VII
DES DISTBACTlOxNS ET DES SÉCHERESSES.
Des Distractions.
Si, après qu’on s’est bien préparé k l’oraison, ainsi que nous l’avons dit au paragraphe précédent, il survient quelque distraction, on ne doit pas s’en inquiéter ni chercher a la repousser avec violence et avec impatience ; il suffit de s’en détourner paisiblement et de ramener son attention à Dieu.
Le démon ne néglige rien pour nous suggérer des distractions pendant l’oraison, afin de nous forcer à l’abandonner; renoncer à l’oraison parce qu’on y est souvent distrait, c’est donc donner gain de cause au démon. Il est impossible, dit Cassien, que notre esprit s’applique a l’oraison sans avoir aucune distraction.
Ainsi, quelles que soient nos distractions dans ce saint exercice, ne l’abandonnons jamais. Saint François de Sales assure que, si nous ne faisions pas autre chose, dans l’oraison, que de combattre les distractions et les tentations qui viennent nous assaillir, notre oraison serait bien faite. Avant lui, Saint Augustin avait dit pareillement, que
J)E LOllAISUN MENTALE.
les distractions involontaires ne nous ôtent point le fruit Je l’oraison : Evagatio mentis, quœ fit prœter propositum , oralionis fructum non tollit.
Enfin, quand nous remarquons que nous sommes distraits volontairement, rentrons en nous-mêmes et corrigeons-nous; chassons la distraction , mais ne quittons point l’oraison.
"2o Des Sécheresses.^
La plus grande peine d’une âme qui s’adonne a l’oraison , c’est de s’y trouver quelquefois sans aucun sentiment de dévotion, sans goût, et même sans aucun désir sensible d’aimer Dieu; a cela vient souvent se Joindre la crainte d’être dans la disgrâce et l’abandon du Seigneur, a cause des fautes commises ; plongée dans d’épaisses ténèbres, cette âme affligée ne voit aucun moyen d’en sortir ; toutes les issues lui semblent fermées.
Lorsqu’une âme se livre â la vie intérieure, le Seigneur a coutume de lui prodiguer les consolations afin de la détacher entièrement des plaisirs du monde; mais dès quelle est suffisamment affermie dans la spiritualité, il retire la main pour éprouver son amour, pour voir si elle le sert et si elle l’aime fidèlement, et non pas pour les douceurs spirituelles dont la dévotion est souvent récompensée même sur la terre. Certaines âmes faibles, dès qu’elles se voient dans l’aridité; s’imaginent aussitôt que Dieu les a délaissées , ou que la vie spirituelle n’est pas faite pour elles, et par suite elles négligent l’oraison et perdent tout ce quelles ont fait. (*)
(*) Réflexions pieuses, g 34. — Conformité à la volonté lie Dieu, § 5. '
DE E ORAISON MENTALE
Pour devenir une âme d’oraison, il faut s’armer de courage et de constance, afin de ne point se relâcher dans les temps d’aridité. Rien de plus beau que les avis de Sainte Thérèse sur ce point important; voici ce que nous lisons en divers endroits de ses écrits : « Le démon sait que l’âme qui s’adonne a l’oraison avec persévérance, est perdue pour lui.^ — Dès qu’une personne persévère dans l’oraison, quels que soient les péchés que le démon lui fasse commettre, je liens pour certain que le Seigneur finira par la conduire au port du salut. ^ — Celui qui ne s’arrête pas dans le chemin de l’oraison , arrive toujours , tôt ou tard.^ — L’amour de Dieu ne consiste pas â éprouver de tendres affections , mais â le servir avec courage et humilité. — C’est parles aridités et les tentations que le Seigneur éprouve ceux qui l’aiment. Quand même cette épreuve durerait toute la vie, une âme ne doit jamais abandonner l’oraison ; il viendra un temps ou tout lui sera bien payé.^ »
Le Docteur Angélique ^ enseigne que la vraie dévotion consiste, non dans le sentiment, mais dans le désir et la résolution de se soumettre promptement a tout ce que Dieu veut. Quelle fut, en effet, l’oraison de Jésus-Christ au jardin des Olives? n’était-elle pas toute pleine d’aridité et d’ennui ? cependant, il n’y en a jamais eu de plus fervente ni de plus méritoire dans le monde : Mon Père! disait-il : Non quod ego volo, sedquod tu : Que votre volonté s’accomplisse, et non pas la mienne.
Ainsi, en temps de sécheresse, n’abandonnez jamais l’oraison. S’il arrive que vous soyez trop accablé d’ennui, faites-la du moins en plusieurs fois, et appliquez-
(l)Vie, ch. 19.
(4) Vie, ch. i I .
(7] Marc, ik G. MOYEN.
(3) Vie, ch. 19.
(6) SS.q,8^.a. i.
(2) Vie, ch. 8.
(5) Vie, ch. I l .
DE l/ORAISOxN MENTALE.
vous-y principalement à prier, quand môme vous paraîtriez le faire sans confiance et sans fruit ; il suffira que vous disiez alors, et que vous répétiez souvent : Mon Jésus! miséricorde. Seigneur! ayez pitié de moi. — Priez, et soyez sûr que Dieu vous écoute et vous exauce.
Chaque fois que vous allez a l’oraison, n’ayez jamais pour fin votre propre satisfaction; proposez-vous uniquement de plaire a Dieu et d’apprendre ce qu’il demande de vous ; suppliez-le donc sans cesse de vous faire connaître sa sainte volonté et de vous donner la force de l’accomplir. Tout ce que nous devons chercher dans l’oraison , c’est la lumière qui nous est nécessaire pour voir et la force pour exécuter ce que le Seigneur veut que nous fassions.
Prière.
O mon Jésus! il semble que vous ayez tout épuisé pour vous faire aimer des hommes , au point de ne savoir plus que faire : vous avez voulu vous faire homme, c’est-àdire , prendre la forme d’un ver de terre comme nous ; vous avez voulu mener une vie toute remplie de douleurs et d’opprobres durant trente-trois ans , et la terminer en expirant sur un gibet infâme; vous avez voulu enfin vous cacher sous les espèces du pain, pour devenir ainsi la nourriture de nos âmes! Comment, après tant de bienfaits, avez-vous pu rencontrer tant d’ingratitude, même parmi les chrétiens, qui croient ces vérités, et qui néanmoins vous aiment si peu? Malheureux que je suis! j’ai vécu moi-même par le passé dans cette ingratitude ; je n’ai cherché que ma propre satisfaction, sans penser à vous ni à votre amour. Ah! je reconnais maintenant le mal que j’ai fait , et je m’en repens de toute mon âme. Mon Jésus ! pardonnez-moi : maintenant je vous aime , et je vous
DE L ORAISON MENTALE
aime tellement que je préférerais mourir, et, mourir mille fois, plutôt que de cesser de vous aimer. Je vous remercie des lumières que vous me donnez. Accordezmoi, ô Dieu de mon âme ! accordez-moi la force de croître toujours de plus en plus dans votre amour. Permettez que mon pauvre cœur vous aime. 11 est vrai qu’il vous a autrefois méprisé , mais aujourd’hui il est épris de votre bonté, il vous aime, et tout son désir est de vous aimer.
O Marie l ô Mère de Dieu ! aidez-moi : je mets toute ma confiance dans votre intercession.
DE LA RETRAITE