‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 30 sur 132 · RAISONS QUI JUSTIFIENT CETTE DOCTRINE · texte numérisé non relu

RAISONS QUI JUSTIFIENT CETTE DOCTRINE

Le savant père Petau , d’accord avec Duval et d’autres théologiens , pose cette question : Pourquoi Dieu nous impose-t-il des choses que nous ne pouvons observer avec la grâce commune et ordinaire ? — et il répond : Parce que le Seigneur veut que nous recourions à lui par la prière, comme le disent communément les Saints Pères,

(1] Jo. 6. 44.

(2] De Grat» et Lib. Arb. l. c. 8.

ainsi que nous venons de le voir. De la il conclut que nous devons tenir pour certain que chacun de nous a la grâce de prier actuellement, et d’obtenir par la prière Taugmentation de secours nécessaire pour accomplir ce que nous ne pouvons faire en vertu de la grâce commune ; sans quoi -Dieu nous aurait imposé une loi impossible.

Cette raison est très- forte. On peut y en ajouter une autre que voici : Si Dieu prescrit à tous les hommes l’observation actuelle de ses commandements , on doit absolument supposer qu’il leur donne aussi â tous la grâce, au moins médiate par le moyen de la prière, nécessaire pour les observer actuellement. Ainsi , pour que la loi soit raisonnable, et qu’on puisse reprendre avec justice celui qui la néglige, il faut que chacun ait le pouvoir suffisant, au moins d’une manière médiate par le moyen de la prière , pour exécuter ce qui est prescrit, et qu’il soit capable de prier sans avoir besoin pour cela d’un autre secours non commun a tous ; car, sans ce pouvoir, médiat ou éloigné, de prier actuellement, on ne pourrait point dire que chacun a reçu de Dieu la grâce suffisante pour observer actuellement sa loi.

Thomassin et Tournely accumulent et assignent beaucoup d’autres raisons à l’appui de ce sentiment ; mais je les passe sous silence et je m’attache 'a une seule qui me semble évidente. Elle est tirée du précepte de la vertu d’espérance , précepte qui nous oblige tous à espérer avec assurance que Dieu nous accordera la vie éternelle : or , je dis que , si nous n’étions pas certains que Dieu nous donne a tous la grâce de pouvoir prier actuellement, sans avoir besoin pour cela d’une grâce particulière et non commune a tous , personne , sans une révélation spéciale , ne pourrait espérer le salut comme on doit l’espérer. Qu’on me permette donc de commencer par établir les bases de cet argument.

LA GRÂCE DE LA PRIÈRE

La vertu d'espérance est si agréable a Dieu qu’il nous déclare qu’il met ses complaisances en ceux qui se confient en lui : Beneplacitum est Domino.., in eis qui sperant super misericordia ejus. ^ 11 promet la victoire sur les ennemis du salut , la persévérance dans sa grâce et la vie éternelle , a celui qui espère , et parce qu’il espère : Quoniam in me speravit, liberabo eum, protegam eum..., eripiam eum , et glorificabo eum. ^ — Salvabit eos , quia speraverunt in eo.^ — Conserva me, Domine, quoniam speraviin te."^ — NuUus speravit in Domino , et confusus est.^ Et nous avons la certitude que le ciel et la terre passeront, mais que les paroles et les promesses de Dieu ne passeront jamais; elles ne peuvent manquer de s’accomplir : Cœlum et terra transibunt , verba autem mea non prœteribunt.^ Saint Bernard dit en conséquence que tout notre mérite consiste à mettre en Dieu toute notre confiance : Hoc totum hominis meritum , si totam spem suam ponat in eo.'^ La raison en est que , ceux qui espèrent en Dieu, l’honorent beaucoup : Invoca me in die tribulationis ; eruarn te, et honorificabis me,^ Ils honorent la puissance, la miséricorde , et la fidélité de Dieu , parce qu’ils croient fermement que le Seigneur a le pouvoir et la volonté de les sauver, et qu’il ne peut manquer aux promesses qu’il a faites de sauver ceux qui se confient en lui. Aussi le Prophète-Roi nous assure que , plus notre confiance sera grande , plus la divine miséricorde se répandra sur nous : Fiat misericordia tua , Domine, super nos, quemadmodum speravimus in te.^

Or , cette vertu d’espérance plaît tellement au Seigneur qu’il a voulu nous y obliger par un précepte grave,

(1) Ps. 46. il. (2) Ps. 90. 14. (3) Ps. 56. 40.

f4) Ps. io. i. (ôj Eccli. 2. il. (6) Matth. 24. 55.

(7^ In Ps. 90. s. io. (8j Ps. 49. io. (9 Ps. 52. 22.

comme l’enseignent communément les théologiens, et comme on peut le prouver par plusieurs textes de l’Ecriture : Speraie in eo, omnis congregatio populi.^ — Qui timeiis Dominuin , sperate in illurn.^ — Spera in Deo tuo semper.^ — Perfecte sperate in eam, quœ offertur vohiSj gratiam^ Cette espérance de la vie éternelle doit être en nous ferme et certaine, suivant la définition qu’en donne Saint Thomas : Spes est certa expectatio futurœ beaîitudinis.^ C’est aussi ce que déclare expressément le saint Concile de Trente, en ajoutant que Dieu ne manquera pas •d’achever ce qu’il a commencé en nous , a moins que nous ne manquions à sa grâce : In Dei auxilio firmissimam spem collocare et reponere omnes debent ; Deus enim, nisi ipsi illius gratiœ defuerint , sicut cœpit opus bonum , ita perficiet J operans velle et perficere.^ D’ailleurs, le grand Apôtre Pa également déclaré en parlant de lui-même : Scio enimcui credidi , et certus sum quia potens est depositum meum servareJ Et c’est ce qui distingue l’espérance chrétienne de l’espérance mondaine : en effet, pour posséder cette dernière, il suffit d’avoir une attente incertaine ; il ne peut même en être autrement, car il est toujours a craindre que l’homme qui a fait une promesse , n ait déjà changé ou ne change dans la suite de volonté. L’espérance chrétienne , au contraire , qui a pour objet le salut éternel , ne nous laisse , de la part de Dieu , aucun doute : le Seigneur peut et veut nous sauver, et il a promis le salut à quiconque observe sa loi ; à cette fin , il a promis en outre les grâces nécessaires pour observer cette loi a quiconque les lui demande.

Il est vrai que notre espérance est aussi accompagnée

(1) Ps. 61. 9. (2) Eccli. 2. 9. (3) Os. 12. 6.

(4) /. Pet. 1. 1S. (5) 2 2. q. 18. a. 4. [6) Sess. 6. cap. 1o.

(7) IL Tim. 1. 12.

LA GRÂCE DE LA PRIÈRE

d’une certaine crainte ; mais, comme l’explique le Docteur Angélique ce n’est nullement de la part de Dieu que nous avons à craindre , c’est seulement de nous-mêmes , parce que nous pouvons toujours manquer de correspondre à la grâce comme nous le devons , et y mettre obstacle par nos fautes. Aussi est-ce ajuste titre que le Concile de Trente a condamné les novateurs qui, parce qu’ils regardent l’homme comme entièrement privé de libre arbitre , prétendent que tout fidèle doit avoir une certitude infaillible de sa persévérance et de son salut. Le saint Concile a condamné cette erreur,^ parce que, comme nous l’avons dit , pour parvenir au salut, il est nécessaire de correspondre à la grâce , et que cette correspondance de notre part est incertaine. Le Seigneur veut donc , d’un côté, que nous vivions toujours dans la crainte et la défiance de nous-mêmes , afin que nous ne tombions pas dans la présomption en comptant sur nos propres forces ; mais il veut aussi , d’un autre côté , que nous soyons assurés de la bonne volonté qu’il a de nous sauver , et du secours qu’il est prêt a nous donner â cette fin toutes les fois que nous le demandons , de sorte que nous ayons une confiance entière en sa bonté. Nous devons , dit Saint Thomas, attendre avec certitude, de la puissance et de la miséricorde de Dieu, la félicité éternelle , en croyant fermement que Dieu peut et veut nous sauver : De potentia Del et misericordia ejus certus est quicumque fidem habet.

Ainsi , puisque notre espérance du salut doit être certaine en Dieu , comme le dit Saint Thomas : Certa expectatio beatitudinis ; il s’ensuit que le motif de notre espérance doit être certain : car , si le fondement de notre espérance était , non certain , mais douteux , nous ne

(2) Sess. 6. cap. i2. can. 1o — i6.

pourrions pas espérer et attendre de Dieu avec certitude le salut et les moyens nécessaires pour y parvenir. Cependant Saint Paul exige que nous ne cessions point d’être fermes et inébranlables dans l’espérance, si nous voulons nous sauver : Si tamen 'permanetis in fide fundati , et stabiles, et immobiles a si^e Evangelii , quod audistis.^ Ce que l’Apôtre confirme dans un autre endroit , en disant que notre espérance doit être inébranlable comme une ancre ferme et sûre , puisqu’elle est appuyée sur les promesses de Dieu , qui ne peut tromper : Cwpimus autem unumquemque vestrum eamdem ostentare sollicitndinemad expleiionem spei nsque in finem.. . ; ut per duas res immobiles, quihus imjoossibile est mentiri Deum, fortissimum solatium habeamus, qui confugimus ad tenendam propositamspem, quam sicut anchoram habemus animæ tutam ac ftrmam,^ Notre attente ne peut donc être vaine ni incertaine , dit Saint Bernard , puisqu’elle repose sur la parole infaillible de l’éternelle Vérité : Neque enim vana nobis hœc eæspectatio, aut dubia spes videtur, innixa nimirum œternœ promissionibus Veritatis.'*^ Mon espérance, ajoute-t-il ailleurs, s’appuie sur trois bases : sur l’amour que Dieu nous a témoigné en nous adoptant pour ses enfants, sur la vérité de sa promesse, et sur le pouvoir qu’il a de l’accomplir : Tria considero in quibus spes mea consistit : charitatem adoptionis, veritatem promissions , potestatem redditions.'^

C’est pourquoi l’apôtre Saint Jacques nous déclare que , celui qui désire obtenir de Dieu les grâces dont il a besoin, doit les lui demander, non en hésitant, mais avec une entière confiance d’être exaucé : Postulet autem in fide.

(1) Col i. 23.

(3j In Ps. 90. s. 7.

(2) Heb. 6.

(4j Dow. 6. p. pent. s. 3.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

nihil hœsitans. Car, dit-il ensuite, si, en priant, on est agité par le doute , on ne recevra rien : Qui enim hœsitat, similis est fluctui maris, qui a vento movetur et circumfertur; non ergo œstimet homo ille quod accipiat aliquid a Domino.^ Et Saint Paul loue Abraham de n’avoir eu aucune défiance de la divine promesse qu’il avait reçue , sachant bien que , ce que Dieu promet , ne peut manquer de s’accomplir : In repromissione etiam Dei non hœsitavit diffidentia, sed confortatus est fide, dans gloriam Deo, plenissime sciens quia quœcumque promisit Deus , potens est et facere.'^ Aussi Jésus-Christ nous avertit lui-même que nous recevrons toutes les grâces que nous désirons , mais à condition que nous les demanderons avec une croyance assurée de les obtenir : Propterea dico vobis : omnia quœcumque or antes petitis, crédité quia accipietis, et evenient vobis. ^ En un mot, Dieu ne veut point nous exaucer si nous ne croyons avec certitude qu’il nous exaucera.

Nous arrivons maintenant à notre raisonnement. Notre espérance d’obtenir le salut, et les moyens nécessaires pour y parvenir, doit donc être certaine du côté de Dieu. Les fondements de cette certitude sont , comme nous l’avons dit , la puissance , la miséricorde , et la fidélité de Dieu; mais, entre ces trois motifs de confiance, le plus ferme et le plus certain , c’est la fidélité infaillible de Dieu dans la promesse qu’il nous a faite, â cause des mérites de Jésus-Christ , de nous sauver et de nous accorder les grâces nécessaires pour parvenir au salut : car , remarque avec raison Juénin, quelle que fût notre foi en la puissance et en la miséricorde infinie du Seigneur, nous ne pourrions jamais en espérer le salut avec une confiance

(1) Jac, /. 6.

(2) Rom. 4. ^0.

(3) Marc. H. ^4,

certaine, s’il ne nous l’avait certainement promis. Mais cette promesse est conditionnelle , elle exige de notre part que nous correspondions a la grâce et que nous priions, comme nous le voyons dans beaucoup de textes de l’Ecriture , que nous avons cités : Petite^ et accipieiis. — Si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. — Dabit bona petentibus se. — Oportet semper or are. — Non habetis, propter quod non postulatis. — Si quis indigei sapientia, poslulet a Deo. Etc. C’est pourquoi les Saints Pères et les théologiens enseignent communément, ainsi que nous l’avons prouvé dans la première Partie , ^ que la prière est un moyen de salut indispensable.

Or , si nous n’étions pas certains que Dieu donne à tous les hommes la grâce de pouvoir prier actuellement, sans avoir besoin pour cela d’une grâce spéciale, non commune à tous, nous ne pourrions trouver en Dieu un motif sûr et solide pour espérer le salut avec certitude , nous n’auiions qu’un motif conditionnel et par conséquent incertain. Quand j’ai l’assurance qu’en priant j’obtiendrai la vie éternelle et toutes les grâces nécessaires pour y arriver, et que je sais que Dieu me donne , à moi comme a tout le monde, la grâce de prier actuellement, si je le veux ; alors j’ai un motif certain pour espérer de Dieu le salut , dès que je fais ce qui dépend de moi. Mais quand je doute , au contraire , si Dieu me donnera ou non la grâce particulière qu’il ne donne pas a tous , et que l’on suppose nécessaire pour prier actuellement ; alors je n’ai point de motif certain pour espérer de Dieu le salut , je n’ai qu’un motif douteux , incertain , puisque je suis incertain si Dieu me donnera cette grâce spéciale dont j’ai besoin pour prier , grâce qu’il refuse a un grand nombre : ainsi mon espé-

(i) Chapitre 1 . § 1 et 2.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

ratice est incertaine , non-seulement de mon côté , mais encore du côté de Dieu ; et voila l’espérance chrétienne détruite, vu que, d’après l’Apôtre, elle doit être assurée, ferme, inébranlable. — Je le dis en vérité, je ne sais comment le chrétien pourrait remplir le précepte de l’espérance , c’est-à-dire , espérer de Dieu avec une entière confiance , comme il le doit , le salut et toutes les grâces nécessaires pour se sauver, s’il n’avait pas la certitude que Dieu donne communément à tous les hommes la grâce de prier actuellement, dès qu’ils le veulent, sans qu’ils aient besoin pour cela d’un secours spécial.

Ajoutons enfin que notre système ou notre sentiment, qui est aussi celui de beaucoup de théologiens ainsi que de notre humble Congrégation , s’accorde parfaitement , d’un côté, avec la grâce efficace, et, de l’autre, avec la grâce suffisante.

Nous parlons de la grâce intrinsèquement efficace, avec laquelle nous faisons le bien infailliblement, quoique librement.

On ne peut nier , en effet , que Dieu , en vertu de sa toute-puissance , ne soit maître de mouvoir et d’incliner les cœurs des hommes à vouloir librement ce qu’il veut : chose conforme au langage de l’Ecriture : Cor regis in manu Domini : quocumque voluerit, incHnabit illud.^ — Spirifum meum ponam in medio vestri , et faciam ut in prœceptis meis ambuletis.’^ — Consilium meum stabit, et omnis voluntas mea fiet.^ — Qui immutat cor principium populi terrœ.^ — Deus autem pacis... aptet vos in omni bono, ut faciatis ejus voluntatem : faciens in vobis quod placeat corarn se per Jesum Christum : ^ Le Seigneur tient

(1) Prov. 2i. i, (^2) Ez. 36. 27. (3) Is. 46. 10.

{4} Joh. 24. (5) Heb. 13. 21.

les cœurs des hommes dans sa main; il les change, les dispose h faire le bien, selon sa volonté; il fait en eux ce qu’il lui plaît.

On ne peut pas nier non plus que Saint Augustin et Saint Thomas n’aient enseigné que la grâce est efficace par elle-même, de sa nature. C’est ce qu’ils montrent clairement en beaucoup d’endroits de leurs écrits, particulièrement dans les passages suivants :

Saint Augustin assure que Dieu est souverainement maître de nos cœurs : il en fait ce qu’il lui plaît , non malgré nous, mais en agissant sur nos volontés selon son bon plaisir ; il nous fait faire ou vouloir ce qu’il veut, quand il le veut , comme il le veut , autant qu’il le veut : Qui (Deus) tamen hoc non fecit nisi lier ipsorum hominum voluntates , sine dubio habens humanorum cordium inclinandorum omnipotentissimam poiestatemA — Agit Ornnipotens in cordibus hominum , ut per eos agat quod per eos agere voluerit."^ — Et si faciunt homines bona quœ pertinent ad colendurn Deum, ipse facit ut UH faciant quœ prœcepit — Certuni est nos facere cum facimus; sed ille facit ut faciamus, prœbendo vires effcacissimas voluii’tati, qui dixit : « Faciam ut in prœceptis mets ambuletisA )) ^ — (( Deus est enim [inquit Apostolus) qui operatur in vobis et telle et perficere , pro bona voluntateA » Nos ergo volumus ; sed Deus in nobis operatur et telle A — Quia prœparatur toluntas a Domino y ab illo petendum est y ut tantum telimus quantum suffcity uttolendo fadamus A — Notit [Deus] in ipsis hominum cordibus operariy non ut homines y quod fieri non potest, nolentes credant\

(1 ) De Corr. et Gr. c. H. (2) De Gr. et Lih. Arh. c. 2/.

(3) De Prœd. SS. c. iO. (4) Ez. 56. ^7.

(5) De Gr. et Lih. Arh. c. i6. (6) Phil. 2. 15.

(7) De Dono pers. c. 15. (8) De Gr. et Lih. Arh. c. 16.

L\ GRACE DE LA PRIÈRE

sed utvolentes ex nolentibus fiant. ^ — Operatur incordibus hominum , non solum veras revelationes , sed bonas etiam voluntates — Voluntates nostrœ tantum valent , quantum Deus eas valere voluit.^ — Voluntates, quœ conservant sœculi creaturam , ita esse in Dei potestate, ut eas , quo voluerit , quando voluerit faciat inclinari^

Le langage du Docteur Angélique s’accorde avec celui de Saint Augustin : Deus movet voluntatem immutabiliter propter efficaciam virtutis moventis , quœ deficere non potest.^ — Charitas impeccabilitatem habet ex virtute Spiritus Sancti , qui infallibiliter operatur quodcumque voluerit; unde impossibile est hœc duo simul esse vera : quod Spiritus Sanctus velit aliquem movere ad actum charitatis, et quod ipse charitatem amittat peccando.^ — Si Deus movet voluntatem ad aliquid , impossibile est huic positioni quod voluntas ad illud non moveattir.’^

Nous disons également que notre doctrine se concilie avec la grâce vraiment suffisante, qui est commune à tous les hommes, et au moyen de laquelle, si l’on y correspond, on obtient la grâce efficace ; mais si , au lieu d’y correspondre , nous y résistons , c’est avec justice que la grâce efficace nous est refusée. D’après ce principe, les pécheurs qui prétendent n’avoir point la force de vaincre leurs tentations , n’ont aucune excuse ; car s’ils priaient , comme ils peuvent le faire avec la grâce ordinaire qui est donnée à tout le monde, ils obtiendraient la force qui leur manque et ils se sauveraient.

Au contraire , si l’on n’admet point cette grâce ordinaire, avec laquelle chacun puisse au moins prier, sans

1^) Ad Bonif.L i. c. i9. ;^) De Gr. Clir. c. ^4. ■

3) De Civ. D. l. 5. c. 9. (4) De Gr. et Lib. Arb. c. 20.

(5) De Mal. q. 8. ad 3. '6) 2. 2. q. 24. a. 11.

r?, moyen.

avoir besoin d’une grâce spéciale non commune a tous , et obtenir, par la prière , le secours necessaire pour observer la loi , je ne sais comment peuvent s’expliquer tant de passages des Livres Saints, où les âmes sont exhortées a retourner a Dieu, à vaincre les tentations, et à répondre aux invitations célestes : Redite, prœvaricatores , ad cor.^

— Revertimini, et agite pœnitentiam — Revertimini, et vivite.^ — Solve vincula colli tiii.^ — Venite ad me omnes, qui laboratis et onerati estis.'^ — Resistite fortes in fde.^

— Ambulate dum lacera habetis.^ Je le répète : s’il était

vrai que les hommes n’ont pas tous la grâce de prier , et d’obtenir , par la prière , les secours extraordinaires dont ils ont besoin pour parvenir au salut, je ne sais comment on pourrait entendre ces textes de l’Ecriture. Je ne sais pas non plus comment les orateurs sacrés pourraient exhorter avec tant de force tous les hommes , sans exception , a se convertir , a résister aux ennemis de leur âme, a marcher dans la voie de la vertu , et , pour obtenir tout cela , à prier avec confiance et persévérance , si la faculté de faire le bien, ou au moins de prier , ne leur était point accordée a tous , mais seulement a ceux qui reçoivent la grâce efficace. Je ne sais enfin comment pourraient se justifier les reproches faits également a tous les pécheurs sans exception , de résister 'a la grâce et de mépriser la voix de Dieu qui les appelle : semper Spiritui Sancto

resistitisA — Quia vocavi, et renuisiis ; extendi manum meam, et non fuit qui aspiceret. Despexistis omne consi’lium meum, et increpationes meas neglexistis Je ne sais, dis-je, comment on pourrait leur faire ces reproches avec justice, s’il leur manquait même la grâce éloignée ou mé-

(1) h. 46. 8. (2; Ez, i8. 30^32. (3) Is. 6^. 2.

(4) Matth. 11. ^8. (5 I. Pet. 5. 9. (6j Jo. i^. 36.

(7; Act. 7.61. (8j Prov. 1. 24.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

diate requise pour opérer le bien, c’est-à-dire, cette grâce efficace que nos adversaires trouvent indispensable pour prier actuellement.

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