‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 23 sur 132 · JÉSUS-CHRIST EST MORT POUR SAUVER TOUS LES HOMMES · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST EST MORT POUR SAUVER TOUS LES HOMMES

Que le Fils de Dieu ait sacrifié sa vie pour tous les hommes en général et pour chacun d’eux en particulier, c’est aussi une vérité clairement démontrée par les Ecritures et par l’enseignement des Saints Pères, outre ce qu’on a déjk vu en passant dans le paragraphe qui précède.

Grande fut sans doute la ruine causée par le péché d’Adam a tout le genre humain, mais Jésus-Christ Ta réparée complètement par le bienfait de la rédemption. C’est pourquoi le Concile de Trente déclare que le baptême rend les âmes pures et sans tache, et que la concupiscence qui reste en elles, ne subsiste pas pour leur nuire, mais pour leur faire mériter une plus riche couronne en y résistant : In renatis enim nihil odit Deus... : innocentes j immaculati, purij innuxii ac Deo dilecti effecti sunt , etc. Manere autem in baptizatis concupiscent iam vel fomitem,

(<) De mut. nom. hom. S. E. B. (2j De Spir. et Lût. c. 33.

hœc sancta Stjnodus fateiur et sentit : quœ cum ad agonem relicta sit, nocere non consentientibus. . . non valet ; qiiinimo, qui légitimé certaverit, coronabitur.^ On peut mémo dire avec Saint Léon : Améliora adepti [sumus) per Christi gratiam , quam per diaboli amiseramus invidiam : ^ Nous avons plus gagné par la mort de Jésus-Christ que nous n’avions perdu par le péché d’Adam. C’est en effet ce que fait entendre l’Apôtre , lorsqu’il dit que , ou le péché avait abondé, il y a eu surabondance de

grâce : Non sicut delictum, ila et donum Ubi autem

abundavit delictum., superabundavit gratia.^ C’est aussi ce que notre Sauveur a déclaré lui-méme en ces termes : Ego veni ut vitam habeant, et abundantius habeant: ^ Je suis venu apporter la vie, et une vie plus abondante. — C’est enfin ce que prédisaient David et Isaïe, lorsqu’ils annonçaient, delà part du Seigneur, une rédemption abondante : Etcopiosa apud eum redemptio.^ — Suscepit [Jérusalem] de manu Domini duplicia pro omnibus peccatis suis.^ Cornélius A-Lapide, expliquant ces dernières paroles, dit que l’Eglise, au lieu des peines que les hommes méritaient pour leurs iniquités, a reçu de Dieu par Jésus-Christ une abondance de biens : Deus ita dimisit Ecclesiæ iniquitates per Christum, ut duplicia, id est, multiplicia bona susceperit pro pœnis peccatorum quas merebatur.

Mais voyons comment les divines Ecritures et les Saints Pères nous assurent, ainsi que nous l’avons dit, que notre Sauveur est mort pour tous les hommes , et qu il a offert pour chacun d’eux a son Père éternel le prix de la rédemption.

( I l Sess. O. De pecc. or. n. 5. (2) De Asc. s. i. (3) Rom. 5. i5-20.

(4) Jo. iO. 10. (5) Vs. 1^9. 7. (6) h. 40. 2.

DItü VEUT LE SALUT

1“ Témoignages de rEcrilure.

Venit Filius hominis salvare quod perierat: ^ Le Fils de rhomme est venu sauver ce qui était perdu.

Qui dédit redemptionem semetipsum pro omnibus Il s’est livré lui-même pour la rédemption de tous.

Pro (nnnibus mortuus est Christus , ut et qui vivunt non jam sibi vivant y scd ei qui pro ijisis mortuus est Jésus-Christ est mort pour tous les hommes , afin que ceux qui vivent, ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour eux.

In hoc enini laboramus et inaledicimu}\ quia speramus in Deum vicuni, qui est Salcator omnium hominum , maxime pdelium Car. ce qui nous porte a souffrir tous les maux et toutes les malédictions dont on nous charge , c’est que nous espérons au Dieu vivant qui est le Sauveur de tous les hommes , et principalement des fidèles.

Et ipse est propifiatio pro peccatis nostris ; non pro nostris autem tantum, sed etiampro totius mundi Il est la viciime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde.

Charitas enim Chrisîi urgei nos: œsfimantes hoc, quoniam si tiîius mortuus est, ergo omncs mortui sunt Ainsi' l’amour de Jésus-Clirist nous presse, quand nous considérons que, si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. — Je m’arrête seulement à ce dernier passage, et je demande : De ce que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, comment Saint Paul pourrait-il conclure que tous sont morts, s’il n’avait pas la certitude que Jésus-

\ j Matth. fS. il. 2 /. Tim, 2. 6. 3 U. Cor. o. 16.

4' /. Tim. 4. 10. [. Jo. 3. '6 //. Cor. 5. 14.

, DE TOUS LF.8 HOMMES

Christ est vraiment mort pour tous ; vu surtout que l’Apôtre déduit de cette vérité même l’obligation ou nous sommes d’aimer notre divin Rédempteur?

Mais la plus grande preuve du désir et de la volonté que le Seigneur a de sauver tous les hommes , se trouve dans cet autre texte du même Apôtre : Qui etiam proj^rio Filio suo non pepercit , sed pro nobis omnibus tradidit ilium : ^ Dieu n’a pas épargné son propre Fils , il Fa livré à la mort pour nous tous. — Et les paroles qui suivent sont encore plus fortes ; Quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit? Comment avec lui ne nous a-t-il pas aussi donné toutes choses? — Si Dieu nous a tout donné , pouvons-nous craindre qu’il ne nous ait refusé l’élection a la gloire, supposé toutefois la condition d’y correspondre de notre côté ? Et s’il a sacrifié son propre Fils pour notre salut , dit le savant cardinal Sfondrati , comment nous refuserait-il la grâce nécessaire pour nous sauver? Il ne peut retenir le moins, après avoir accordé le plus : Hic diserte nos instruit [AjJostohis] , Deum nos certos facere , non negaturum minus qui dédit majus, non negaturum gratiam ad salvandum qui dédit Filium ut salvaremur Et en. vérité , comment Saint Paul eût-il pu dire que Diëu, en nous donnant son divin Fils , nous a tout donné, s’il avait cru que le Seigneur a exclu un grand nombre 3’hommes de la gloire , qui est Funique bien , l’unique lin pour laquelle il nous a créés? 11 leur aurait donc donné tout, a ce grand nombre, et il leur aurait refusé la meilleure chose, la félicité éternelle, sans laquelle, puisqu’il n’y a point de milieu , ils ne pourraient qu être éternellement malheureux ! Telle est la conséquence a laquelle il faudrait arriver, a moins qu’on ne voulût

(!) Rom. 8. 5%.

(2) A^oc?. x^vœrl. p. i. § n. i.

DIEU VEUT LE SALUT

admettre quelque chose de plus absurde encore, ainsi que l’observe avec raison un autre auteur : c’est que Dieu eût donné à tous les hommes la grâce de parvenir au séjour de la gloire, mais qu’à beaucoup d’entre eux il en eût d’avance refusé l’entrée ; il leur eût donné le moyen et refusé la fin ! *

2® Doctrine des Saints Pères.

Du reste , tous les Saints Pères s’accordent à dire que Jésus-Christ est mort pour procurer à tous les hommes le salut éternel.

Saint Jérôme assure que le Fils de Dieu seul a pu être offert en sacritice pour effacer les péchés de tout le genre humain, et qu’ainsi il est mort pour nous rendre la vie à tous : Pro omnibus mortuus est Christiis ; solus inventas est qui, pro omnibus qui erant in peccatis mortuij offerretur.^

Selon Saint Ambroise , le Sauveur est venu au monde pour guérir nos plaies , et il nous offre à tous son remède salutaire ; mais il ne force personne à en user : Venit ut vulnera nostra curaret ; sed quia non omnes medicinam expetunt...^ ideo volentes curât, non adstringit invitos.^ Il répète la môme chose dans un autre endroit , et il ajoute que, s’il en est qui périssent , ils doivent s’imputer leur mort à eux-mêmes, à leur mauvaise volonté ; car le Seigneur a voulu les sauver; sa miséricorde s’étend à tout le monde sans exception : Omnibus opem sanitatis detulit, ut quicumque j)erierit, mortis suœ causas sibi adscribat , qui curari noîuit , cum remedium haberet, Christi autem manifesta in omnes prœdicetur müericor^ dia, « Qui omnes hommes vult salvos fieri, Dans un

(I) Voir la page 1 24.

(3; In Ps. 7^.

(2) !n //. Cor. 5.

(4; De Abel, l c. S*

troisième passage , le même Père s’exprime d’une manière encore plus explicite : Le testament de Jésus-Christ, dit-il, n’est pas fait pour un seul , ni pour un petit nombre, mais pour tous en général et pour chacun de nous en particulier ; nous sommes tous établis ses héritiers : Non ad unum quidem, non ad paucos , sed ad omnes testamentum suum scripsit Jésus ; omnes scripti heredes sumus; testamentum commune est et jus omnium ; hereditas universorum et soliditas siîigulorum.'^ Remarquons ces paroles : Omnes scripti heredes sumus ; elles signifient que le divin Rédempteur nous a donné à tous le droit de prétendre à son héritage céleste.

Si nous consultons Saint Léon, il nous répondra que, comme il n en est aucun qui soit exempt du péché, il n’en est aucun qui ne participe à la rédemption : Sicut Christus nullum a reatu liherum reperit, ita liberandis omnibus venit.^

Mais écoutons Saint Augustin. Sur cette parole du Sauveur à Nicodème : Non enim misit Deus Filium suum in mundum ut judicet mundum, sed ut salvetur mundus per ipsum : ^ Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde , mais afin que le monde soit sauvé par lui ; — ce grand Docteur fait la réflexion suivante : Ergo J quantum in medico est, sanare venit œgrotum Le Seigneur veut donc efficacement, autant qu’il dépend de lui : Quantum in medico est, la guérison , le salut de tous les hommes; — mais, ajoute-t-il ailleurs, Jésus- Christ ne peut guérir et sauver que celui qui y consent, et nullement ceux qui résistent : Sanat omnino ille quemlibet languidum, sed non sanat invitum.^ Par cette expression :

(1) In Ps. H8. s. IA. (2) In Nat. Dom. s. 1. (3) Jo. 3. II.

(4J In Jo. tr. 12- (S) In Ps. lOÿ.

1)1 FU VEUT LE SALUT

Smmt, Saint Augustin montre qu’il parle des péclieurs, qui sont malades et incapables d’arriver au salut par leurs propres forces; en ajoutant : Omnino, il fait voir que rien ne manque du côté de Dieu , pour que les pécheurs soient entièhemeiNT guéuis et sauvés. — • Eh ! s’écrie-t-il ensuit.e, qu’y a-t-il de plus heureux pour nous que de pouvoir, selon notre volonté , obtenir la vie et même la santé que nous désirons? Quid autem te beat lus ^quain ut, tanquam in manu tua vitam , sic habcas in volunfate sanitatem tuam ? Le Saint déclare par ces derniers mots que Dieu, de son côté, a vraiment la volonté de nous voir tous sauvés ; autrement, il ne serait pas en notre pouvoir d’obtenir la santé et la vie éternelle. — Dans un autre endroit, le Saint Docteur dit que Dieu ne veut pas voir périr ceux qu’il a rachetés à si grands frais; que s’il les a rachetés, ce n’est pas pour les perdre , mais pour les sauver : Qui nos tanta pretia redemit , non vult perire quos émit ; non émit quos perdat, sed émit quos vivificet.^ Le Seigneur nous a donc tous rachetés pour nous sauver tous. — Saint Augustin termine en exhortant tous les hommes, si faibles qu’ils soient , a espérer la béatitude éternelle, Jésus-Christ ayant fait plus qu’il n’avait promis, puisque , non content de nous faire vivre avec lui , il est mort pour nous! Erigat se humana fragilitas ; non dicat : Non ero [beatus).... Plus est quod [Christus] fecit qiiam quod promisit : quid fecit? mortuus est pro te; quid promisit ? ut vivas cura illo.^

Quelques-uns ont osé prétendre que Jésus-Christ a oiïjrt son sang pour tous les hommes, afin de leur obtenir la grâce, mais non le salut. — L’auteur de la Théologie à fusage du Séminaire de Périgueux s’indigne d’entendre

(2) în Ps. i48.

avancer une pareille opinion ; Quoi! s’écrie-t-il, la Sagesse divine aurait-elle donc voulu le moyen sans vouloir la fin du salut? O contentiosam nugacitatem ! Quomodo Dei sapientia medium voluit et non fmem salutis?^ Et Saint Augustin, s’adressant aux Juifs, leur demande s’ils ne reconnaissent pas que le côté sacré du Sauveur a été ouvert et par eux et pour eux : Agnoscitis latus quod pupugistis, quoniam et per vos et propter vos apertum est?^ Si Jésus-Christ n’avait pas réellement donné son sang pour tous les hommes, les Juifs auraient pu répondre qu’ils ont, à la vérité, ouvert le côté de Notre-Seigneur, mais qu’il n’a pas été ouvert pour eux.

Saint Thomas ne doute pas non plus que le divin Rédempteur ne soit mort pour tous les hommes, et il en infère que Dieu veut les sauver tous : Christus Jésus est Mediator Dei et hominum, non quorumdam, sed inter Deum et omnes homines ; et hoc non fuisset, nisi vellet omnes salvare.^ Cette doctrine est encore confirmée, ainsi que nous l’avons dit plus haut, par la condamnation de la cinquième proposition de Jansenius : Semipelagia^ num est dicere Christumpro omnibus hominibus mortuum esse et sanguinem fudisse. Le sens de cette proposition, d’après le contexte des autres propositions condamnées et d’après les principes de Jansenius, est celui-ci : Jésus- Christ n’est pas mort pour nous mériter à tous la grâce suffisante au salut, mais seulement pour la mériter aux prédestinés ; — ce que du reste Jansenius exprime luimême ouvertement dans ce passage : Nullo modo principiis ejus [Augustini) consentaneum estj ut Christus DominuSf vel pro infidellum in infidelitate morientium^

(1 ) Lih, 5. c. 5'. 7. 4. (â) De Symb. ad cat. î. c, 8.

(3) In /. Tim. lect, 4,

DIEU VEUT LE SALUT

vel pro justorum non perseverantium œterna sainte, mortuus esse et sanguinem fudisse sentiatur.^ Le sens contraire, et conséquemment catholique, est donc celuici : Il nest point sémi-pélagien, mais il est juste de dire que Jésus-Christ est mort pour mériter, non-seulement aux prédestinés, mais à tous les hommes, meme aux réprouvés, les grâces nécessaires pour parvenir, selon l’ordre actuel de la Providence, au salut éternel.

Enfin, cette vérité, que Dieu, de son côté, veut véritablement le salut de tous les hommes, et que Jésus-Christ est mort pour les sauver tous, nous est encore démontrée par le précepte de l’Espérance que le Seigneur nous impose a tous. La raison en est évidente : Saint Paul dit que l’espérance chrétienne est pour notre âme comme une ancre ferme et assurée : Confugimus ad tenendam propositam spem, quam sicut anchoram habemus animœ tutam ac fîrmam.'^ Or, oii trouverions-nous cette ancre ferme et assurée de l’espérance, si ce n’est dans la certitude que Dieu veut le salut de tous les hommes? ainsi raisonne la Théologie de Périgueux : Qua fiducia divinam misericordiam sperare poterunt scelerati homines, si certum non sit quod Deus salutem eorum velit? Qua fiducia Christi mortem Deo offerre poterunt ut indulgentiam consequantur, si incertum est an pro ipsis oblata sit?^ Et selon le cardinal Sfondrati, si Dieu avait appelé les uns à la vie éternelle, et en avait exclu les autres, nous aurions plutôt raison de désespérer que d’espérer, en voyant qu’il y a moins d’élus que de réprouvés : Nemo firmiter sperare posset, dum eiplura desperandi quam sperandi fandamenta suppetunt; nam plures sunt relicii quam électif Et si

{\)De Grat. Chr. c. 2t0. (2) Ileb. 6. i8.

(3 Lib. 3 . c. 3 . q. 4. [4] Nod. præd. p. i. § i.

Jésus-Christ n’était point mort pour le salut de tous les hommes, comment pourrions-nous avoir un motif certain d’espérer le salut par les mérites de Jésus-Christ, sans une révélation spéciale? Cependant Saint Augustin ne doute pas que nous n’ayons ce motif certain : Omnisnamque spes et totius fidei certitudo mihi est in pretioso sanguine Christi , qui effusus est propter nos et propter nostram salutem.'^ Ce Saint Docteur mettait donc toute son espérance dans le sang de Jésus-Christ, parce que la foi lui donnait l’assurance que ce divin Sauveur est mort pour tous. — Mais nous aurons lieu d'examiner plus à fond cette raison tirée de l’espérance, dans le Chapitre quatrième, lorsque nous parlerons du point principal, savoir , que la grâce de la prière est donnée à tous les hommes.

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