XV« CONSIDÉRATION
DE LA CONFIANCE QUE LES RELIGIEUX DOIVENT AVOIR DANS LA PROTECTION DE MARIE.
S'il est vrai, et cela est indubitable d’après Saint Pierre Damien, que notre divine Mère Marie aime tellement tous les hommes qu’il n y a et qu’il ne peut y avoir, après Dieu,
J/l) Gai. 6.
ET DE LA VOCATION
aucun être qui la surpasse ou qui l’égale en amour pour nous : Amat nos amore invincibili ; ^ combien devons-nous penser que cette grande Reine aime les religieux, qui ont consacré leur liberté, leur vie, tout enfin, à l’amour de Jésus-Christ! Elle voit que leur vie est la plus conforme à la sienne et a celle de son divin Fils ; elle les voit souvent occupés à célébrer ses louanges, continuellem.ent attentifs a l’honorer par des neuvaines, des visites, des rosaires, des jeûnes, et d’autres dévotions; elle les voit fréquemment à ses pieds, l’invoquant avec ardeur et lui demandant des grâces, mais des grâces toutes conformes à ses saints désirs, comme la persévérance dans le service de Dieu, la force de résister aux tentations, le détachement de la terre, l’amour divin. — Ah ! comxnent pourrions-nous douter qu elle ne fît usage de toute sa puissance et de toute sa miséricorde en faveur des religieux? comment pourrions-nous douter que nous ne fussions l’objet de sa bienveillance particulière, nous qui faisons partie de la Congrégation du Très-Saint Rédempteur, où l’on fait, comme il est notoire, une profession spéciale d’honorer la Vierge-Mère, par des visites quotidiennes, par le jeûne du samedi, par des mortifications particulières dans les neuvaines qui précèdent ses fêtes, etc., et par le zèle à répandre partout la dévotion envers elle, au moyen des sermons et des neuvaines en son honneur?
Cette auguste Souveraine n’est point ingrate; elle ne peut manquer d’aimer ceux qui l’aiment : Ego diligentes me diligo.^ Elle est même si généreuse qu’elle a coutume, dit Saint iVndré de Crète, de faire de grands dons à ceux qui lui ofïrent le moindre hommage : Solef maxima pro minimis reddere.^ Elle promet d’affranchir du péché ceux
M) îuNat. B. V. .9. /. 'i) Prov. 8. il . 3) \n Dorm.B. F. 5. .T.
G. MOYEN
DU CHOIX d’un état
qui l’honorent et qui s’efforcent de la faire honorer aussi des autres : Qui operantur in me, non peccabunt ; elle leur promet en outre le paradis : Qui élucidant me, vilain œternam habcbunt.^
Nous devons donc singulièrement remercier Dieu de nous avoir appelés a celle Congrégation, où les usages de la communauté et les exemples de nos confrères nous avertissent si souvent et nous, forcent pour ainsi dire de recourir a Marie, et d’honorer sans cesse celte tendre Mère qui est appelée a juste titre la Joie, l’Espérance, la Vie, le Salut de quiconque l’invoque et l’honore.
Prière.
Ma très-aimable et très-aimante Reine! je rends sans cesse des actions de grâces au Seigneur et à vous, de ce que, après m’avoir retiré du monde, vous m’avez appelé à passer ma vie dans cette Congrégation, où se pratique une dévotion singulière envers vous. Acceptez-moi donc pour votre serviteur, ô ma Mère 1 daignez permettre qu’admis au nombre de tant de fils que vous chérissez, je vous serve comme eux, tout misérable que je suis. Vous serez toujours, après Dieu, mon espérance et mon amour. Dans tous mes besoins, dans toutes mes peines et toutes mes tentations, c’est a \ ous que je recourrai toujours : vous serez mon refuge et ma consolation. Je ne veux, pour me soutenir dans les combats, les afflictions, et les ennuis de cette vie, que Dieu et vous. Je renonce a tout, aimant mieux être votre serviteur que de régner sur le monde entier : régner, pour moi, ce sera de vous servir, de vous bénir, et de vous aimer sur la terre, ô ma clémente Souveraine ! car, vous servir, c’est régner, comme le dit fort
(1) Ecclu 24. 30. — Ofpc. B. V.
ET DE LA VOCATION
bien Saint Anselme : Cui servire, regnare est. Vous qui êtes la Mère de la persévérance, obtenez-moi la grâce de vous être fidèle jusqu’à la mort. J’espère en faisant ainsi, et je l’espère avec certitude, d’aller un jour oîi vous régnez, pour vous louer et vous bénir éternellement, et ne jamais plus m’éloigner de vos pieds sacrés. Jésus et Marie ! je proteste avec votre affectueux serviteur Alphonse Rodriguez, que je veux souffrir pour vous, mourir pour vous, être tout à vous : Jesu et Maria, amores mei dulcissimi, pro vobis patiar, pro vobis moriar ; sim totus vester, sim nihil meus. -