‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 16 sur 132 · PRIER VAUT MIEUX QUE MÉDITER · texte numérisé non relu

PRIER VAUT MIEUX QUE MÉDITER

Nous sommes dénués de tout ; mais la prière remédie à notre pauvreté.. Nous sommes pauvres, mais Dieu est riche et libéral , dit l’Apôtre , envers tous ceux qui l’invoquent : Divesin omnes qui invocant illum.^ Suivons donc le conseil de Saint Augustin : puisque nous avons un Maître infiniment puissant et infiniment riche, ne lui vdemandonspas des choses de peu de valeur , mais demandons-lui quelque chose de grand : Ab Omnipotente petitis, aliquid magnum petite. Si l’on demandait a un roi une petite pièce de monnaie, un sou, ne semble-t-il pas que ce serait lui faire une injure? On fait le contraire en demandant beaucoup : nous honorons Dieu, nous exaltons sa miséricorde et sa libéralité, lorsque, quoique misérables

(1) Deut. A. 7. (2) Ps. oo. :3] Rom. 10. 12.

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE

et indignes de tout bienfait , nous osons néanmoins lui demander des faveurs signalées , en comptant sur sa bonté et sur la promesse qu’il a faite , d’accorder à ceux qui le prient tout ce qu’ils demandent : Quodcumque volueritis, petetis, et fiet vohis.^ Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi disait que Dieu est tellement satisfait de l’honneur que nous lui rendons en lui demandant des grâces , qu’il nous en remercie en quelque sorte : c’est que par là nous lui procurons , pour ainsi dire , le moyen de répandre sur nous ses faveurs et de contenter le désir qu’il a de faire du bien à tout le monde. Soyons persuadés que, lorsque nous demandons des grâces à Dieu, il nous donne toujours plus que nous ne lu: demandons : Si quis autem vestrum indiget sapientia , postulet a Deo, qui dat omnibus affluenter, et non improperat Dieu donne à tous abondamment, dit Saint Jacques. L’Apôtre nous apprend par ces paroles, que Dieu n’est pas, comme les hommes, avare de ses biens. Quand un homme riche fait des aumônes, si bon et si libéral qu’il soit, il donne toujours avec mesure, et il accorde ordinairement moins qu’on ne lui demande : c’est que les richesses des hommes, quelque grandes qu’elles soient , sont toujours bornées ; et ainsi , plus ils donnent, moins il leur reste. Dieu , au contraire , lorsqu’on le prie, répand ses biens en abondance : Affluenter ; il donne toujours plus qu’on ne lui demande, parce que ses richcs>es sont infinies ; plus il donne, plus il lui reste à donner. Qiioniani tu , Domine , siiavis et mitis et multœ misericordiœ omnibus invocantibus te Oui, Seigneur! s’écriait David, vous n’êtes que trop bon et trop libéral envers ceux qui vous invoquent ; vos miséricordes sont si abondantes qu’elles surpassent toutes leurs demandes.

(l)/o. io. 7.

(2) Jac. /. 5.

(3^ Ps. 83. 3.

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE

Notre unique soin doit donc être de prier avec confiance , persuadés que, parce moyen , selon Saint Jean Chrysostome, tous les trésors du ciel seront ouverts en notre faveur :Hoc studeamus , et aperiemus nobis cœlum.^ La prière est une source de richesses : plus on prie , plus on en reçoit. Chaque fois que l’on adresse au Seigneur une prière fervente, dit Saint Bonaventure, on gagne des biens plus précieux que le monde entier ; In quacumque die , lucratur homo oratione devota plus quam valent totus mundus."^ Quelques âmes dévotes donnent beaucoup de temps a la lecture et à la méditation , mais peu a la prière : la lecture spirituelle et la méditation des vérités éternelles sont sans doute des exercices très-utiles , mais Saint Augustin nous assure qu’il est bien plus utile de prier : en lisant et en méditant , nous apprenons nos devoirs ; mais en priant, nous obtenons la grâce de les remplir : Melius est orare quam legere : in lectione cognoscimus quœ facere debemus, in oratione accipimus quœ postulamus. A quoi sert-il de connaître nos obligations et de ne pas nous en acquitter , si ce n’est à nous rendre plus coupables devant Dieu ? Lisons et méditons tant qu’il nous plaira , nous ne remplirons jamais nos obligations, si nous ne demandons pas à Dieu la grâce de les remplir.

Aussi , remarque Saint Isidore, le démon ne fait jamais plus d’efforts pour nous distraire par la pensée des affaires temporelles , que lorsqu’il nous voit occupés à prier et à demander à Dieu ses grâces : Tune magis diabolus cogitationes curaruin sœcularium ingerit, quando orantem aspexerit.^ Pourquoi cela?"parce que l’ennemi sait qu’en aucun temps une âme ne s’enrichit plus des biens célestes, que lorsqu’elle prie. Le plus grand fruit

(1) InAct. hom. S6. (2) De Perf. vitœf c. 5. (3) Lib. 5, sent. c. 7.

G. MOYEN. 5

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE

de l’oraison mentale est de demander 'a Dieu les grâces nécessaires pour persévérer et pour parvenir a la vie éternelle. Si l’oraison mentale nous est moralement indispensable pour nous maintenir dans l’état de grâce, c’est surtout parce que , si l’on n’a pas soin de demander à Dieu , pendant la méditation, les secours nécessaires pour persévérer , on ne le fera point en d’autres temps ; car , sans méditer , on ne pensera pas a les demander , on ne songera pas même au besoin qu’on a d’en faire la demande. Au contraire , celui qui fait sa méditation tous les jours, voit les besoins de son âme , les dangers qui l’environnent , la nécessité où il'est de prier; et ainsi éclairé, il prie et obtient les grâces dont il a besoin pour persévérer et se sauver. Le père Segneri disait , en parlant de lui-même , qu'au commencement, dans ses méditations, il s’attachait plus k produire des affections qu’a prier ; mais que , dans la suite, ayant reconnu la nécessité et l’immense utilité de la prière, il employa depuis k prier la plus grande partie du temps considérable quil consacrait k l’oraison mentale.

Sicut imllus hirundinis , sic clamabo : * Je crierai vers vous, Seigneur ! comme le petit de l’hirondelle, disait le pieux roi Ezéchias. — Les petits de l’hirondelle ne font que crier pour demander k leur mère du secours et de la nourriture. C’est ce que chacun de nous doit faire , si nous voulons conserver la vie de la grâce : nous devons crier sans cesse, demandant k Dieu son secours pour éviter la mort du péché et pour avancer dans son saint amour. Le père Rodriguez rapporte que les anciens Pères du désert , qui furent les premiers maîtres de la vie spirituelle, tinrent un jour conseil entre eux , pour examiner

(L Is. 58, U,

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE

quel est l’exercice le plus utile et le plus nécessaire au salut, et ils furent d’avis que c’est de répéter souvent cette courte prière de David : Deus , in adjutorium meum intende:^ Seigneur! venez a mon secours. — Voila donc ce que nous avons a faire , dit Cassien ; si nous voulons nous sauver , ne cessons point de répéter : Mon Dieu! secourez-moi. Mon Dieu I secourez-moi. — C’est ce que nous devons faire le matin, dès notre réveil ; nous devons ensuite continuer à le faire dans toutes nos occupations et dans tous nos besoins , soit spirituels , soit temporels, surtout quand nous sommes tourmentés de quelque tentation ou passion. Selon Saint Bonaventure , on obtient quelquefois plus vite la grâce de Dieu par une courte prière que par beaucoup d’autres bonnes œuvres : Quan-^ doque citius brevi oratione aliquis obtinet, quod piis ope^ ribus vix obtineret."^ Saint Ambroise assure ‘même que l’on obtient déjà en priant ; car prier et recevoir sont une même chose : Qui petit a Deo, dum petit accipit ; ipsum namque petere est accipere^Samt^em Chrysostôme en conclut qu’il n’est point d’homme plus puissant que celui qui prie : Nihil potentius homine probo orante ; ^ parce que la prière le rend participant de la puissance divine. Pour s’élever a la perfection, disait Saint Bernard, il est nécessaire de méditer et de prier : par la méditation , nous voyons ce qui nous manque ; par la prière, nous recevons tout ce qu’il nous faut : Ascendamus meditatione et oratione : ilia docet quid desit, hœc ne desit obtinetA

(1) Ps. 69. 2. (2) De prof. rel. L 2. c. 6o

(3) In Matth. hom. 58. (4j De S. And. s. i.

EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE

CONCLUSION bu CHAPITRE.

En somme, sans la prière , il est fort difficile de se sauver ; c’est même une chose impossible , ainsi que nous l’avons vu , d’après l’ordre communément établi par la divine Providence ; mais au moyen de la prière , le salut devient sûr et très-facile. Pour se sauver, il n’est point nécessaire d’aller sacrifier sa vie parmi les infidèles, ni de vivre d’herbes dans les déserts. Que faut-il pour se sauver? il suffit de dire : Mon Dieu! aidez-moi. Seigneur! assistez-moi ; ayez pitié de moi. — Y a-t-il rien de plus facile ? eh bien ! ce peu suffira pour nous sauver', si nous avons soin de le faire. Saint Laurent Justinien nous engage particulièrement à nous efforcer de faire une prière au moins en commençant chaque action : Innitendum est ut in primorclio saltem cujusque operis dirigatur oratio.^ Cassien atteste que les anciens Pères exhortaient surtout à recourir a Dieu par des prières courtes , mais fréquentes. Que personne, disait Saint Bernard, ne fasse peu de cas de sa prière , puisque Dieu ne la dédaigne pas , et qu’il nous accorde , ou ce que nous lui demandons , ou ce qui nous est encore plus utile : Nemo parvipendat orationem suam, quia Deus non parvipendit eam... : aut dabit quod petimus , aut quod noverit esse utilius.^ Et sachons bien que, si nous ne prions pas, nous sommes inexcusables, attendu que la grâce de prier est donnée 'a tout le monde ; il est toujours en notre pouvoir de prier , quand nous le voulons, ainsi que David le déclare en parlant de lui-même : Apud me oralio Deo vitœ meœ ; dicam Deo : Susceptor meus es A C’est un point qui sera traité au long

{\) Lign. Vit. de or. c, 6. (2) In Quad, s. 5. (3) Ps. Al. 9.

EFFICACITÉ DE LA PBIÈRE

dans la seconde Partie , où je ferai voir assez clairement que Dieu donne la grâce de prier a tous les hommes, afin qu’au moyen de la prière ils puissent obtenir tous les secours, même abondants , pour observer sa sainte loi, et pour persévérer jusqu a la mort. Pour le moment, je me contente de dire que, si nous ne sommes pas sauvés, ce sera entièrement notre faute ; nous nous perdrons uniquement pour avoir négligé de prier.

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