Obtenir les grâces de Dieu
Nous devons faire l’oraison afin d’obtenir de Dieu les grâces nécessaires pour avancer dans la voie du salut, et spécialement pour éviter le péché et prendre les moyens de parvenir à la perfection.
Le fruit principal de l’oraison consiste dans l’exercice de la prière. Ordinairement parlant , Dieu n’accorde ses grâces qu’à ceux qui prient. Quelquefois, pour obtenir certaines grâces d’une plus grande valeur, une simple demande ne Suffit pas , il faut insister et en quelque sorte contraindre Dieu par l’importunité de nos prières a nous les accorder, ainsi que le dit fort bien Saint Grégoire : Vult Deus rogari, vult cogi , vult quadam importunitate Vinci. Il est vrai qu’en tout temps le Seigneur est prêt à nous exaucer ; mais dans l’oraison , nous trouvant plus recueillis en sa divine présence, il est plus disposé à nous prodiguer ses faveurs.
On doit surtout avoir soin , dans l’oraison , de demander à Dieu la persévérance et son amour.
La persévérance finale n’est pas simplement une grâce , c’est une chaîne de grâces, a laquelle doit correspondre de notre côté une chaîne de prières : si nous cessons de prier. Dieu cessera de nous aider, et nous nous perdrons. Celui qui ne pratique pas l’oraison mentale , se maintiendra difficilement dans l’état de grâce jusqu’à la mort, parce qu’il négligera deprier comme il le doit. Rappelons encore ici la réflexion de monseigneur Palafox : « Comment le Seigneur nous donnera-t-il la persévérance , si nous ne la lui demandons pas? et comment la lui demanderons-nous, sans l’oraison? Sans l’oraison, ajoute-t-il, nous n’avons point de communication avec Dieu. »
DE L ORAISON MENTALE
Nous devons pareillement adresser à Dieu d’instantes prières pour obtenir son saint amour. Saint François de Sales disait que toutes les vertus sont unies à l’amour divin. Venerunt autem mihi omnia bona j)ariter cum ilia : Tous les biens viennent dans une âme avec la charité.
Prions donc continuellement pour demander 'a Dieu la persévérance et son amour ; et pour le faire avec plus de confiance, n’oublions pas la promesse que Jésus-Christ nous a faite, que tout ce que nous demanderions à Dieu par les mérites de son divin Fils , nous serait accordé : Amen, amen dico vobis : si quid peiieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis.^^ Prions, dis-je, prions toujours, si nous voulons que Dieu nous comble de ses dons. Prions pour nous-mêmes ; et si nous avons du zèle pour la gloire de Dieu , prions aussi pour les autres : il est très-agréable â Dieu de se voir prié pour les infidèles, les hérétiques , et tous les pécheurs. Disons-lui : Seigneur 1 faitesvous connaître, faites-vous aimer : Confileantur tibi populi, Deus, confiteantur tibipopuli omnes.^ On peut lire dans la Vie de Sainte Thérèse et dans celle de Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, combien Dieu recommandait à ces deux âmes ferventes de prier pour les pécheurs. En priant pour les pécheurs, ne manquons pas de prier aussi pour les saintes âmes du purgatoire.
On ne doit point chercher , dans l’oraison , les douceurs spirituelles.
Nous devons faire foraison , non pour goûter des consolations spirituelles , mais principalement pour apprendre de Dieu ce qu’il demande de nous. Disons-lui avec le jeune Samuel : Loquere, Domine, quia audit servus
vl) Sap. 7. 2; Jo, 46. 23. 3) Ps. 66. 6.
DE LORAlSOiN MENTALE. 269
tuus Seigneur! faites-moi connaître ce que vous exigez de moi , je veux vous obéir. — On voit des personnes qui continuent à pratiquer loraison tant que durent les consolations, mais dès que celles-ci viennent a cesser, elles quittent loraison. Il est vrai que Dieu console ordinairement dans loraison les âmes qu il chérit , et qu’il y communique à ceux dont il est aimé quelque avant-goût des délices qu’il leur prépare dans le ciel. Les mondains ne comprennent pas cela ; n’ayant jamais goûté que des plaisirs terrestres, ils méprisent les douceurs spirituelles. Ah ! s’ils les avaient une fois éprouvées , ils renonceraient certainement â toutes leurs voluptés grossières, pour aller s’enfermer dans une cellule et s’entretenir seul a seul avec Dieu ! L’oraison n’est pas autre chose qu’un entretien de l’âme avec Dieu : Tâme lui exprime ses sentiments, ses désirs, ses craintes, ses demandes ; et Dieu lui parle au cœur, en lui faisant connaître sa bonté, son amour, et ce qu elle doit faire pour lui être agréable.
Maison ne trouve pas toujours ces douceurs dans l’oraison ; le plus souvent, une âme sainte y souffre des sécheresses. (( C’est par les aridités et les tentations, dit Sainte Thérèse, que le Seigneur éprouve ses amis. » Puis elle ajoute : « Dût une âme passer toute sa vie dans l’aridité , elle ne doit point abandonner l’oraison : un temps viendra que sa fidélité sera bien récompensée.^ » C’est dans les sécheresses qu’on profite le plus. Humilions-nous alors, et résignons-nous, en nous voyant sans ferveur, sans désirs, et comme incapables de faire un acte de vertu ; humilionsnous , dis -je, et résignons-nous, cette oraison nous sera plus avantageuse que les autres. Dans ce cas, si nous ne pouvons faire autre chose, contentons-nous de dire :
I /. Rey. 3. 9. "2) Vie, ch. 11.
G. MOYEN
DE L ORAISON MENTAT.E.
Aidez-moi, Seigneur ! ayez piliéde moi, ne m’abandonnez pas. — Recourons aussi à Marie . noire Mère et notre Consolatrice. — Heureux celui qui, dans les désolations, reste fidèle a l’oraison ! Dieu le comblera de ses grâces.
§IV