‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 121 sur 132 · I) TU · texte numérisé non relu

I) TU

(2) Can. 9.

(3) In TU. 4.

ET DE LA VOCATION

lettre d'Alexandre III a l’archevêque de Reims, au sujet d’un diacre qui avait frappé un autre diacre : le Pape décide que, si le coupable s’est véritablement repenti de son crime, il pourra, après avoir reçu l’absolution et accompli la pénitence qui lui aura été imposée, être réintégré dans les fonctions de son ordre, et que même, si dans la suite il donne l’exemple d’une vie parfaite, on pourra lui conférer le sacerdoce : Et siperfectœvitœ et couver sationis fuerity eum in presbyterum [j)oteris) ordinare^ Si donc vous avez contracté l’habitude de quelque vice, et que vous n’en soyez pas encore délivré, gardez-vous d’entrer dans aucun ordre sacré ; ce serait une faute grave, qui faisait horreur à Saint Bernard : Il convient au moins, disait-il, qu’on mette en règle sa propre conscience avant de s’occuper de celle des autres : Horreo considerans iinde, quo vocaris, prœsertlm cum nullum intercurrerit pœnitentiœ tempus. Etquidem reclus ordo requirit ut prius propriam, deinde aliénas curare studeas conscientias Un auteur ancien, Gildas le Sage, parlant de ceux qui, pleins de mauvaises habitudes, ont la témérité de s’élever au sacerdoce, dit qu’ils mériteraient plutôt d’être exposés au pilori : Multo dlgniores erant ad catastam pœnalem quam ad sacerdotium trahi.^ On doit donc, concluons-nous avec Saint Isidore, refuser tout a fait les saints ordres à quiconque est encore assujetti à quelque habitude vicieuse : Non sunt promovendi ad regimenEcclesiœ qui adhuc vitiis suhjacent,^

Mais lorsqu’on aspire a l’honneur de monter a l’autel, il ne suffit pas de se trouver exempt de péché, il faut avoir la bonté positive, c’est-a-dire, marcher déjà dans la voie

(1) Cap. i. De diacono. Qui cler. velvov. (2) Epist. 8.

(3) Cast. ineccl. ord. (4) Sent. l. S. c. 3 A.

DU CHOIX d’un Ér\T

de la pcrlection en possédant quelque habitude de vertu. Nous avons suffisamment prouvé dans notre Théologie morale, ^ par le sentiment commun des docteurs, que, celui qui vit dans l’habitude de quelque vice, et qui veut être promu a un ordre sacré, doit se trouver disposé a recevoir, non-seulement le sacrement de Pénitence, mais encore le sacrement de l’Ordre ; autrement, il sera mal disposé pour l’un et pour l’autre ; et il y a faute grave, tant pour l’ordinand qui reçoit l’absolution avec l’intention d’entrer dans les saints ordres sans les dispositions requises, que pour le confesseur qui l’absout ; car, il ne suffit pas a celui qui veut recevoir les ordres sacrés d’être sorti de l’état du péché, il faut qu’il ait encore, nous le répétons, la bonté positive nécessaire a l’état ecclésiastique, suivant le texte d’Alexandre lïl, cité ci-dessus : Si jierfeciœ vifœ et couver s ationis fuerit. La décision de ce pontife nous prouve que la pénitence suffit pour exercer un ordre déjà reçu, mais non pour être promu à un ordre supérieur ; et c’est précisément ce qu’enseigne le Docteur Angélique : Ordines sacri 'præexigunt sanctitatem ; unde poîidus ordinum imponendum est par ietibus jam per sanctitatem desiccatis, id est, ab humore vitiorum.’^ Doctrine conforme à celle que Saint Denis avait déjà établie : In divinoomni non audendum aliis ducem fieri, nisi secundum omnern habitum suum factus sit deiformissimus et Deo sinii'limus.'^ Saint Thomas en donne deux raisons : la première, c’est que, celui qui reçoit les saints ordres, doit s’élever au-dessus des simples fidèles par la sainteté de sa vie autant qu’il se trouve élevé au-dessus d’eux par la dignité de son ministère : Ad idoneam executionem ordinum non sufflcit bonitas qualiscumquej sed requiritur boni-

[i]L.6.n.6S. et s. [2] t 2^ q. i89. a. 1. (3) De Eccl. Hier. c.S.

ET DE LA VOCATION

tas excellens, ut, sicut illi qui ordinem suscipiunt super plehem constituuniur gradu ordinis, ita et superiores sint merito sanctitatis ; et ideo prœexigitur gratia quœ sufjficiat ad hoc quod digne connumerentur in plehe Christi.'^ La seconde raison, c’est que, par l’ordination, on reçoit la mission d’exercer a l’autel les fonctions les plus élevées, fonctions qui exigent plus de sainteté que n’en demande l’état religieux : Quia fer sacrum ordinem aliquis députatiir ad dignissima ministeria, quitus ipsi Christo servitur in Sacramento altaris ; ad quod requiritur major sanctitas interior quam requirat etiam religionis status."^

Aussi l’Apôtre 3 défend-il d’ordonner des néophytes, c’est-à-dire, d’après l’explication de Saint Thomas, ceux qui n’ont pas encore donné des preuves de leur constance dans la pratique des vertus : Qui non solum œtate neophyti, sed et qui neophyti sunt perfectione. C’est pourquoi le Concile de Trente, faisant allusion aux paroles de l’Ecriture : Ætas senectuiis vita immaculata prescrit aux évêques de n’admettre à l’ordination que ceux qui s’en montrent dignes par une sagesse mûre : Sciant episcopi debere ad hos [sacros) ordines assumi dignos duntaxat, et quorum probata vita senectus sit/^ Et il faut, dit Saint Thomas, que cette bonté positive des ordinands soit connue, non d’une manière douteuse, mais avec certitude : Sed etiam habeatur certitudo de qualitate promovendorum.^ Saint Grégoire recommande cette précaution surtout pour ce qui concerne la vertu de chasteté : Nullus débet ad ministerium altaris accedere, nisi cujus castitas ante susceptum ministerium fuerit approbata.’^ Il exige à cet égard une épreuve de plusieurs années : Ne unquam ii

( I ) Suppl, q. S3. a. i. (2) ISA. a. 8. (3) !. Tim. 3'. G.

{\)Sap.4,9. (3. Sess, J23 . cap. 1^. Suppl, q. 30. a. A.

7 l,ib. t. ep, A^.

DU CHOIX d’un État

qui ordinati sunt pereant, prius aspiciatur si vita eorum coniinens ab amis plurimis fuit.^

§ ni.

A QUOI LON s’expose EN ENTRANT DANS LES ORDRES SANS VOCATION.

Il résulte de ce que nous venons de dire, qu’on ne saurait excuser de faute grave celui qui entre dans les saints ordres sans reconnaître en lui les signes de la vocation divine. C’est le sentiment d’un grand nombre de théologiens, tels que Habert, Noël Alexandre, Juénin, et le Continuateur de Tournely ; et c’est ce que Saint Augustin a clairement enseigné avant eux, lorsque, parlant du châtiment infligé par le Seigneur à Coré, Dathan, et Abiron, qui avaient osé s’ingérer dans les fonctions sacerdotales sans y être appelés, il assure que cet exemple est un avertissement pour quiconque se présente sans vocation aux ordres sacrés : Condemnati sunt ut daretur exemplum, ne

quis non sibi a Deo datum munus pontificatus invaderet

Hoc patientur quicumque se in episcopatus, aut presbyteratus, aut diaconatus, officium conantur ingerere.^ La raison en est que c’est un acte de présomption grave et inexcusable d’entrer dans le sanctuaire sans y être appelé de Dieu, et que, celui qui s’en rend coupable, reste ensuite privé des grâces d’état et des secours opportuns, sans lesquels on peut, absolument parlant, remplir ses obligations, mais non sans beaucoup de difficulté, suivant la remarque

(1 ) Lib. S. ep. S!6. (2) Serm, 50. app. E, B,

ET DE LA VOCATION

li Habert ; Non sine rnagnis difficultatibus poterit saluli snœ consulere. Il sera comme un membre hors de sa place qui ne pourra agir sans douleur et sans difformité: Manehilqve in corpore Ecclesiœ velut membrum in corpore hnmano suis sedibus motunij quod servire potest, sed œgre admodum et cum deformitate.^

On est donc alors grandement exposé au danger de perdre son âme ; car c’est, dit l’évêque Abelly, un de ces péchés contre le Saint-Esprit, dont, d’après le témoignage de l’Evangile, il est bien difficile d’obtenir la rémission : Qui sciens et volens, nulla^divinœ vocationis habita ratione, sese in sacerdotium intruderet, haud dubie seipsum in apertissimum saluiis discrimen injiceref, peccando scilicet in Spiritum Sanctum ; quod quidem peccatum vix aut rarissime dimitti ex Evangelio discimus."^

Le Seigneur déclare qu’il se sent transporté d’indignation contre ceux qui veulent régner dans l’Eglise sans qu’il les y ait appelés : Ipsi regnaverunt, et non ex me..., iratus' est furor meus in eos."^ Voici comment Saint Grégoire explique ces paroles : Ex se, et non ex arbitrio summi Rectoris, régnant ; nequaquam divinitusvocati, sed sua cupidine accensi, culmen regiminis rapiunt potins quam assequuntur Que d’efforts, que de démarches, que de prières, que d’autres moyens n’emploient pas certains sujets pour se faire ordonner, et cela sans vocation, uniquement dans des vues terrestres ! Mais, malheur a ceux qui font de pareilles entreprises malgré moi ! dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe : Vœ filii desertores, dicit Dominus, ut faceretis consilium, et non ex mel^ Ils viendront au jour du jugement demander une récompense, mais Jésus-

(1) De Ord. p. 5. c. i. § (4) Sac. chr.p. i. c. 4. (3 Os. 8. 4.

(4) Past. p. t. c. i. (5) Is. oO. i.

G. MOYEN

DU CHOIX D UN ÉTAT

Christ les repoussera loin de lui : Multi dicent inihi in ilia die : Domine^ Domine^ nonne in nomine tuo 'prophetavimus [prœdicando, docendo], et in nomine tuo dœrnonia ejecimus [absolvendo pœnitentes], et in nomine tuo virtutes multas fecimus [corrigendo, lites componendo, errantes reducendo]? — Et tune confitebor illis : Quia nunquam novi vos ; disceditea me, qui operamini iniquitatem.^ Les prêtres sans vocation sont, a la vérité, des ouvriers et des ministres de Dieu, parce qu’ils ont reçu le caractère sacerdotal; mais ils sont des ministres d’iniquité et de rapine, puisque c’est d eux-mêmes et sans être appelés qu’ils se sont introduits dans le bercail. Ils n’ont point reçu les clefs, dit Saint Bernard, ils les ont ravies : Tollitis, non accipitis claves; de quibus Dominas queritur: cdpsi regnaverunt, et non ex me. » ^ Ils auront beau travailler, le Seigneur ne les récompensera pas de leurs peines, il les châtiera plutôt pour n’être pas entrés dans le sanctuaire par la voie droite : Labor stultorum affliget eos, qui nesciunt in urbem pergere.^ L’Eglise, dit Saint Léon; ne reçoit que ceux que le Seigneur choisit, et qu’il rend, en les choisissant, dignes d’être ses ministres : Eos Ecoles ia accipit quos Spiritus Sanctus prœparavit,.. . etdignatio cœlestis gratiœ gignit.^ Elle repousse ceux que Dieu n’a point appelés, parce qu’ils viennent plutôt pour travailler à sa ruine qu’à son avantage, et que, loin de l’édifier, ils sont pour elle une cause de désolation et d’opprobre, comme le dit Saint Pierre Damien : Nemo deterius Ecclesiam lœdit.^

Quos elegerit[Dominus), appropinquabunt ei : ® Le Seigneur accueillera ceux qu’il aura choisis pour le sacerdoce ; — donc ceux qui ne sont pas choisis par lui, seront

(1) Matth. 7. 2^. (2) De Conv. ad cler. c. 19.

(3) Eccl. 10, 15. (4) In die ass. suce, s. 2.

(5) Cont. cler. anl. c. S . f6) 'Num, 16. .5.

ET DE LA VOCATION

rejetés. Aussi Saint Ephrem tient-il pour damné celui qui a l’audace de se faire prêtre sans vocation : Obstupesco ad ea quœ soliii sunt quidam insipientium audere, qui temere seconantur ingerere ad munus sacerdotii assument dum, licet non adsciti a gratia Christi : ignorantes, miseri, quod ignem et mortem sibi accumulant.'^ Pierre de Blois exprime à peu près la même pensée en d’autres termes : Quam perditus est qui sacrificium in sacrilegium, qui vitam convertit in mortem!"^ Celui qui se trompe dans sa vocation, court bien plus le risque de se damner que celui qui transgresse des préceptes particuliers ; car, ce dernier peut se relever de sa chute et reprendre sa marche dans la bonne voie, tandis que celui qui se trompe dans sa vocation, s engage dans une fausse route, où, plus il avance, plus il s’éloigne de la patrie. On pourra bien lui appliquer ce mot de Saint Augustin : Bene curris, sed extra viam.

Soyons donc persuadés de ce que disait Saint Grégoire, que notre salut éternel dépend principalement de notre docilité à embrasser l’état auquel le Seigneur nous appelle : A vocatione pendet œternitas. La raison en est évidente ; car, c’est Dieu qui, dans l’ordre de sa providence, assigne a chacun de nous son état de vie, et qui nous prépare ensuite les grâces et les secours propres à l’état auquel il nous appelle : c’est la pensée de Saint Cyprien : Ordine suo, non nostro arbitrio, Sancti Spiritus virtus ministratur.^ Et tel est l’ordre de la prédestination de chacun de nous, suivant les paroles de l’Apôtre : Quos prœdestinavit, hoset vocavit; et quos vocavit, hos et justificavit ; quos autem justificavit, illos et glorificavitA Ainsi, après la vo-

(1) Or. de sacerd. (â) Ep. ad Rich, lond^

(3) De sing. cler, (4) Rom. 8. SO,

DU CHOIX d'un état

cntion vient la justification ; et après la justification, la glorification, c'est-à-dire, l'acquisition de la vie éternelle : par conséquent, celui qui n’obéit pas à la vocation divine, ne sera ni justifié ni glorifié. Le père Louis de Grenade avait donc raison de dire que la vocation est la Maîtresse- Roue de toute la vie : de même qu’une horloge se détraque entièrement quand la maîtresse-roue vient à se déranger, de même, selon Saint Grégoire de Nazianze, si nous dévions de notre vocation, notre vie entière ne sera plus qu’une- suite d’erreurs ; parce que, dans un état auquel Dieu ne nous a point appelés, nous manquerons des secours dont nous avons besoin pour nous bien conduire.

Uniisquisque prcyprium donum habet exDeo: alias quidem sic, alias vero sic.^ Cette sentence de l’Apôtre signifie, suivant les interprètes, que Dieu donne à chacun les grâces qui lui sont nécessaires pour remplir convenablement les obligations de l’état auquel il l’appelle, comme l’enseigne Saint Thomas : Cuicumque datur potentia aliqua diüinitusj daniur etiam ea per quœ exsecutio illius potentiœ possit congrue fieri.^ — Illos quos Deus ad alis quid eligit, ita prœparat et disponit, ut ad id ad quod eliguntur inveniantur idonei, secundum illud : « Idoneos nos fecit ministros Novi Testamenti.^ï) ^ 11 suit de là que, si d’un côté chacun est apte à remplir les fonctions auxquelles Dieu le destine, de l’autre, on est incapable d’exercer un emploi auquel on n’est point appelé. C’est ainsi que le pied, qui a été donné pour marcher, est certainement incapable de voir; et que l’œil, qui est donné pour voir, ne peut servir pour entendre. Comment donc celui que Dieu n’a point destiné au sacerdoce, pourrait-il bien remplir les fonctions sacerdotales ?

; j) /. Cor. 7. 7. (2j Suppl q. 35. a. ■/.

3 IL Cor. 3. 5. ' (4) P. 3. q. 27. a. 4,

ET DE L\ VOCATION

C’est le Seigneur lui-même qui choisit les ouvriers qui doivent travailler à sa vigne : Ego elegi vos, et posui vos, ut eaiis et fructum afferatisJ Voilà pourquoi le divin Rédempteur n’a pas dit : Priez les hommes d’aller faire la moisson ; — mais : Priez le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour la faire : Rogate ergo dominum messis, ut mittat operarios in messem suam.^ Et il ajoute ailleurs : Je vous envoie comme mon Père m’a envoyé : Sicut misit me Pater, et ego mitto vos.^ Or, quand Dieu appelle quelqu’un à une charge, il lui donne tous les secours dont il a besoin, dit Saint Léon : Qui rnihi honoris est aucfor, ipse mihi fiet administrationum adjutor ; dabit virtutem qui contulit dignitaiem.^ Et c’est ce que Jésus-Christ luimême déclare en ces termes : Ego sum ostium. Per me si quis introierit, salvabitur : et ingredietur, et egredîeiur, etpascua inveniet ce qui signifie : Ingredietur : Tout ce qu’entreprendra le prêtre appelé de Dieu, il l’accomplira sans péché, et même avec mérite ; et egredietur: Il se trouvera au milieu des occasions et des dangers, mais, avec l’aide du ciel, il en sortira sain et sauf ; etpascua inveniet: Enfin, dans toutes les fonctions de son ministère, il se verra secouru par des grâces spéciales, qui le feront marcher à grands pas dans la voie de la perfection, et cela parce qu’il se trouvera dans l’état où le Seigneur l’aura placé ; — en sorte qu’il pourra se dire, avec confiance, sous la conduite de Dieu et dans l’abondance de tous les biens : Dominus régit me, et nihil mihi décrit ; in loco pascuœ ibi me collocavit.^

Les prêtres qui, au contraire, ne sont pas envoyés de Dieu pour travailler dans son Eglise, se verront abandonnés de lui, et condamnés à un opprobre éternel et à des

(i) Jo. to. 46. [-2] Luc. 40. (3) Jo. 20. 21.

^4) In die ass. suæ, s. 4. (5) Jo. 40. 9. (6j Ps. 22- 1

DU CHOIX d’lln État

malheurs sans tin, ainsi qu’il le déclare par la bouche de Jérémie : Non mittebam prophefas, et ipsi currebant. — Propierea ecce ego tollam vos portons, et derelinquam vos... : et dabo vos inopprobrium sempiternum, et inignominiam œternam, quœ nunquam oblivione delebitur.^

Un homme ne peut être élevé à la hauteur du sacerdoce que par la puissance de Dieu, dit Saint Thomas : Ut divina virtute evehatur, et transmittatur supra naturalem rerum ordinern puisqu’il est établi sanctificateur des peuples et vicaire de Jésus-Christ. Pour celui qui prétend s’élever de lui-même à une dignité si sublime, il lui arrivera ce que dit le Sage : Stultus apparuit postquam elevatus est in sublime.'^ S’il fût resté dans le monde, il aurait été peutêtre un laïque vertueux; mais, s’étant fait prêtre sans vocation, il sera un mauvais prêtre, et, au lieu de se rendre utile à l’Eglise, il sera pour elle un véritable fléau ; c’est ainsi que s’exprime le Catéchisme Romain en parlant de tels prêtres : Hujusmodi hominum généré nihil infelidus, nihil Ecdesiœ Dei calamitosius esse potest.^ Quel bien pourrait-on faire dans l’Eglise après y être entré sans vocation? Il est bien difficile, dit Saint Léon, qu’un si mauvais comnvencement soit suivi d’une bonne fin : cile est ut bono peragantur exitu, quœ malo sunt inchoata qmndpio.^ Saint Laurent Justinien tient le même langage : Qiialem, oro, potest fructum producere corrupta radix?^ Et le divin Maître affirme que, non-seulement le fruit sera rejeté, mais la plante elle-même sera arrachée : Omnis plantatio, quam non plantavit Pater meus cœlestis, eradicabitur.’^ Aussi, selon Pierre de Blois, quand le Seigneur

(i) Jer. 21-3^9. (2) Apud Hab. de Ord. p. .3. c. i. § 2.

(3) Prov. 30. 52. (4) P. 2. c. 7. q. 3.

(5) Epist. 87. (6) De Compunct.

(7) Matth. 13. 13.

ET DE LA VOCATION

permet qu’un sujet parvienne au sacerdoce sans y être appelé, ce nest point pour lui une grâce, mais un châtiment ; car un arbre qui n’est pas bien enraciné et qui est exposé au vent, tombera bientôt, et il sera ensuite jeté au feu : Ira est, non grotia, cum guis ponitur super ventum, nullas habens radices in soliditate virtutum.'^ C’est donc un malheur pour lui-même ; mais c’est aussi un malheur pour les autres, comme le remarque Saint Bernard ; car, celui qui n’est point entré légitimement dans le sanctuaire, continuera de marcher dans les voies de l’infidélité, et, au lieu de procurer le salut des âmes, il sera bien plutôt pour elles une cause de perdition et de mort : Qui non fideliter introiüit, quidni infideliter agat et contra Christum? faciet ad qnodvenit, ut mactet utique et disperdat.'^ Ce qui est conforme à cette sentence de Jésus-Christ : Qui non intrat per ostium..., ille fur est et latro, — Fur non venit nisi ut furetur, et mactet, etperdat.^

Mais, dira-t-on, si l’on n’admet aux saints ordres que ceux qui réunissent toutes les marques de vocation dont vous venez de parler et que vous exigez, il y aura peu de prêtres dans l’Eglise et les secours manqueront aux fidèles. — Le quatrième Concile de Latran a déjà répondu à cette objection, en déclarant qu’il est bien préférable de n’avoir qu'un petit nombre de bons prêtres que d'en compter beaucoup de mauvais : Satius est maxime in ordinatione sacerdotum paucos honos quam multos malos hctbere.^ Dieu, d’ailleurs, suivant la remarque de Saint Thomas, n’abandonne jamais son Eglise au point de la laisser dépourvue de dignes ministres, qui lui sont nécessaires pour subvenir aux besoins des peuples : Deus mm-

I) De inst. ep. c. ,T.

3) Jo. 10. 1-10.

(S) De Vita cler. c. 7.

(4) Cap. 27.

DU CHOIX DÜN ÉTAT, ETC

quam lia deserit Ecclesiam suaw, quin inveniantur idonei ministri sufficientes ad necessitateni plebis.^ Et si on voulait diriger les peuples par des ministres indignes, ce ne serait point, dit avec raison Saint Léon, vouloir leur salut, mais leur perte : Non est hoc consulere populiSj sed nocere."^

(1) Suppl, q. 56. a. 4.

(2) Epist. 87.

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