‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 48 sur 132 · LA DAMNATION EST UN MAL IRRÉPARABLE · texte numérisé non relu

LA DAMNATION EST UN MAL IRRÉPARABLE

I. Qu’attendons-nous? voulons-nous aller pleurer de regret avec les damnés, et dire en enfer : Ergo erravimus:"^ Nous nous sommes donc trompés ; et pour nous, il n'y a plus, et il n’y aura jamais plus de rémède dans l’éternité?

Toute autre faute ici-bas peut se réparer; mais perdre son âme , c’est une faute irréparable.

Que de moyens n’emploient pas les hommes, que de peines ne se donnent-ils pas, pour s’assurer un gain, une dignité, une vaine satisfaction ! — Et pour sauver son âme, que fait-on? Rien, comme s’il importait peu de perdre son âme !

Quelles précautions pour conserver la vie temporelle! On recherche les meilleurs médecins, les meilleurs remè-

( Ij /. Tim, 4.

G. MOYEN

(2) Sap. 5. 6

DE LA IIETRMTE.

des, le 11 eilleur air. — Et pour la vie éternelle, quelle négligence !

Mon Dieu! je ne veux plus résister a votre voix. Qui sait si ces paroles que je lis, ne sont pas le dernier appel que vous me faites ?

IL Nous pouvons nous damner pour toujours : et nous ne tremblons pas ? et nous tardons a remédier aux désordres de notre conscience ?

O mon âme ! que de grâces le Seigneur t’a prodiguées pour te conduire au salut, en te faisant naître au sein de l’Eglise 1 que de facilités il t’a données pour te sanctifier, dans les sermons, les confessions, les bons exemples! que de lumières, que de paroles pleines d’amour, dans les exercices spirituels, les oraisons, les communions! que de miséricorde ! que de patience à t’attendre ! que de fois il t’a pardonné ! toutes grâces qu’il n’a pas accordées à beaucoup d’autres.

Quid est quod debui ultra facere vineœ meœ, et non feci ei? ^ O âme ingrate ! dit le Seigneur : que devais -je faire de plus pour toi? depuis tant d’années que tu es au monde, quels fruits m’as-tu donnés?

S’il nous avait été donné de choisir nous-mêmes les moyens de faire notre salut , eussions-nous pu trouver des moyens plus sûrs et plus faciles?

Mais, hélas! si nous ne profitons pas de toutes ces grâces, elles serviront â rendre notre mort plus malheureuse !

Pour vous sanctifier, il n’est point nécessaire que vous ayez des extases et des visions ; les moyens ordinaires que vous avez, vous sufiisent : pratiquez l’oraison, communiez

1 ) Is. 6. 4.

DE LA RETRAITE

souvent, lisez des livres spirituels, fuyez les occasions dangereuses, — et vous deviendrez parfait.

O mon Dieu! j’ai déjà vécu tant d’années en ce monde, et quel profit ai-je fait jusqu’ici? Mon Jésus! votre sang, votre mort, voilà toute mon espérance.

III. Si je devais mourir aujourd’hui, mourrais-je content de la vie que j’ai menée? Non, certes. Qu est-ce donc que j’attends? que la mort vienne, et que je sois réduit à dire alors : Hélas ! me voici à la fin de ma vie, et je n’ai encore rien fait?

Quel bonheur pour un moribond abandonné des médecins, si sa vie était prolongée d’un an, ou seulement d’un mois ! Maintenant que Dieu m’accorde ce temps si désirable , à quoi vais-je l’employer ?

Seigneur ! puisque vous m’avez attendu jusqu’à présent , je ne veux plus abuser de votre bonté. Me voici : dites-moi ce que vous demandez de moi , je veux vous satisfaire. Je ne veux pas attendre, pour me donner à vous, jusqu’au moment ou il n'y aura plus de temps pour moi. — Mon Jésus ! je vous ai assez offensé : ce qui me reste de vie, au lieu de m’en servir pour vous déplaire, je suis résolu de l’employer uniquement à pleurer les déplaisirs que je vous ai causés, et à vous aimer de tout mon cœur , ô le Dieu de mon âme !

TROISIÈME MÉDITATION

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