‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 36 sur 132 · PRINCIPAUX SUJETS A MÉDITER · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX SUJETS A MÉDITER

L’Esprit-Saint a dit : Memorare novissima tua, et in œternum non j^eccahis : ^ Celui qui médite souvent les fins dernières, c’est-â-dire, la Mort, le Jugement, et l’Eternité de l’enfer et du paradis, ne tombera pas dans le péché. — Mais ces vérités ne se voient pas des yeux du corps , l'ame seule peut les concevoir : si on ne les considère pas fréquemment , elles s’effacent de l’esprit ; et lorsque les plaisirs des. sens se présentent , celui qui perd de vue les vérités éternelles, s’y laisse facilement entraîner: voila comment tant de malheureux s’abandonnent, au vice , et se damnent. Tous les chrétiens savent et croient qu’ils doivent mourir et être jugés ; mais comme ils n’y pensent pas, ils vivent éloignés de Dieu.

Si en outre nous ne méditons tout spécialement l’obligation que nous avons d’aimer Dieu , â cause de ses perfections infinies ; et des bienfaits dont nous lui sommes redevables, et de l’amour qu’il nous a porté , il nous sera diÜicile de nous détacher des créatures et de lui donner tout notre cœur. C’est dans l’oraison que le Seigneur nous

\) Eccli, 1. 40.

P') Règlement de vie, ch. i . § 2. — De T Amour divin, ^ 3, .

OE L ORAISON MENTALE

fait connaître le néant des choses terrestres et le prix des biens célestes ; c’est là qu’il enflamme de son amour les cœurs qui ne résistent point à ses doux attraits.

Après tout, la bonne règle est que nous méditions de préférence les vérités et les mystères qui nous touchent davantage et qui procurent à notre âme la nourriture la plus abondante. Toutefois, le sujet le plus convenable pour une personne qui aspire à la perfection, ce doit être la Passion de Jésus-Christ. Louis de Blois ^ rapporte que le Sauveur a révélé à plusieurs saintes femmes, comme Sainte Gertrude , Sainte Brigitte , Sainte Mechtilde , et Sainte Catherine de Sienne , qu’il lui est fort agréable de voir les âmes méditer sa passion. Selon Saint François de Sales,^ la passion de notre divin Rédempteur doit être le sujet ordinaire des méditations de tous les chrétiens. Oh ! le beau livre que la passion de Jésus-Christ ! on y comprend mieux que dans tout autre livre la malice du péché , ainsi que la miséricorde et l’amour de Dieu envers les hommes. Je pense que Jésus-Christ, outre les autres fins qu’il a pu avoir en vue, a voulu souffrir tant de peines diverses, la flagellation, le couronnement d’épines, le crucifiement, etc., afin qu’ayant sous les yeux tous ces différents mystères douloureux , nous eussions autant de sujets divers a méditer sur sa passion, sujets dans lesquels nous pussions puiser divers, sentiments de reconnaissance et d’amour.*

Concl. an. a. ,'2; Iiitrod. p. 2. ch. I.

^*) Saint Alphonse ne s’est pas content.é d’indiquer sommairement les principaux sujets que Ton doit méditer pour se sauver ou- pour tendre à la perfection ; il a composé lui-même divers recueils de méditations sur les Perfections de Dieu, ses Bienfaits, la V'’ie et la Passion de Jésus-Christ , l’Am-our que nous lui devons , les Fins dernières, la Vanité des bie-ns terrestres , le Péché et ses suites , les Vertus à pratiquer , l’Importance du salut, les Dangers que l'on court , les Obstacles à surmonter ..les Moyens à prendre, etc. On peut dire , en un mot, que le Saint Fvêque a’ pourvu à tous les iicsoins de l’àme. Le Traducteur-

DE l’oraison mentale.

Du lieu.*

On peut méditer en tout lieu, chez soi ou ailleurs, même en marchant , en travaillant : combien n’en est-il pas qui , ne pouvant faire autrement, élèvent leur âme vers le Seigneur et s’appliquent à l’oraison , sans quitter pour cela leurs occupations , leurs travaux, ou même en voyageant! Celui qui cherche Dieu, le trouve partout et en tout temps.

La condition essentielle , pour s’entretenir avec Dieu , c’est la solitude du cœur , sans laquelle il ne servirait de rien ou il serait peu utile d’être retiré de corps dans un lieu solitaire , dit Saint Grégoire : Quid prodest solitudo corporis, si solitudo defuerit corclis Mais, pour jouir de la solitude du cœur, laquelle consiste a être dégagé des pensées et des affections terrestres, les déserts et les grottes ne sont pas absolument nécessaires. Ceux qui sont obligés a traiter avec le monde , pourvu qu’ils aient le cœur libre d’attaches mondaines , peuvent toujours conserver , même au milieu des chemins , des places publiques , et des affaires, la solitude du cœur et l’union avec Dieu. Aucune occupation qui a pour objet l’accomplissement de la volonté de Dieu , n*empêche la solitude du cœur. Sainte Catherine de Sienne ne laissait point de trouver Dieu au milieu des soins du ménage, auxquels ses

I Mor. l. oO. c.

Homo apost. App. 4. § S. — Uédexions pieuses, § 32-34.

DE l'oraison mentale. 273

parents la tenaient continuellement occupée pour la détourner de ses exercices de piété ; tout en vaquant a sa besogne, elle était constamment retirée dans son cœur, quelle appelait sa cellule, et elle ne cessait d’y converser .seul 'a seul avec son Bien-Aimé.

Cependant, quand on le peut, on doit se retirer, pour faire oraison, dans un lieu solitaire. Notre Sauveur a dit : Tu autem J cum oraveris , intra in cubiculum tuum, et, clauso ostio, ora Patrem tuum in ahscondito : ^ Quand vous voulez faire oraison , enfermez-vous dans votre chambre, et la priez votre Père dans le secret. — Selon Saint Bernard, le silence même , le repos a l’abri de tout tumulte , force en quelque sorte l’âme à penser aux biens du ciel : Silentium et a strepitu quies coqit cœlestia meditari.^

Mais le lieu le plus favorable à l’oraison , c’est l’église ; Jésus-Christ semble agréer surtout celle que l’on fait devant le Très-Saint Sacrement, puisqu’il paraît y dispenser plus abondamment ses lumières et ses grâces à ceux qui le visitent. Il réside sur les autels , non-seulemœnt pour être la nourriture des âmes qui le reçoivent dans la sainte communion, mais encore pour être en tout temps accessible â quiconque désire sa présence. De pieux pèlerins se rendent â la sainte Maison de Lorette que Jésus-Christ habitaitdurant sa vie, ainsi qu’a Jérusalem où il est mortsur la croix ; mais combien notre dévotion ne doit-elle pas être plus fervente, lorsque nous nous trouvons devant un tabernacle , où réside en personne ce même Seigneur qui a vécu parmi nous et qui est mort sur le Calvaire ! Il n’est pas permis a toute sorte de personnes de parler en particulier aux rois de la terre; mais nous pouvons tous, nobles

1) Matth. G. 6.

(2) Epist. 18.

DE L ORAISON MENTALE

et roturiers, riches et pauvres, parler quand il nous plaît au Roi du ciel dans le Saint-Sacrement; nous pouvons nous entretenir avec lui aussi longtemps que nous le voulons, lui exposer nos besoins et lui demander ses grâces : la Jésus donne audience à tous, écoute et console tous ceux qui l’invoquent.

Du temps.

Nous avons ici deux choses à considérer, savoir : le moment de la journée le plus propre â l’oraison, et le temps qu elle doit durer.

I® Selon Saint Isidore, le matin et le soir sont les deux parties du jour , qui, ordinairement parlant, conviennent le mieux à l’oraison : Maiie et vespere tempus orationis opportunum. Mais Saint Grégoire dit que. le matin est le temps le plus opportun ; parce que, ajoute-t-il, quand l’oraison précède les occupations journalières, le péché ne trouve point entrée dans Tâme : Si oratio negotio prœces sévit, peccatum aditum non inveniet. Et le vénérable père Charles Carafa, fondateur de la Congrégation des Pieux- Ouvriers, disait a ce sujet qu’un acte fervent d’amour, fait le matin dans l’oraison , suffit pour maintenir l’âme dans la ferveur pendant toute la journée. — Cependant Toraison est encore nécessaire vers le soir, suivant la recommandation de Saint Jérôme : Non prias corpusculum requiescat, quam anima pascatur : ^ 11 ne faut pas que le corps se livre au repos avant que l’âme se soit fortifiée par l’oraison, qui est sa nourriture. — Du reste, je le répète , on peut faire oraison en tout temps et en tout lieu ; il suffit de penser 'a Dieu et de produire de bons actes ; c’est en cela que consiste l’oraison,

tj Ad Eust. De Virgin.

DE LÜRAISOÎN MENTALE.

Quant à la durée de roraison , la règle des Saints a toujours été d’y consacrer toutes les heures que les autres devoirs de la vie humaine leur laissaient libres. — Saint François de BorgiSi y passait huit heures , parce que ses supérieurs ne lui accordaient pas plus de temps ; et quand ces huit heures étaient écoulées, il demandait en suppliant la permission de les prolonger : « Par grâce, disait-il, encore un moment. » — Saint Philippe de Néri y employait les nuits entières. — Saint Antoine, abbé, restait aussi toute la nuit en oraison ; et quand le soleil paraissait sur l’horison , ce qui marquait le terme qu’il s’était fixé , il se plaignait de ce que l’astre du jour se levât sitôt. — Le père Balthasar Alvarez. ^ disait qu’une âme qui aime Dieu , dès quelle cesse d’être en oraison, doit se trouver, comme une pierre hors de son centre, dans un état violent; car nous devons imiter sur la terre , autant que cela est possible, la vie des Bienheureux dans le ciel , qui sont continuellement dans la contemplation de Dieu.

Mais passons du général au particulier. Combien de temps doit consacrer â l’oraison une personne qui tend a la perfection ? — Le père Torrès exigeait une heure le matin , une seconde heure dans le courant de la journée , et une demi-heure le soir, a moins qu’on n’en fût empêché par quelque infirmité ou par l’obéissance. S’il vous semble que ce soit trop de ces trois oraisons, je vous conseille d’en faire au moins deux. Il est certain qu’une demi-heure d’oraison chaque jour ne sufRrait point pour atteindre a quelque haut degré de perfection; ce serait assez toutefois pour commencer.*

(1 ) Vie, ch. 2.

(*) Homo apost, App. 4. §

Benoît XIV accorde à quiconque fait chaque jour une demi-heure ou au moins un quart d’heure d’oraison mentale, une indulgence

DE L ORAISON MENTALE

Le Seigneur veut quelquefois que nous laissions l’oraison pour remplir quelque devoir de charité envers le prochain; mais on ne doit pas oublier alors ce que dit Saint Laurent Justinien: Cum charitas urgel, se exjwnit proximo, sic tamen ut continue anhelet ad cubile Sponsi reditum : ^ Quand la charité le demande , l’épouse de Jésus-Christ vole au service de son prochain ; mais en faisant ce sacrifice, elle soupire sans cesse après le moment où il lui sera permis de rentrer dans la solitude pour y converser avec son divin Epoux. — Le père Vincent Caraffa, qui fut général de la Compagnie de Jésus, donnait a l’oraison tous les instants qu’il pouvait dérober.

L’oraison mentale ennuie les personnes attachées au monde, mais non celles qui n’aiment que Dieu. Ah ! (‘ertes, on ne peut éprouver de tristesse ni d’ennui à converser avec le Seigneur, quand on l’aime véritablement : Non enim habet amaritudinem conversatio illius, nec tædium conmctus illius, sed lœtifiam et gaudiumx Qu’est-ce que l’oraison, dit Saint Jean Climaque, sinon un entretien familier et une union intime avec Dieu ? Oraiio est familiaris conversatio et conjunctio cum Deor^ Voici, en effet, d’après Saint Jean Chrysostôme, ce qui se fait dans l’oraison : l’âme parle a Dieu , et Dieu parle â l’âme. — Non, la vie des personnes vertueuses, qui aiment l’oraison et qui fuient les divertissements du siècle, n’a rien de désagréable. Si vous ne le croyez pas , écoutez l’avis de l’Esprit-Saint : Gustate, et videte quoniam suavis est Dominas Faites-en l’expérience, et vous verrez

^1 De Casio Conn. c. tJi. “2 Sap. 8. 16.

3) Scala sp. gr. ^8. (.4) Ps 3o. 9.

PLÉNIÈRE une fois par mois , le jour à son choix, pourvu qu'il se confesse, communie, et prie selon les intentions de l’Eglise. Celte indulgence est applicable aux âmes du purgatoire.

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combien le Seigneur est doux envers ceux qui abandonnent tout pour se donner entièrement 'a lui. — Du reste , en nous rendant à l’oraison , nous ne devons pas avoir pour fin, ainsi que nous le disons ailleurs, d’y trouver notre propre consolation , mais seulement d’apprendre du Seigneur ce qu’il demande de nous, en nous dépouillant de tout sentiment d’amour-propre. Ad j^rœparandum te ad orationem , exue voluntates tuas, dit Saint Jean Climaque : Pour nous bien préparer à l’oraison , nous devons renoncer a notre volonté, — et dire 'a Dieu : Loquere , Domine , quia audit servus tuus : ^ Parlez , Seigneur I dites-moi ce que vous voulez que je fasse, je veux vous complaire en tout. — Il faut dire cela avec une résolution ferme ; car , si cette disposition nous manque , le Seigneur ne nous parlera point.

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