ont aucun moyen de payer leurs dettes : Mendicitas impedit solutionem.’^
D’un autre côté, il est certain, et même de foi, que nous pouvons soulager ces bonnes âmes par nos suffrages et surtout par nos prières , dévotion non-seulement recommandée d’une manière spéciale , mais encore pratiquée par la Sainte Eglise ; et cela étant, je ne sais comment on pourrait excuser de péché celui qui néglige de leur prêter quelque assistance , au moins par ses prières. Si, après tout, la connaissance de leur extrême nécessité et de notre devoir envers elles ne suffit point pour nous porter à les secourir , ne soyons pas du moins indifférents â la satisfaction que nous procurons à Jésus-Christ, en
{\)Job. 36. 8.
(2) Serm. de mort.
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
travaillant a la délivrance de ses épouses chéries , pour quelles lui soient plus tôt unies en paradis. Considérons enfin combien de mérites nous pouvons acquérir en exerçant ce grand acte de charité envers ces âmes saintes, qui sont loin d’être ingrates, et qui savent bien apprécier l'immense service que nous leur rendons par nos prières , en abrégeant leurs soufFrances et en avançant leur entrée dans la gloire ; dès quelles seront au ciel, elles ne manqueront point d’intercéder pour nous. Et si le Seigneur a promis sa miséricorde â celui qui est miséricordieux envers son prochain : Beati miséricordes , quoniam ipsi misericordiam consequentur ; ^ on peut espérer son salut avec une grande confiance, quand on s’applique a soulager ces âmes si affligées et si chères a Dieu. Jonathas, après avoir procuré le salut des Hébreux par la victoire qu’il remporta sur les ennemis, fut condamné â mort par Saül, son père, pour avoir goûté du miel contre la défense qui en avait été faite ; mais le peuple se présenta devant le roi, et s’écria : Quoi donc ! Jonathas mourra-t-il , lui qui nous a sauvés? Ergone Jonathas morietur , qui fecit salutem hanc magnam in Israël ? ^ C’est ainsi que nous devons espérer que, si nous avons le bonheur d’obtenir la délivrance d’une âme du purgatoire et de lui ouvrir les portes du ciel , cette âme reconnaissante dira a Dieu ; Seigneur! ne permettez pas que celui qui m’a délivrée cks tourments , soit â jamais perdu. — Et si Saül accorda la vie à Jonathas â cause des instances du peuple , Dieu ne refusera pas le salut de son serviteur aux prières d’une âme qui est son épouse chérie. Saint Augustin assure en outre que ceux qui , pendant leur vie , auront le plus secouru ces saintes âmes, recevront aussi, par une pro-
I Matlh. O. 7. 2^/. !}eg. tL î”.
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
vidence particulière de Dieu , plus de secours de la part des autres ; s’ils vont en purgatoire.
Observons ici , pour la pratique, qu’un puissant moyen de faire du bien aux âmes du purgatoire, c’est d’assister a la Messe pour elles , et de les y recommander a Dieu par les mérites de la passion dé Jésus-Christ, en disant , par exemple : Père éternel ! je vous offre ce sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ avec toutes les douleurs qu’il a souffertes durant sa vie et 'a sa mort : par les mérites de sa passion , je vous recommande les âmes du purgatoire, 'particulièrement... etc. — C’est aussi un excellent acte de charité de recommander en même temps les âmes de tous les agonisants.
4° Est-il nécessaire d’invoquer les Saints ?
Ce que nous avons dit plus haut sur la question de savoir si les âmes du purgatoire peuvent ou non prier pour nous , et si par conséquent il nous est avantageux ou non de nous recommander à leurs prières , ne peut faire l’objet d’un doute par rapport aux Saints ; il n’est pas permis de nier qu’il soit très-utile de recourir 'a l’intercession des Saints canonisés par l’Eglise, lesquels jouissent de la vue de Dieu. Croire que l’Eglise peut se tromper dans la canonisation des Saints, ce serait une hérésie, ou du moins une erreur qui approche de l’hérésie , selon Saint Bonaventure, Bellarmin, Suarez , Azor, Gotti, etc., puisque, dans la canonisation des Saints, le Souverain Pontife est guidé par l’assistance infaillible du Saint- Esprit, ainsi que l’enseigne le Docteur Angélique.*
Mais reprenons la question préposée au commencement
(1) Quodî. 9. a. 16. ad 1.
ISÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
de ce paragraphe, savoir: Sommes-nous obligés de recourir k l’intercession des Saints ?
C’est un point que je ne veux pas entreprendre de décider, mais je ne puis m’empêcher d’exposer ici la doctrine de Saint Thomas. Dans plusieurs passages que nous avons cités, et spécialement dans son Livre des Sentences, le Saint Docteur pose en fait que nous sommes tous tenus de prier , puisque , comme il l’affirme , on ne peut obtenir de Dieu les grâces nécessaires au salut , si on ne les demande : Ad orationem quilibet tenetur , ex hoc ipso quod tenetur ad bona spiritualia sibi procuranda, quœ non iiisi divinitus dantur ; unde alio modo procurari non possunt, nisi ut a Deo petanturA Dans un autre endroit du même ouvrage , il demande précisément si nous devons prier les Saints d’intercéder pour nous : Utrum debeamus Sanctos orare ad interpellandum pro 7iobis et il répond affirmativement, parce que, dit-il, tel est l’ordre établi de Dieu. Notons bien ses paroles , surtout les dernières : Hoc divinœ legis ordo requirit,.. : sicut mediantibus Sanctorurn suffragiis Dei bénéficia in nos deueniunt , ita ojwrtetnos in Deuni reduci, ut iterato bénéficia ejus sumamus mediantibus Sanctis : * c’est-a-dire que , d’après Saint Thomas, l’ordre de la loi divine exige que nous,
(1 In 4. sent. d. 15. q. 4. a. 1. (2) Dist. 45. q. 3. a. 2-
{* Pour faire mieux comprendre le sentiment du Docteur Angélique , nous croyons devoir citer ici le passage en entier : Ordo est divinitus institutus in rebus , secundum Dionysium , ut per media ultima reducantur in Deum. Unde , cum Sancti qui sunt in patria sint Deo propinquissimi , hoc divinœ legis ordo requiril , ut nos , qui manentes in corpore peregrinamur a Domino , in eum per Sanctos medios reducamuY; quod quidem contingit , dum per eos divma bonitas suum effectum diffundit. Et quia reditus noster in Deum respon^ dere debet processui bonitatum ipsius ad nos, sicut mediantibus Sanctorum suffragiis Dei bénéficia in nos deveniunt , ita oporlet nos in Deumreduci, ut iterato bénéficia ejus sumamus mediantibus Sanctis. Et inde est quod eos intercessores pro nobis ad Deum constituimus , et quasi mediatores^ dum ab eis petimus quod pro nobis orent.
NÉCESSITÉ DE L\ PDIÈRE.
mortels , nous nous sauvions par ie moyen des Saints , en recevant par leur médiation les secours nécessaires au salut. — Et si l’on objecte qu’il est superflu d’avoir recours aux Saints, vu que Dieu est infiniment plus miséricordieux et plus porté à nous exaucer, il répond que Dieu l’a voulu ainsi , non par défaut de clémence, mais pour conserver l’ordre qu’il a universellement établi , d’agir par le moyen des causes secondes : Non est propter clefectum misericordiœ ipsiuSj sed ut ordo prœdictus conservetur in rébus.
Appuyé sur cette grande autorité , le Continuateur de Tournely dit avec Sylvius que , quoiqu’on ne doive prier que Dieu seul comme auteur des grâces , nous sommes néanmoins tenus de recourir aussi à l’intercession des Saints , afin d’observer l’ordre que le Seigneur a établi par rapport â notre salut , c’est-à-dire , afin que les inférieurs se sauvent en réclamant l’assistance des supérieurs: Quia lege naturalitenemur eum ordinem ohservare, quem Deus instituit ; at constituit Deus , ut inferiores ad salutem perveniant, implorato superiorum subsidioJ
§ IV
DE l’intercession DE LA SAINTE VIERGE,
Ce que nous avons dit de l’intercession des Saints , on doit le croire, et à bien plus forte raison, de celle de la Sainte Vierge, dont les prières sont certainement plus puissantes auprès de Dieu que celles de tout le paradis ; car, selon Saint Thomas, les Saints ont le pouvoir de
; I De Relig. p. 2. c. a. 5. q. 1.
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
sauver un nombre plus ou moins considérable d’autres âmes, a proportion des mérites qu’ils se sont acquis ; mais Jésus-Christ a mérité une telle abondance de grâces qu’il peut sauver tous les hommes , et il en est de même de sa divine Mère : Magnum estenim in quolibet Sancto, quando habet tantum de gratia quod sufficit ad salutem multorum; sed quando haberet tantum quod sufjîceret ad salutem omnium, hoc esset maximum, et hoc est in Christo et inBeata Virgine.^
De son côté, Saint Bernard dit en parlant de Marie que, comme nous n’avons accès auprès du Père éternel que par le moyen de son divin Fils , qui est Médiateur de justice, de même nous n’avons accès auprès du Fils que par le moyen de sa sainte Mère , qui est Médiatrice de grâce , et qui nous obtient , par son intercession , les biens que Jésus-Christ nous a mérités : Per te accessum habeamus ad Filium , o Inventrix gratiœ, Mater salutis , ut per te nos suscipiat qui per te daius est nobis.^ Le même Saint infère de la, dans un autre endroit, que Marie a reçu de Dieu deux plénitudes de grâces : la première a été l’incarnation du Verbe éternel dans son chaste sein; la seconde est la plénitude des grâces que nous recevons de Dieu par son intercession. 11 en conclut que, si nous avons quelque espérance, si nous obtenons quelque don , le salut même , c'est par le canal de la Mère de Dieu, ou affluent et d’où découlent toutes les faveurs célestes: Totius boni plenitudinem posait [Deus) in Maria, ut proinde, si quld spei in nobis est , si quid gratiœ, si quid salutis , ab ea noverimus redundare , quæ ascendit deliciis affluens : hortus deliciarum, ut undique fluant et effluantaromata ejus, charismata scilicet graliarum.^
(D Ewpos. in SaL Ang. (2) In Adv.Dom. s. 2. (3) S. de Aquœd.
NÉCESSITÉ DE L\ PUIÉRË.
Ainsi , tous les biens que nous recevons du Seigneur , nous viennent par l’intermédiaire de Marie ; et pourquoi cela ? parce que . répond encore Saint Bernard , telle est la volonté de Dieu : Sic est voluntas ejus qui totum nos habere voluit per Mariam. Mais Saint Augustin nous indique la raison spéciale de cette prérogative de Marie , en disant qu’elle est appelée a juste titre Notre Mère , parce qu’elle a coopéré par sa charité a nous faire naître à la vie de la grâce , comme membres de Jésus-Christ notre chef : Sed plane Mater membrorum ejus [quod nos sumus') ; quia cooperata est charitate, ut fideles in Ecclesia nascerentur , qui illius capiiis membra sunt."^ Ainsi, comme Marie a coopéré par sa charité 'a la naissance spirituelle des fidèles , Dieu veut encore qu’elle coopère par son intercession a leur faire acquérir la vie de la grâce en ce monde , et la vie de la gloire en l’autre. C’est pourquoi l’Eglise veut qu’en nous adressant a cette auguste Reine, nous lui donnions d’une manière absolue les titres de notre Vie, notre Douceur , notre Espérance : Vita, Dulcedo, et Spes nostra , salve !
D’après ce principe , Saint Bernard nous exhorte a recourir toujours a cette divine Mère, parce que ses prières ne peuvent manquer d’être exaucées ; Ad Mariam recurre; non duhius dixerim , exaudiet uiique Matrem Filius. — Filioli, hœc peccatorum scala, hœcmea maxima fiducia est, hœc tota ratio speimeœ il l’appelle « l’Echelle des pécheurs,)) parce que, comme on ne monte au troisième échelon qu’en s’appuyant sur le second , et au second qu’en se servant du premier , de meme on n’arrive à Dieu que par le moyen de Jésus-Christ , et l’on n’arrive â Jésus-Christ que par le moyen de Marie. Le Saint l’appelle
(I) De S. Virginif, c,
G. MOYEN
(2) de s^quæd.
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
encore Celle en qui réside « sa plus grande confiance el tout le fondement de son espérance , » parce que Dieu veut, suivant son principe, que toutes les grâces qui nous sont accordées , passent par les mains de Marie. — Il termine en disant que , toutes les grâces que nous désirons, nous devons les demander par l’enlremise de Marie, dont les prières ne sauraient jamais être rejetées : Quœramus gratiam , et per Mariam quæramus; quia quodquœrit invertit, et frusirari nonpotest.
Ajoutons que Saint Bernard n’est point le seul qui professe cette doctrine ; Saint Ephrem dit pareillem^ent que toute notre confiance repose en la Bienheureuse Vierge : Nohi^ non est alla quam a te fiducia , o Virgo sincerissima! * Saint Ildephonse, qu’un décret divin lui a confié le dépôt de tous les biens célestes destinés au genre humain : Omnia bona quœ illic summa Maj estas decrevit facere , tuis manibus volait commendare ; commissi quippe sunt tibi thesauri. . . et ornamenta gratiarum Saint Germain, que, si nous perdions Marie, nous nous trouverions sans ressource ; Si nos deserueris , quid de .nobis fiet , o Vita christianorum ! ^ Saint Pierre Damien , quelle tient entre ses mains tous les trésors de la divine miséricorde : In manibus tuis sunt thesauri miserationum Domini Saint Antonin , que , vouloir obtenir sans sa protection , c’est tenter de voler sans ailes : Qui petit sine ipsa duce , sine aîis tentât volare.^ — Saint Bernardin de Sienne, dans un endroit, dit que la Sainte Vierge est la Dispensatrice de tous les biens spirituels, et que d’elle dépend notre salut : Tu Dispensatrix omnium gratiarum; salas nostra iii manu tua est; et ailleurs il ne se borne pas â dire que
(1) De Laud. B. M. V. (2) De Cor. Virg. c. 75.
(3) De Zona B, V. ap.Sur.o t. Aug. (4, De Xativ. s i.
[5J P. A. lit. i5, c. ^2.
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toutes les grâces nous sont transmises par le moyen de Marie : Per Virginem a cajnte Christi vitales gratiœ in ejus corpus mysticum transfu7iduntur ; mms il assure même que , dès qu’elle fut élevée a la dignité de Mère de Dieu , elle acquit une certaine juridiction sur toutes les faveurs qui nous sont accordées : A ievvpore a quo Virgo Mater concepit in utero Verbum Dei, ciuamdam, ut sic dicam , jurisdictionem obtinuit in^omni Spiritus Sancti processions temporali; ita quod nulla creatura aliquam a Deo obti-‘ nuit gratiam , nisi secundum ipsius piœ Matris dispensationem. Le Saint conclut de la que tous lés dons sont dispensés par les mains de Marie et à qui il lui plaît : Ideo omnia dona , virtutes , et gratiœ , quibus vult , per ipsius manus dispensantur. ^ Saint Bonaventure n’éprouve aucune crainte d’affirmer la même chose : Cum tota natura divina intra Virginis uterum exstiterit, non timeo dicere quod in omnes gratiarum efjluxus quamdam jurisdictionem habuerit hœc VirgOj de cujus utero, quasi de quodarn Divinitatis oceano , flumina émanant omnium gratiarum, *
Fondés sur l’autorité des Saints que nous venons de citer , grand nombre de théologiens ont soutenu , avec autant de raison que de piété , le sentiment que nous ne recevons aucune grâce , si ce n’est par l’intercession de Marie. Telle est la doctrine enseignée par Vega, Mendozza, Paciucchelli , Segneri , Poiré , Grasset , et par beaucoup
(I) S. de Nat. M. V.c. 8.
(*) Ce dernier texte se lit encore dans le Sermon cité de Saint Bernardin, et nous ne l’avons point trouvé dans Saint Bonaventure. Ces deux grands Saints , de la même famille, célèbrent également les prérogatives de la Bienheureuse Vierge, et leurs noms reviennent souvent sous la plume de Saint Alphonse ; il ne serais donc pas étonnant que l’un de ces noms eût été écrit ou lu pour l’autre. On peut du reste regarder comme certain que le Docteur Séraphique ne désavouerait point le sentiment qui lui est ici attribué. Voir son Spe-culum B.M. y. Le Tradcctecr.
NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE
d’autres auteurs , d’accord avec le savant père Noël Alexandre , lequel s’exprime ainsi : Dieu veut que nous obtenions tout de sa bonté par la puissante intercession de la Vierge Mère, quand nous l’invoquons comme il convient : Deus vult ut omnia bona ah ipso eœpectemus , potentissima Virginis Matris intercessione , cum eam , ut par est f invocamus , impetranda.^ Il cite à l’appui de ce sentiment les paroles de Saint Bernard , rapportées plus haut : Sic est voluntas ejus qui totum nos habere voluit per Mariam.^ Le père Contenson dit la même chose en expliquant les paroles que Jésus-Christ adressa du haut de la croix à Saint Jean : Ecce Mater tua; ^ voici comment il paraphrase ce texte : Nul n’aura de part à mon sang , si ce n’est par l’intercession de ma Mère. Mes plaies sont des sources de grâces ; mais on ne peut recevoir ces grâces que par le canal de Marie. Jean, mon cher disciple , vous serez aimé de moi en proportion de l’amour filial que vous aurez pour elle : Quasi diceret : Nullus sanguinis illius particeps erit , nisi intercessione Matris meœ. Vulnera gratiarum fontes sunt; sed ad nullos deri^ vabuntur rivi , nisi per Marianum canalem. Joannes discipule, tantum a me amaberis , quantum eam amaveris.^ Du reste , il est certain que , si Dieu aime que nous ayons recours aux Saints , il lui sera encore plus agréable que nous réclamions l’intercession de Marie, afin que, par ses mérites, elle supplée à notre indignité , dit Suarez : Ut dignitas intercessoris suppléât inopiam nostram. Unde, Virginem interpellare non est de divina misericordia diffidere , sed de propria indignitate timere.^ Et quant à la dignité de Marie, Saint Thomas nous assure qu’elle est
fl) Ep. 50. in càlce Theoî. (2) S. de Aquœd. (3) Jo. 10. ^7.
(4) Theol. ment, etcord. t 2. ï. 10. d. 4.c. 1.
(5) De Incarn. p. ^ q. $7. a, 4. d. s. S,
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en quelque sorte infinie : Ex hoc quod est Mater Dei, habet quamdam dlgnitatem infinitam.^ On a donc raison de dire que les prières de Marie sont plus puissantes que celles de tout le paradis.