‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 29 sur 132 · AUTORITÉS SUR LESQUELLES CETTE DOCTRINE EST FONDÉE · texte numérisé non relu

AUTORITÉS SUR LESQUELLES CETTE DOCTRINE EST FONDÉE

Examinons maintenant les preuves sur lesquelles repose la doctrine que nous défendons, et d’abord les preuves d’autorité. Nous citerons l’Ecriture, le Concile de Trente, et les Saints Pères.

1° L’Ecriture.

Nous avons premièrement l’autorité de l’Apôtre, qui nous assure que Dieu est fidèle, et qu’il nepermettrajamais que nous soyons tentés au delà de nos forces, attendu qu’il nous donne toujours son secours, soit immédiat, soit médiat par le moyen de la prière , pour résister aux attaques de nos ennemis : Fidelis autem Deûs est , qui non patietur vos tentari supra id quod potestis, sed faciet etiam CUTI tentât ione proventum ut possitis sustinere.'^ Jansenius prétend que ce texte' ne doit s'entendre que des prédestinés; mais cette interprétation n’a aucun fondement , puisque Saint Paul écrit à tous les fidèles de Corinthe , que certainement il ne supposait pas tous prédestinés. Cest donc à juste titre que Saint Thomas l’applique générale-

{\ j De Gr. et Lih. Arb l. c. o. (2) /. Cor. iO. t3 .

G. MOYEN

lUEU f>ONNE A TOUS LES HOMMES

ment à tous les liomir.es; il dit que Dieu ne serait jioint lidèle, s’il ne nous accordait , autant qu’il dépend de lui, les grâces dont nous avons besoin pour parvenir au salut : Non autem viderefur essefidelis Deus, si nobis dene- (jaret y quantum \n ipso est , ea per quœ per venir e ad eum possemus.^

Nous trouvons en outre autant de preuves semblables qu’il y a de textes sacrés où le Seigneur nous exhorte a nous convertir et a lui demander les grâces nécessaires au salut, avec promesse de nous exaucer si nous recourons a lui ; par exemple : Ma sagesse vous instruit en public , et vous dit: Jusques a quand aimerez-vous les frivolités comme des enfants , ou les choses qui vous nuisent comme des insensés? Convertissez-vous a ma voix ; soyez dociles âmes inspirations. Mais je vous appelle en vain, vous ne voulez point m’écouter : eh bien ! vous mourrez et vous éprouverez ma juste vengeance .* Sapientia foris prœdicat..., dicens : Usquequo parvuU diligitis infa?itiam, et stuiti ea quœ sibi sunt noxia cupient... ? Convertimini ad

correptionem meam : en proferam vobis spiritum meum

Quia vocavi, et re7iuistis. .. ; ego quoque in interitu vestro ridebo et subsannabor Ces exhortations seraient tout à fait dérisoires, dit Bellarmin,^ si Dieu n’accordait aux pécheurs au moins le secours médiat de la prière pour se convertir. Remarquons aussi dans le meme passage, qu’il est fait mention de la grâce intérieure : En proferam vobis spiritum meum; par laquelle Dieu invite les pécheurs à la pénitence et leur donne son secours actuel pour se convertir, s’ils le veulent.

Venite ad me omnes, qui laboratis et onerati estis, et ego

y Inl. Cor. I.lect. 1. '2 Pror. /. 20.

3 De Grat. et Lib. Arb. l. 2, c. .5.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

repciam vos.^ — Venite et arguite me, dicit Dominus : si fuerint jjeccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbabuntiir^ ~ Petite, et dabitur vobis.^ Venez a moi, je vous soulagerai, je vous purifierai, je vous accorderai tout ce que vous me demanderez. — Voila ce que le Seigneur répète en mille endroits que nous avons déjà cités plusieurs fois. Or, si Dieu ne nous donnait a tous la grâce de recourir actuellement à lui et de le prier actuellement , toutes ces invitations si pressantes seraient inutiles.

2® Le Concile de Trente.

Je prie le Lecteur de considérer attentivement la preuve que nous fournitle Concile de Trente ; ^ si je ne me trompe, elle est évidente.

Les novateurs prétendaient que, l’homme ayant été dépouillé du libre arbitre parle péché d’Adam, notre volonté n’opère plus aucunement dans les actes bons, mais quelle est portée passivement a les recevoir de Dieu, sans qu’elle les produise elle-même ; et ils inféraient de la que la pratique des commandements est impossible â ceux qui ne sont pas mus et prédéterminés, par une grâce efficace, a éviter le mal et à faire le bien. Le saint Concile prononça contre cette erreur la sentence suivante , tirée de Saint Augustin : ^ Deiis impossibilia non jubet; sedjubendo monet, et facere quod possis, et petere quod non possis; et adjiicat ut possis : Dieu ne commande rien d’impossible; mais en nous donnant sa loi, il nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de demander ce que nous ne pouvons pas; et il nous rend tout possible â l’aide de sa grâce.

Ainsi, pour prouver contre les hérétiques que fobser-

(L Matth. //. 28. ^2)Is. 1. 18. [S)MaUli. 1. 7.

(4) 6. cap. 11. o) De Nat. et Gr. c, 4 J .

valion des préceptes divins n’est impossible à personne, le Concile a déclaré que tous les hommes ont le moyen de faire le bien, ou qu’ils ont au moins la grâce de la prière, par laquelle ils peuvent obtenir les secours plus puissants dont ils ont besoin a cet effet. On comprend par l'a qu’avec la grâce commune a tous, chacun peut faire les choses faciles, comme de prier, sans avoir besoin pour cela d’une grâce extraordinaire, et, par la prière, acquérir la force nécessaire pour remplir les devoirs difficiles, conformément 'a la doctrine de Saint Augustin, déj'a rappelée ailleurs : Eo ipso quo firmissime creditur Deum justum et bonum impossibilia non potuisse p)rœcipere, hinc admonemur, et in facilibus quid agamus, et in difjicilibus quid petamiis.^ Ainsi , d’après le saint Concile, tous les hommes peuvent observer les commandements de Dieu , au moins par le moyen de la prière, qui leur procure les secours plus grands nécessaires a cet effet. Si donc Dieu a imposé sa loi a tous les hommes, et leur en a rendu la pratique possible a tous, au moins médiatement par le moyen de la prière, il faut rigoureusement conclure de la que tous les hommes ont la gârce de la prière ; car, si cette grâce manquait â quelqu’un, il lui serait impossible d’observer la loi. Et si le Seigneur, en donnant par le moyen de la prière la grâce actuelle de faire le bien, rend ainsi l’observation de sa loi possible à tous les hommes, il s’ensuit qu’il donne également â tous les hommes la grâce actuelle de prier; car, si la grâce actuelle de prier manquait 'a quelqu’un, l’observation de la loi divine lui serait impossible, puisqu’il n’aurait pas même le moyen de la prière pour obtenir les secours qui lui sont nécessaires.

Cela posé, on a tort de dire que ces paroles du Coii-

I) De Nat. et Gr. c. 60.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

cile : Monet [Deus) et facere quod possis et petere quod non possis : Dieu nous avertit de faire ce que nous pouvons et de demander ce que nous ne pouvons pas ; — doivent s’entendre , non de la prière actuelle , mais du simple pouvoir de prier. — Car nous répondons : Si la grâce commune et ordinaire donnait le pouvoir de prier , mais non de prier actuellement, le Concile n’aurait point dit : Dieu nous avertit de faire ce que nous pouvons et de demander ce que nous ne pouvons pas ; - - mais : Dieu nous avertit que nous pouvons faire et que nous pouvons demander. — En outre , si le Concile avait seulement voulu déclarer que chacun peut observer les commandements ou peut prier pour obtenir la grâce de les observer , sans vouloir parler de la grâce actuelle , il n’aurait point dit : Dieu nous avertit de faire ce que nous pouvons : Monet et facere quod possis; car l’expression dont il se sert : Monet , se rapporte proprement a l’opération actuelle , et elle a moins pour objet d’éclairer l’esprit que de mouvoir la volonté â faire le bien qu’elle peut opérer actuellement. En s’exprimant comme il l’a fait, le Concile montre donc clairement qu’il a eu en vue, non-seulement le pouvoir d’opérer et le pouvoir de prier , mais encore l’opération actuelle et la prière actuelle : en effet, si l’homme , pour opérer et pour prier actuellement , avait besoin d’une grâce extraordinaire qu’il n’a pas , pourquoi le Seigneur l’avertirait-il de faire et de demander ce qu’il ne peut réellement faire ni demander sans la grâce efficace? C’est avec raison que le père Fortunat de Brescia dit à ce sujet : Si la grâce actuelle de la prière n était point donnée à tous les hommes, et que, pour prier , on eût besoin de la grâce efficace , non commune a tous , il en est beaucoup à qui la prière serait impossible , parce que la grâ,pe efficace leur manque; on aurait donc tort de dire

21 i DIEU DONNE A TOUS LES HOMMES

que Dieu nous avertit de demander ce que nous ne pouvons pas : Monet j)ctere quod non possis ; puisque ce serait nous avertir de faire une chose qui nous est impossible a cause du manque du secours actuel indispensable pour cela. Ainsi, cet avertissement doit s’entendre de l’opération et de la prière actuelles, qu’on peut exécuter sans avoir besoin d’une grâce extraordinaire. Et c’est la précisément ce qu’insinue Saint Augustin dans le passage cité plus haut ; Hinc admonemur,et in facilibus quid agamus, et in difficilibus quid petainus : il suppose que, si tous les hommes n’ont pas la grâce de faire les choses difficiles , tous ont au moins la grâce de prier , la prière étant une chose facile a tous , ainsi qu’il le suppose également dans les paroles que le Concile de Trente lui a empruntées : Monet [Deus] et facere quod possis et p)etere quod non possis.

Resserrons cet argument : le saint Concile déclare que Dieu ne nous impose aucuns commandements dont l’observation soit impossible , parce qu’il nous donne , soit le secours nécessaire po^r les observer , soit la grâce de prier pour obtenir ce secours , qu’il accorde a la prière ; or , s’il était vrai que le Seigneur ne donne pas â tous les hommes au moins la grâce médiate de la prière pour observer actuellement tous ses commandements , il serait vrai de dire, avec Jansenius , qu’il y a des commandements que l’homme juste ne peut observer actuellement, parce que la grâce lui manque.

Je ne sais comment on pourrait entendre et expliquer le texte cité du Concile de Trente , si la grâce suffisante ne donnait pas a tous les hommes le pouvoir de prier actuellement sans la grâce efficace, que nos adversaires trouvent indispensable pour produire une bonne œuvre quelconque. Et en supposant , comme ils le veulent , la nécessité d’une

LA GRACE DE LA PRIÈRE

nouvelle grâce pour prier actuellement , je ne puis comprendre comment se vérifierait cette autre déclaration du même Concile : Deus namque sua gratia semel justi/icatos non deserit, nisi ah eis prius deseratur : ^ Dieu n’abandonne jamais ceux qu’il a une fois justifiés par sa grâce, a moins qu’il n’en soit lui-même abandonné auparavant. — Si, pour prier actuellement, c’était peu d’avoir la grâce suffisante ordinaire , et qu’il fallût en outre avoir la grâce efficace, non commune â tous, je demande ce qui en résulterait : il arriverait de la que, quand le juste serait tenté de commettre le premier péché mortel , si Dieu ne lui donnait pas la grâce efficace, au moins celle de prier pour obtenir la force de résister, il succomberait sans doute a la tentation, et l’on devrait plutôt dire alors que Dieu abandonne le juste avant qu3 lejuste abandonne Dieu, puisque la grâce efficace, indispensable pour résister â la tentation, aurait manqué au juste.

On objecte certain passage de Saint Augustin , ou il semble insinuer que la grâce de la prière n’est point donnée â tout le monde ; Nonne aliquando ipsa oratio nostra sic tepida est, vel potius frigida et pene nulla , imo interdum ita nulla ut neque hoc in nobis cum dolore advertamus, quia, si vel hoc dolemus , jam oramus?^^ Mais le cardinal Sfondrati observe avec raison qu’autre chose est de ne point prier et autre chose de n’avoir point la grâce de prier : Aliud est peccatores non orare, aliud non habere gratiam qua orare possint.'^ Le Saint Docteur ne dit point que la grâce de prier comme il faut manque â quelqu’un ; > il dit seulement que parfois notre prière est tellement froide qu’elle devient presque nulle , non parce que Dieu

(1) Sess G. car). //. ['ï Ad Siinpl. l. i.

:B; Sod. prœd. p, /. §

manque de nous aider à prier mieux , mais uniquement par notre propre faute. — C’est pareillement ce que répond Tournely,en parlant de la première proposition de Jansenius : Justi non orant seinper ut oportet : eorum culpa est quod ita non orent, cum habeant ex gratia su/ficientes vires ad orandum. IJnde Sanctus Augustinus ait quidem orationem nostram aliquando frigidam ac pene nullam esse , at non ait deesse gratiam per quam oratio possit ardentior fîeriA Le cardinal Noris ajoute cette réflexion, qu’une prière tiède nous obtient au moins la grâce de prier avec plus de ferveur, et qu’ensuite la prière fervente nous obtient la grâce efficace pour observer les commandements : Colligo ipsammet tepidani orationem fieri a nobis cum adjutorio sine quo non ac ordinario concursu Dei, cum sint actus débités et minus perfecti. Ea tamen tepida oratione impetramus spiritum ferventioris orationis, qui nobis adjutorio quo Et il s’appuie

sur l’autorité de Saint Augustin lui-même , qui s’exprime ainsi : Ego libéra et valida intentione p^reces ad te direxi, quoniam, ut hanc habere possem , exaudisti me infirmius orantem : ^ Seigneur ! je vous ai invoqué avec force, parce que vous m’en avez fait la grâce en exauçant ma faible prière.

Il y a encore moins de difficulté dans ce qui suit : sur ces paroles de l’Apôtre : Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus Saint Augustin (fit que c’est l’Esprit-Saint qui nous fait prier : Interpellare nos facit^ nobisque interpellandi inspirai affectum.^ Tout ce que le Saint Docteur a voulu dire par la , contre les pélagiens , c’est que personne ne peut prier sans la grâce; et cette

(1 De Gr. Chr. q. J. p. /. [^2) Jans. err. cal. subi. c. S.

:î' In. Ps. Ki. (4, Rom, 8. Ep, i94, c, 4, K. H.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

explication , il la donne lui-même en ces termes : Lorsque nous faisons quelque chose avec le secours de Dieu, nous disons que c’est Dieu qui le fait , parce que sans son secours nous ne le ferions point : Quod dono ipsius tu facis, ille facere dicitur, quia sine illo tu non faceres.^

' 30 Les Saints Pères.

Nous appuyons notre sentiment, en troisième lieu , sur ce qu’on trouve a ce sujet dans les Pères de l’Eglise.

On lit dans Saint Basile : Ubiquis permissus est in ten-tationem inciderey eventum ut sufferre possit et voluntatem Dei per orationem petere:'^ Lorsque Dieu permet que l’homme soit tenté , c’est afin qu’il résiste en demandant par la prière la divine volonté, c’est-à-dire la grâce, pour remporter la victoire. — Ce Saint Docteur suppose donc que, quand l’homme n’a point le secours suffisant pour vaincre la tentation , il a au moins le secours actuel et commun de la prière pour obtenir l’augmentation de grâce dont il a besoin.

Saint Jean Chrysostôme dit dans un endroit , que Dieu nous a donné une loi qui met à découvert les plaies de notre âme , pour nous faire recourir au médecin : Legem dédit quœ vulnera patefaceret , ut medicum optarent;^ et dans un autre, que , négliger de prier , c’est vouloir être vaincu; et l’on reste ainsi sans excuse : Nec quisquam poferit excusariy qui liostem vincere noluit, dum orare cessavit.^ Si l’on n’avait pas la grâce nécessaire pour prier actuellement, et, par la prière , obtenir le moyen de résister, on ne serait pas sans excuse dans la chute.

Saint Bernard tient le même langage : Qui sumus nos ?

(1 ) /n Ps. S 2. (2) Mor. reg. 62. c. 2-

(3; In Gai 5. 22. ^4) Hom, de Moys.

G. MOYEN

aiit quœ fortitudo nosfra ? hoc quærebat Deus, ut videnfes defecinm nostrum , et quod non est nobis auxilium aliud , ad ejus misericordiam tota humilitate curramus Le Seigneur nous a imposé une loi au-dessus de nos forces , afin que, reconnaissant notre faiblesse , nous recourions à sa miséricorde par la prière , et que nous obtenions ainsi la force d’observer ses commandements. — Mais si la grâce de prier actuellement était refusée à quelqu’un, l’observation de la loi divine lui deviendrait absolument impossible ; aussi le Saint nous assure quelle ne manque a personne : Multi queruntur deesse sibi gratiam; sed multo justius gratia quereretur deesse sibi multos : Le Seigneur a bien plus juste sujet de se plaindre de ce que nous manquons a la grâce par laquelle il vient a notre secours , que nous de nous plaindre de ce que la grâce nous manque.

Mais aucun d’entre les Pères ne s’exprime sur ce point avec plus de clarté que ne le fait Saint Augustin en beaucoup d’endroits ; nous en citons un bon nombre.

Magnum aliquid pelagiani se scire putant , quando dicunt : Non juberet Deus quodsciret nonposse ab homine fieri. — Quis hoc nesciat ? sed ideo jubet aliquaquœnon possumuSj ut noverimus quid ab illo petere debeamus.'^

Non tibi deputatur ad culpam quod invitus ignoras, sed quod negligis quœrere quod ignoras ; neque illud quod vulnerata membra non colligis , sed quod volentem sanare contemnis. Ista tua propria peccata sunt : nulli enim homini ablatum est scire utiliter quœrere.^ Le Saint Docteur nous assure donc que la grâce de prier , et d’obtenir par la prière le secours nécessaire pour se convertir, n’est

(I) In quad. s. 5. (2) De Gr. et Lib. Arb. c. 16.

(3) De Lib. Arb. l. 5. c. 7.9

LA GRACE DE LA PRIÈRE

refusée à personne ; car, si cette grâce manquait à quelqu’un , on ne pourrait lui imputer a péché de ne pas se convertir.

Quid ergo aliud ostenditur nobis , nisi quia et petere et quœrere et puhare ille concedit, qui ut hœc faciamus jubet ? ^

Semel accipe et intellige : nondum traheris ? ora ut traharis.^

Quod ergo ignorât [anima] quid sibi agendum sit, ex eo est quod nondum accepit ; sed hoc quoque accipiet , si hoc quod accepit bene usa fuerit : (Notez: ) accepit autem ut pie et diligenter qucerat, si volet. Ainsi chacun a la grâce nécessaire pour prier ; et s’il en use bien , il recevra la grâce d’exécuter ce qu’il ^e pouvait immédiatement faire auparavant.

Homo qui voluerit et nonpotuerity oret ut habeat tantam voluntatem, quanta sufficit ad implenda mandata : sic quippe adjuvatur , ut faciat quod jubetur

Prœcepto admonitum est liberum arbitrium, ut quœreret Dei donum ; quod quidem sine suo fructu prorsus admoneretur, nisi prius acciperet aliquid dilectionis , ut addi sibi quœreret unde y quod jubebatur , impleret.^ L’homme reçoit donc d’abord quelque grâce : Aliquid dilectionis, c’est-a-dire , la grâce suffisante, par laquelle il peut obtenir ensuite, en priant, la grâce actuelle dont il a besoin pour accomplir son devoir : Ut addi sibi quœreret unde, quod jubebatur, imijleret.

Jubet ideo ut , facere^Jussa conati et nostra infirmitate fatigati, adjutorium gratiæ poscere noverimus.^ Dans ce passage, le Saint Docteur nous montre qu’avec la grâce

fl) Ad Simpl l. 4. q. (2) In Jo. tr. 26.

(3) De Lib. Arb. l. 3. c. 22> (4j De Gr. et Lib. Arb. c. 46.

(5) De Gr. et Lib> Arb. c. 48. 6) Ep, 461 . E. B.

ordinaire seule, nous ne pouvons pas, il est vrai, faire les choses diiïiciles, mais nous pouvons obtenir, par le moyen de la prière, le secours nécessaire pour les exécuter. Puis il continue : Lex siibuitravit ut abundaret delictum , cum homines adjutorium gratiœ non implorant ; cum autem vocatione divina intelligunt cui sit ingemiscendum , et invocant eum , fiet quod sequitur : « Ubi abundavit delictum, super ahundavit gratia.^ » On voit ici clairement exprimé, selon la remarque du père Petau, d’un côté, le manque de la grâce abondante , et , de l’autre , l’assistance de la grâce ordinaire et commùne , qui nous fait prier, et que le Saint appelle Vocation divine.

Hoc restât in ista mortali vita libero arbitrio, non ut impleat homo justitiam cum voluerit, sed ut se supplici pietate convertat ad eum cujus dono eam possit implere."^ En disant que l’homme est impuissant par lui-même a observer toute la loi , et qu’il ne lui reste que la faculté d’obtenir le secours dont il a besoin pour y satisfaire , c’est-à-dire , le moyen de la prière , Saint Augustin suppose indubitablement que le Seigneur donne à chacun de nous la grâce de prier actuellement , sans avoir besoin d’un autre secours extraordinaire et non commun à tous ; car, s’il en^, était autrement, dans le cas où ce secours spécial manquerait, on n’aurait aucun moyen d’observer tous les commandements de Dieu , ou du moins les plus difficiles. Et en parlant ainsi , le Saint Docteur ne peut assurément entendre que la grâce suffisante confère seulement le simple pouvoir de prier, et non la prière actuelle; puisque, quant au pouvoir, on ne doute pas qu’il ne soit donné par la grâce suffisante , pour toute œuvre si difficile quelle soit; il est donc certain que le Saint entend ici,

(1) Rom. 3. ^0.

(2) Ad Simpl l, i. q, i.

LA GRACE DE LA PRifeRE.

comme il l’enseigne ailleurs , qu’on peut remplir actuellement les devoirs faciles , tels que la prière , avec la seule grâce suffisante, et les devoirs difficiles, avec le secours qu’on obtient par le moyen de la prière.

Deux textes de Saint Augustin sont surtout d’un grand poids dans la question qui nous occupe.

Le premier est ainsi conçu : Certum est nos mandata servare, si volumus ; sed, quia prœparatur voluntas a Domino f ab illo petendurn est ut tantum velimus quantum sufficit ut volendo faciamus il dit que, d’un côté, il est certain que nous observerons les commandements , si nous le voulons, et que , de l’autre, pour vouloir les observer et pour les observer en effet, nous devons prier. — Nous avons donc tous reçu la grâce de^prier, et d’obtenir , par la prière, la grâce abondante qui nous fait observer les commandements ; car si , pour prier actuellement, il fallait une grâce efficace non commune à tous , ceux qui ne l’auraient point reçue ne pourraient ni observer ni avoir la volonté d’observer les commandements.

Le second texte est la réponse du Saint Docteur aux moines d’Adrumète , qui parlaient ainsi : Si la grâce m’est indispensable, en sorte que sans elle je ne puisse rien faire, pourquoi me reprendre, moi qui ne puis agir, n’ayant point la grâce de faire ce qui est ordonné ? Priez plutôt le Seigneur pour moi, afin qu’il me donne cette grâce : Ora potius pro me. — Le Saint leur répond : Vous devez être repris , non parce que vous ne faites point ce que vous n’avez point la force de faire , mais parce que vous ne priez point pour obtenir cette force qui vous manque : Qïïl corripi non vult, et dicit : Ora potius pro me, — ideo corripiendus est ut faciat [oret] etiam ipse pro se.^ Si le

(1) De Gr. et Lih. Arh. c. 16.

(2) De Corr. et Gr. c. 5.

Saint Docteur n’avait pas cru que nous avons tous la grâce avec laquelle nous prions , si nous le voulons , sans avoir besoin d’un autre secours , il n’aurait pu dire qu’on doit être repris parce qu’on ne prie point ; car on pourrait lui répliquer : Si je ne suis point répréhensible en n’agissant point , étant dépourvu de la grâce spéciale requise pour agir , je suis également irréprochable si je ne prie point , étant dépourvu de la grâce spéciale requise pour prier actuellement. — Saint Augustin rencontre encore la même objection dans un autre endroit : Non se (allant qui clicunt : Ut quid nobis prœcipitur ut declinemus a malo et faciamus honum , si id velle et cperari Deus operatur in iiobis?^ Il répond pareillement que, quand les hommes font le bien , ils doivent remercier Dieu de ce qu’il leur en donne la force ; mais quand ils ne le font point, ils doivent prier pour obtenir la force qui leur manque : Quando autem non agunt, orent ut, quod nondum habentj accipiant. Or, si l’on n’avait pas la grâce de prier actuellement, on répliquerait avec raison : Ut quid nobis prœcipitur ut oremus, si orare Deus non operatur in nobis? Comment veut-on que nous priions, si nous ne recevons point le secours qui nous est nécessaire pour prier actuellement ?

Saint Thomas ne parle point expressément de la prière, mais il suppose la certitude de ce que nous soutenons , lorsqu’il dit que la divine Providence fournit a chacun les moyens nécessaires au salut : Hoc ad divinam Provident iam pertinety ut cuilibet provideat de necessariis ad salutejn, dummodo ex parte ejus non impediatur En effet, si, d’un côté , Dieu procure à tous les hommes les grâces nécessaires au salut , et que , de l’autre , pour prier , il soit

(i) De Corr. et Gr. c. 2.

(2) De Verit. q. H. a. H.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

nécessaire d’avoir une grâce qui donne le pouvoir de prier actuellenient et d’obtenir par la prière un secours plus puissant pour exécuter ce qu’on ne peut faire avec le secours ordinaire , nous devons rigoureusement conclure que Dieu nous donne a tous la grâce suffisante pour prier actuellement , si nous le voulons , sans que nous ayons besoin pour cela de la grâce efficace.

Ajoutons ici la réponse de Bellarmin aux hérétiques qui, de cette parole du Sauveur : Personne ne peut venir à moi, si mon Père ne l’attire : Nemopotest venire ad me, nisi Pater ^ qui misit me, traxerit eurn;^ inféraient qu’on ne peut aller à Dieu sans être proprement attiré par lui : On peut conclure de là , dit Bellarmin , que nous n’avons pas tous la grâce efficace, mais non que nous n’avons pas le secours dont nous avons besoin pour la demander : Respondemus eo solum concludi non habere omnes auxilium efjficax quo reipsa credant ; non tamen concludi non habere omnes auxilium quo possint credere , vel certe quo possint auxilium petere.^

§ III

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