XIV« CONSIDÉRATION
COMBIEN SONT NÉCESSAIRES A UN RELIGIEUX LES VERTUS DE DOUCEUR ET d’hUMILITÉ.
Jésus-Christ, notre très-aimable Rédempteur, a voulu être appelé Agneau, afin de nous donner une idée de sa douceur et de son humilité. Ces deux vertus sont celles qu’il a principalement recommandé à ses disciples d’apprendre de lui : Discite a me quia mitis sum et humilis corde. ^ Il les exige suiHout des religieux, qui font profession d’imiter sa sainte vie.
(1) Matth. a. ^9.
DU CHOIX d’un État
Quand on vit seul dans un disert, on n’a pas si grand besoin de ces vertus; mais lorsqu’on vit en communauté, il est impossible qu’on n’ait pas a souffrir, soit des réprimandes de la part do ses supérieurs, soit certains déplaisirs de la part de ses confrères : il arrive de là qu’un religieux qui ne s’attache pas à pratiquer la douceur, commettra chaque jour beaucoup de fautes et mènera une vie sans cesse agitée. Il faut donc que le religieux soit toute douceur envers tout le monde, envers les étrangers, envers ses confrères, et envers ses subordonnés si jamais il est supérieur : qu’il soit persuadé qu’un acte de douceur, lorsqu’il a à supporter des mépris ou des reproches, lui vaudra plus que mille jeûnes et mille disciplines.
Saint François disait que beaucoup de personnes cherchent la perfection dans les mortifications extérieures, tandis quelles ne peuvent souffrir une parole offensante, ignorant, ajoutait-il, qu’il est bien plus avantageux de supporter les injures : Non intelligentes quanto majus sit lucrum in tolerantia injuriarum. Bon nombre aussi, remarque Saint Bernard, paraissent pleins de douceur tant qu’il ne se dit et ne se fait rien qui les contrarie ; mais si quelque chose vient à les choquer, leur manque de vertu se découvre. — Quiconque est chargé de l’office de supérieur, doit savoir qu’il obtiendra plus de ses subordonnés par une remontrance faite avec douceur que par cent actes de sévérité.
Celui qui est doux se fait du bien à lui-même en en faisant aux autres, dit Saint Jean Chrysostôme : Mansuetus uiilis sibi et aliis. En somme, le même Saint nous enseigne que, la marque la plus certaine qu’une personne est vertueuse, c’est de la voir douce et patiente dans les contrariétés. Un cœur doux est ce qui plaît au cœur de Dieu:
ET DE LA VOCATION
Beneplacitum est illi fides et mansuetudo^ Il est bon que le religieux se représente, dans ses méditations, toutes les épreuves qui peuvent lui arriver, afin de s’armer d’avance contre elles; et quand il les rencontre, il doit se faire violence pour éviter le trouble et l’impatience. Il faut donc s’abstenir de parler quand on se sent agité, jusqu’à ce qu’on soit assuré d’être /entré dans le calme.
Mais, pour souffrir tranquillement les injures, il est surtout nécessaire d’avoir un grand fond d’humilité. Celui qui est vraiment humble, ne s’offense point de se voir méprisé ; au contraire, il s’y complaît et s’en réjouit intérieurement, bien que la chair n’y soit pas insensible : il est content de se voir traité comme il croit le mériter, et d’avoir ce trait de ressemblance avec Jésus-Christ, qui, quoique digne de tout honneur, a voulu, par amour pour nous, être rassasié d’opprobres. Lorsque le frère Junipère, disciple de Saint François, recevait des injures, il tendait sa tunique comme pour recueillir des perles tombant du ciel. Les saints ont toujours été plus avides d’humiliations que les mondains ne le sont de louanges et d’honneurs. Et qu’est-ce qu’un religieux qui ne sait pas supporter un affront pour Dieu? il sera toujours un orgueilleux, ou n’aura qu’une fausse apparence d’humilité, et la grâce de Dieu lui résistera, comme l’Esprit-Sai-nt nous en avertit : Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam.'^
Prière.
O mon très-humble Jésus, qui, pour l’amour de moi, avez bien voulu vous rabaisser et vous rendre obéissant jusqu’à la mort de la croix ! comment osé-je paraître devant vous et me dire votre disciple, en voyant que je suis
(i) Eccîi. i. 54.
(â) /. Pet. 5. 3.
DU CHOIX d’un État
chargé de tant de péchés, et néanmoins si orgueilleux que je ne puis essuyer un mé|)ris sans en éprouver du ressentiment? D’où peut me venir un tel orgueil, a moi qui, par mes péchés, ai tant de fois mérité d’être éternellement foulé aux pieds par les démons dans renfer?Ah! mon Jésus tant abreuvé de mépris! secourez-moi, faites que je devienne semblable a vous ; je veux changer de conduite. Vous avez souffert pour mon amour tous les opprobres ; je veux aussi, pour votre amour, supporter toutes les injures. Mon divin Rédempteur! en embrassant les humiliations avec tant d’amour pendant votre vie, vous les avez rendues si honorables et si désirables, que je veux mettre désormais toute ma gloire a souffrir avec vous et pour vous : Mihi absit gloriari, nisi in cruce Domini nosiri Jesu Chris
Très-humble Marie, Reine du ciel et Mère de Dieu I vous qui, en toutes choses et spécialement dans les souffrances, avez acquis la plus parfaite ressemblance avec votre divin Fils : obtenez-moi la grâce de supporter avec résignation tous les outrages qui me seront faits 'a l’avenir. Amen,