III. Une pensée sur l’éternité suffit pour faire un saint
(1) Ps. 7^. ^6,
DE LA RETRAITE
La pensée de l’éteriiité est appelée par Saint Augustin la Grande pensée : Magna cogitatio. C’est cette pensée qui a envoyé tant de jeunes gens dans le cloître, tant d’anachorètes au désert, tant de martyrs a la mort !
Le père Jean d’Avila convertit une dame attachée au monde, en se contentant de lui dire : « Pensez, madame, a ces deux mots : Toujours, Jamais. » Un religieux s’enferma dans un tombeau, où il ne faisait que répéter en soupirant : « O éternité! ô éternité ! »
Ah ! de quelle importance est le dernier instant de notre vie! De notre dernier soupir dépend ou une éternité de joie ou une éternité de peines ; il nous vaudra une vie ou toujours heureuse ou toujours malheureuse. Jésus- Christ est mort sur la croix, pour nous procurer le moyen de nous assurer une bonne mort.
Ainsi, mon cher Rédempteur ! si vous n’étiez pas mort pour moi, je serais perdu pour toujours. Je vous en remercie, ô mon Amour ! je mets ma confiance en vous et je vous aime.
DEUXIÈME MÉDITATION
FOLIE DE CEUX QUI NE PENSENT PAS A l’ÉTERNITÉ.
1. Ou nous croyons, ou nous ne croyons pas. Si nous ne croyons pas, nous en faisons trop pour ce que nous regardons comme une fable. Si, au contraire, nous croyons, nous n’en faisons pas assez, vu qu’il s’agit de gagner une éternité bienheureuse et d’éviter une éternité malheureuse.
Le père Vincent Caraffa disait que, si les hommes comprenaient bien les vérités éternelles, et qu’ils missent en balance les biens et les maux présents avec les biens et
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les maux de la vie future, la terre deviendrait déserte, parce que plus personne ne voudrait s’occuper des choses de ce monde.
Oh ! quelle épouvante nous causera , lorsque nous approcherons du dernier moment de notre vie, cette pensée : Hélas ! de cet instant dépend ma fortune ou ma ruine éternelle! je vais être heureux pour toujours, ou a jamais malheureux! --
Eh quoi ! les mois se passent, les années s’écoulent, nous voilà aux portes de l’éternité , et nous n’y pensons pas ! qui sait si cette année, si ce mois n’est pas le dernier pour moi? Qui sait si ce que je lis à présent n’est pas le dernier avertissement que Dieu, m’envoie?
Mon Dieu! je ne veux plus abuser de vos grâces : me voici, faites-moi savoir ce que vous voulez de moi; je veux vous obéir en tout.
II. Après tant de lumières et tant d’invitations de la part de Dieu, qu’attendons-nous encore? que nous allions gémir au milieu des damnés, et répéter éternellement avec eux que le temps de nous sauver n’est plus : Finita est œstas, et nos saloati non sumus?^ Maintenant, nous pouvons encore réparer nos fautes ; après la mort, il n’y a plus de remède.
Le père Jean d’Avila avait bien raison de dire que les chrétiens qui croient à la vie éternelle et vivent loin de Dieu, mériteraient d’être enfermés dans une maison de fous.
C’est une affaire grave que celle de l’éternité : il ne s’agit pas d’avoir une maison plus ou moins commode, plus ou moins éclairée ; mais il s’agit d habiter un palais
I) Jer. 8. 20.
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de délices, ou d’être plongé dans un abîme de maux ; il s’agit de vivre heureux parmi les Anges et les Saints, ou de partager le désespoir des ennemis de Dieu ; et cela, pour combien d’années? pour mille ans? — ah ! non ; mais pour toujours, pour toujours, tant que Dieu sera Dieu!
Ainsi, ô mon Dieu 1 si j’étais mort quand j’étais dans votre disgrâce, je vous aurais perdu pour toujours. Seigneur ! si vous ne m’avez pas encore pardonné, ah ! pardonnez-moi maintenant. Je vous aime de toute mon âme, et je regrette souverainement de vous avoir offensé. Je suis résolu de ne plus vous perdre à l’avenir. Je vous aime de tout mon cœur, et. je veux vous aimer toujours. Ayez pitié de moi.
III. Il en est sur qui les mots de Jugement, d’Enfer, d’Eternité, font peu d’impression durant leur vie; mais a la mort, que ces vérités leur seront terribles! — trop tard, hélas!. pour leur être fort utiles; car alors, elles ne serviront qu’à accroître leurs remords et leur trouble.
Ecoutons ce que disait Sainte Thérèse à ses religieuses : (( Mes filles, une âme, une éternité! » C’est-à-dire : une AME : si on la perd, tout est perdu; une éternité : cette âme une fois perdue, est perdue pour toujours.
Seigneur ! ne me frappez pas encore; accordez-moi le temps de pleurer mes péchés : tout le temps qui me reste, je veux vous le consacrer sans réserve. Acceptez-moi à votre service, ô mon Dieu, mon Dieu !
Le Seigneur veut bien nous attendre ; mais faisons grand cas et profitons de ce temps qu’il nous donne dans sa miséricorde, afin que nous ne soyons pas réduits à de vains soupirs quand il sera fini pour nous.
Ahl que ne donnerait pas un mourant pour avoir un jour ou seulement une heure de plus à vivre! mais il fau-
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drait que, pendant ce jour, cette heure, il eût la tête saine ; car les derniers moments sont d’ordinaire peu propres a régler les comptes de la conscience : alors, la pesanteur de la tête, les souffrances, l’oppression de la poitrine, empêchent l’âme de produire un acte de vertu ; elle est comme enfermée dans une fosse obscure, où elle n’aperçoit que la grande ruine qui la menace et qui lui semble inévitable. Elle voudrait du temps, mais elle voit qu’il n’en est plus pour elle.
Le Seigneur nous prévient qu’il viendra nous surprendre, quand nous y penserons le moins : Qua hora nonputatis Filius hominis veniet,^ Dieu nous cache le moment de notre mort, afin que nous y soyons toujours préparés : Estote parati. Le temps de la mort n’est pas le temps de préparer ses comptes, mais bien celui de les trouver prêts. « Pour avoir une bonne mort, disait Saint Bernard, il faut se tenir toujours prêt ù mourir. »
Mon Jésus! je vous ai assez offensé; il est temps que je me prépare a la mort. Je ne veux plus abuser de votre patience. Je suis résolu de vous aimer de toutes mes forces. Je vous ai beaucoup offensé, je veux vous aimer beaucoup.
TROISIÈME MÉDITATION