‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 92 sur 132 · ON DOIT SE CONFORMER AUX DESSEINS DE DIEU DANS LE CHOIX · texte numérisé non relu

ON DOIT SE CONFORMER AUX DESSEINS DE DIEU DANS LE CHOIX

d’un État quel qu il soit.

11 est clair que notre salut éternel dépend principalement du choix d’un état. Le père Louis de Grenade appelait le choix d’un état la Maîtresse-Roue delà vie : ainsi, de même que, dans une horloge, la maîtresse-roue étant endommagée, toute l’horloge est dérangée, de même, dans l’ordre de notre salut, la vocation étant manquée, toute la

(*) Saint Alphonse a fait imprimer en i750 des Avis sur la vocation RELIGIEUSE, suivis de Considérations sur l’état religieux, ayant spécialement en vue les jeunes gens qui se présentaient pour entrer dans sa Congrégation. (Tannoia, 1.2. ch. 34 ). Dans les Avis, que nous divisons en cinq Paragraphes au lieu de deux, l’Auteur traite d’abord de la nécessité de se conformer aux desseins de la divine Providence dans le choix d’un état de vie quel qu’il soit, et s’étend ensuite sur la vocation à la perfection religieuse. — A cet opuscule, qui est une des premières productions du Saint Auteur, nous réunissons tout ce qu'il a écrit depuis sur cette matière importante, et nous complétons le recueil en y ajoutant un court traité sur la Vocation au sacerdoce, extrait de son ouvrage connu sous le titre de Seha. Le Traducteur.

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vie est manquée aussi, comme le dit Saint Grégoire de Na^ianze.

Si donc nous voulons assurer notre salut, nous devons, dans le choix d’un état, obéir a la vocation divine, dans laquelle seule Dieu nous prépare les secours efficaces qu’il veut nous donner pour nous sauver ; car, ainsi que le remarque Saint Cyprien, les dons de l’Esprit-Saint nous sont conférés, non selon notre gré, mais selon l’ordre de la divine Providence : Ordine suo, non nostro arbitrio, virtus Sancti Spiritus ministratur,^ C’est pourquoi Saint Paul nous avertit que chaque individu reçoit de Dieu le don qui lui est propre : Unusquisque proprium donum habet ex Deo ce qui signifie suivant l’explication de Cornélius A-Lapide, que le Seigneur donne à chacun sa vocation et lui choisit l’état dans lequel il veut le sauver. Cela est conforme a l’ordre de la prédestination, tracé par le même Apôtre : Quos prœdestinavit, hos et vocavit ; et quos vocavit, hos et justificavit ; quos autem justificavit, illos et glorificavit Dieu appelle les hommes selon qu’il les a prédestinés ; et s’ils répondent a leur vocation, il les sanctifie par sa grâce et les conduit enfin k la gloire céleste.*

{i)De Sing. cler. (2) /. Cor. 7. 7. (3) Rom. 8. 50.

{*] Dans un autre ouvrage, le Saint Auteur s’exprime en ces termes : « Dieu veut que tous les hommes parviennent au salut, mais non par les mêmes voies : comme il a distingué dans le ciel divers degrés de gloire, de même, sur la terre, il a établi divers états de vie, comme autant de routes différentes pour aller au ciel. (Se/t-o, ch. 2.' » Le choix n’est point arbitraire ; « Pour entrer dans un état de vie quel qu’il soit, il faut nécessairement y être appelé de Dieu ; car, sans cette vocation, il est, sinon impossible, du moins très-difficile de satisfaire aux obligations de cet état et de se sauver. La raison en est évidente ; car c’est Dieu qui, dans l’ordre de sa providence, assigne à chacun de nous son état de vie, et qui nous prépare ensuite les grâces et les secours propres à l'état auquel il nous appelle. (Ch. lO.)» Nous devons être persuadés et ne jamais oublier que, de toute éternité, Dieu pense avec amour à chacun de nous comme un bon père s’occupe de son enfant unique. Le Traducteur.

ET DE LA VOCATION

Dans le monde, on comprend peu l’importance de la vocation ; on regarde comme une chose indifférente de vivre dans l’état auquel on est appelé de Dieu ou dans celui qu’on choisit de son propre mouvement : voilà pourquoi tant de gens se conduisent mal et finissent par se damner.

Il est certain que de là dépend principalement notre salut. A la vocation succède la justification, et la justification est suivie de la glorification, c’est-à-dire, de la vie éternelle. Qui rompt cet ordre, cette chaîne du salut, ne se sauvera point. Quelques efforts qu’il fasse, quelque moyen qu’il emploie, Saint Augustin lui dira : Bene curris, sed extra viam : Vous courez bien, mais hors de la bonne voie, — c’est-à-dire, hors du chemin où Dieu vous invitait à marcher pour arriver au bonheur. Le Seigneur n’accepte point les sacrifices que nous lui offrons en suivant notre amour-propre ; il détourne ses regards de Caïn et de ses présents : Ad Cain et ad munera iliius non resjoexitA 11 menace même de châtiments terribles ceux qui méprisent ses avertissements, pour suivre leur propre inclination, en formant des desseins et des entreprises qu’il n’a point inspirés : Vœ, plii desertores, dicit Dominus, ut faceretis consiliumj et non ex me ; et erdiremini teîani, et nowper sj)iritum meum.'^*

(1) Gen. A. 3. (2 h. 50. i.

[* . Il résulte de ce qui précède que, la grande ou même l’unique affaire qui doive préoccuper les jeunes gens de l’un et de l’autre sexe, c’est de connaître les desseins de Dieu relativement à l’état qu’ils doivent embrasser, et d’obtenir la force de s’y conformer. Les IVîoYENs à prendre pour y réussir leur sont indiqués à la fin de ce recueil.

Mais sachons que Dieu n’appelle pas toujours tout de suite et tout d’un coup à l’état le plus parfait : les uns y sont appelés plus tôt, les autres plus tard ; il en est qui y sont élevés par degrés, ou qui y sont conduits par un détour plus ou moins long ; quelquefois, lorsqu’on a

DU CHOIX D*UN ÉTAT

§ II-

DU LA VOCATION A l’ÉTAT RELIGIEUX : COMBIEN IL IMPORTE DE LA SUIVRE PROMPTEMENT.

|o Malheur auquel on s’expose en n’y correspondant pas.

Lorsque Dieu appelle une âme â une vie plus parfaite, il lui fait assurément une grâce spéciale et d’un très-grand prix ; c’est une faveur qu’il n’accorde qu’à un petit nombre ; il est donc bien juste qu’il s’indigne contre ceux qui font peu de cas d’un tel bienfait. Combien un prince ne s'estimerait-il pas offensé, s’il appelait un de ses sujets à le servir de plus près, comme son favori dans son palais, et que celui-ci refusât d’obéir ! Et Dieu ne ressentirait point une pareille injure? Ah ! il ne la ressent que trop ; il menace du dernier malheur celui qui contrarie ses desseins : Vœ qui contradicit Fictori suo!^ Ce mot : Tœ .' signifie, dans les Ecritures, la perte éternelle. Son châtiment commencera dès celte vie, où il n’aura jamais de repos, comme Job nous en avertit; Quis restait ei, etpacem habuit?^ En outre, il sera privé des secours abondants et efficaces qui l’auraient aidé à se bien conduire. C’est pourquoi, dit Habert, il lui sera fort difficile de se sauver : Non sine

(I) Is. 4o. 9. 2) Job. 9. 4.

bien correspondu à une première vocation. Dieu en accorde une meilleure ; parfois encore, le Seigneur se contente de faire comprendre les avantage s de telle ou telle vocation, afin qu’en restimant on la désire, et qu’en la désirant on s’efforce de l’obtenir parla prière et les bonnes œuvres. Il faut se conformer et s’unira la volonté de Dieu dans tout le cours de la vie aussi bien qu’à la mort. '

Le Traducteur.

ET DE LA VOCATION

magnis diffîcultatibus poterit saluti suœ consulere. Il restera dans le corps de l’Eglise, ajoute ce savant théologien, mais comme un membre disloqué, qui ne peut servir qu’avec beaucoup de peine : Manebitque in corpore EcclesiŒj velut membrum in corpore humano suis sedibus moium, quod sertire poteslj sed cegre et cuni deformitate. Et ainsi, conclut-il, bien que, absolument parlant, ce malheureux puisse encore se sauver, il prendra difficilement les moyens nécessaires pour réussir iLicet, absoluteloquendo, salvari possit, difficile tamen ingredietur viam hurnilitalis et pœniteniiæ qua sola ipsi patet ingressus ad vitarn.^ Saint Bernard ^ et Saint Léon ^ enseignent la même chose. L’empereur Maurice ayant, par un édit, défendu a ses soldats de se faire religieux, Saint Grégoire lui écrivit et déclara que c’était une loi injuste, attendu quelle fermait le paradis a beaucoup de chrétiens qui se seraient sauvés dans l’état religieux et qui se perdraient dans le siècle.

On connaît le funeste exemple que rapporte le père Lancicius. Il y avait au Collège-Romain un jeune homme de grands talents. Un jour qu’il faisait les exercices spirituels, il demanda a son confesseur si c’est un péché de ne pas correspondre a la vocation religieuse. Le confesseur lui répondit qu’en soi ce n’est point un péché grave, la vocation étant un conseil, et non un précepte ; mais qu’en ne la' suivant pas on met en grand péril son salut éternel, comme ne le prouve que trop la triste expérience de tant de chrétiens qui se sont ainsi damnés. Le jeune homme ferma l’oreille à la voix de Dieu. Il alla étudier a Macerata, où il commença bientôt à négliger l’oraison et la communion, et il finit par se livrer au désordre. Peu après,

(1) De Ord. c. i.% 2.

(3) EpisL 87.

(-2) De Vit. cler. c. 3.

(4; Epist. l. 2. c. iOO.

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on sortant la nuit de chez une femme de mauvaise vie, il fut frappé à mort par son rival. Des prêtres accoururent ; mais il expira avant leur arrivée, et en face du collège. Par cette dernière circonstance, Dieu a voulu faire connaître que ce malheur lui est arrivé précisément pour avoir méprisé sa vocation.

Un autre fait remarquable est cité par le père Pinamonti, dans son traité de la Vocation victorieuse. Un novice ayant conçu le dessein de renoncer a la vie religieuse, Jésus-Christ lui apparut sur un trône, ordonnant avec indignation que son nom fût effacé du Livre de vie. A cette vue, le jeune homme fut saisi d’une terreur salutaire, et il persévéra dans sa vocation.

Combien d’autres exemples ne lisons-nous pas dans les livres! et combien de malheureux ne verrons-nous pas condamnés au jour du jugement, pour n’avoir pas obéi à leur vocation ! Rebelles à la lumière, comme parle l’Esprit- Saint par la bouche de Job : Ipsi fuerunt rebelles lumini ; nescierunt vias ejus ; ^ c’est par un juste châtiment qu’ils sont privés de la lumière ; et parce qu’ils ont refusé de marcher dans la voie que Dieu leur a indiquée, ils suivent en aveugles celle qu’ils ont choisie d’eux-mêmes, et ils vont a leur perte. Dans les Proverbes,^ le Seigneur s’exprime avec encore plus de force ; chaque mot mérite d’être pesé : E71 proferam vobis spiritum meum... : Je vous envoie mon esprit, c’est-â-dire, la grâce de la vocation mais vous refusez d’y correspondre : Quia vocavi, et renuisiis. . . ; vous méprisez tous mes conseils : Despexisiis omne

coîisilium meum Eh bien ! je rirai de vous a mon tour,

j’insulterai à votre misère, quand les maux que vous voulez éviter fondront sur vous : Ego quoque in interitu ve-

>\) Joh. 24. fo. (2 Prov. i . 23.

ET DE LA VOCATION

stro ridebo et subsannaho, cum vobis id qiiod timebatis advenerit ; lorsque les tentations viendront vous assaillir comme une tempête soudaine au milieu des écueils et des dangers du siècle : Cum irruerit repentina calamitas, et interitus quasi tempestas ingruerit ; lorsque vous serez dans la détresse et les angoisses de la mort : Quando venerit super vos tribulatio et angustia. Alors on m’invoquera, mais je n’écouterai point ; on me cherchera, et on ne me trouvera point : Tune invocabunt me, et non exaudiam ; mane consurgent, et non invenient me; parce qu’on aura dédaigné mes avis et rejeté mes conseils : Eo quod exosam habuerint disciplinam. . nec acquieverint consilio meo, et detraxerint universœ correptioni meœ* Les insensés! leur punition sera de manger le fruit de leur voie et d’être rassasiés de leurs conseils : Comedent igitur fructus viœ suœ suisque consiliis saturabuntur ; le moindre obstacle, la plus légère tentation les fera tomber ; leur prospérité même les perdra : Aversio parvulorurn inter ficiet eos, et prosperitas stultorum perdet illos.

Tout cela signifie donc que Dieu n’écoutera point les cris de ceux qui méprisent sa voix paternelle. Mais, dit Saint Augustin, si l’on résiste a la volonté de Dieu quand il invite, on ne pourra échapper à sa volonté au jour de ses vengeances : Qui voluntatem Dei spreverunt invitantem, voluntatem Dei sentient vindicanternA

(I) R. ad obj. Vinc. 16.

{*) Par ces derniers mots, Dieu réprimande ceux qui font peu de cas de la vocation, et qui prétendent qu’on peut se sauver indifféremment dans tout état de vie. {Theol. mor. L 4, n. 78.)

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2“ Il faut obéir à la \oix de Dieu sans délai.

Ainsi, dès que le Seigneur appelle quelqu’un à un état plus parfait, s’il ne veut pas mettre en péril son salut éternel, il doit obéir, et obéir aussitôt. Autrement, il entendra Jésus- Glirisl lui adresser le même reproche qu’à ce jeune homme qui, invité par le Sauveur à le suivre, lui demanda la permission d’aller auparavant mettre ordre à ses affaires et disposer de ses biens : Sequar te. Domine; sed permitte mihi primum renuntiare his quœ domi sunt ; Jésus lui répondit que, quiconque ayant mis la main à la charrue, regarde en arrière, n'est point propre au royaume de Dieu : Nemo mittens manum suam ad arairum, et respiciens rétro, aptus est regno Dei.^

Les lumières que le Seigneur nous envoie, sont passagères, et non permanentes ; c’est ce qui fait dire à Saint Thomas que les divines invitations à une vie plus parfaite doivent être suivies sans retard : Quanto citius. Le Docteur Angélique ^ pose la question de savoir s’il est louable d’entrer en religion sans avoir consulté beaucoup de personnes et délibéré longtemps ; et il répond affirmativement, en disant qu’il est nécessaire de consulter et de délibérer dans les choses douteuses, mais non dans celle-ci, qui est certainement bonne, puisque Jésus-Christ l’a conseillée lui-même dans l’Evangile : la vie religieuse, en effet, n’est que la pratique de divers conseils donnés par ce divin Maître.

Chose étonnante ! quand il s’agit d’entrer en religion, pour mener une vie plus parfaite et plus assurée contre les dangers du monde, les gens du siècle prétendent que, pour prendre une telle résolution, il faut délibérer longuement

fl; Luc. ,9.

-2; (J. tS9. a. iO,

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et ne pas se hâter de l’exécuter, afin de s’assurer si cette vocation vient réellement de Dieu, et non du démon. Mais ils ne parlent point ainsi lorsqu’il s’agit d’accepter une charge, un évêché, etc., où l’on court tant de dangers de se perdre ! ils ne disent point alors qu’il faut beaucoup d’épreuves pour s’assurer qu’on y est vraiment appelé de Dieu.

Le langage des Saints est tout différent. Saint Thomas ^ assure que la vocation religieuse, vînt-elle du démon, devrait encore être embrassée, comme un conseif excellent, quoique donné par un ennemi. Et Saint JeanChrysostôme, cité par le Docteur Angélique, dit que Dieu, quand il nous favorise de semblables inspirations, veut que nous n’hésitions pas un instantkles suivre : Talem obedientiam Christus quœrit a nobis, ut neque instanti temporis moremur.^ Pourquoi cela ? parce que le Seigneur aime a voir en nous cette docilité; et plus elle est prompte, plus il ouvre la main pour nous remplir de ses bénédictions. Les délais, ■ au contraire, lui déplaisent beaucoup ; alors il resserre la main et retient ses grâces ; de sorte que, celui qui tarde a correspondre a sa vocation, parvient avec peine a la suivre et qu’il l’abandonne aisément. Ainsi, ajoute Saint Jean Chrysoslôme, quand le démon ne peut détourner quelqu’un de la résolution de se consacrer a Dieu, il cherche au moins 'a lui persuader d’en différer l’exécution, et il croit avoir gagné beaucoup quand il a obtenu un délai d’un jour, d’une heure même : Si levem arripuerit prorogation nem ; car si, pendant ce jour ou cette heure, une nouvelle occasion se présente, il lui sera moins difficile d’obtenir un plus long terme. L’esprit malin procède ainsi jusqu’à ce que le sujet appelé de Dieu, se trouvant plus faible et moins

q Contra reir. a rel. t\ JO.

â' In J}fa:th. hom. J 4.

DU CHOIX d’un état

assisté de la grâce, finit par céder tout a fait, et par abandonner sa vocation. Oh! combien de fois, par de tels retards, l’ennemi est parvenu a faire perdre la grâce de la vocation â ceux qui l’avaient reçue ! C’est pourquoi Saint Jérôme, s’adressant â quiconque est appelé â sortir du monde, l’exhorte a s’en échapper au plus vite : Fesiina, quœso tej et hœrentis in sala naviculœ funem magis j)rœeide quam salve : ^ De même que, dit ce Saint Docteur, un homme qui se trouverait dans une barque attachée au sol et sur le point d’être submergée, chercherait plutôt a couper la corde qu’a la dénouer ; ainsi, celui qui est retenu dans le monde, doit tâcher de s’en dégager le plus tôt possible, afin de se mettre plus vite a l’abri du danger de se perdre, malheur auquel on est si exposé au milieu du siècle ! *

Voici ce qu’on lit dans les OEuvres de Saint François

(1) Ad Paulin, de st. Scr.

(*) Il faut se rappeler ici ce que l’Auteur dit dans son Règlement de vie, ch. l^r : « Ayez votre Directeur de conscience; consultez-le sur vos affaires de plus grande importance, et obéissez-lui en tout. Celui qui obéit à son confesseur, n’a pas à craindre de se tromper. Qui vos audit, me audit, Luc. 10. 16.) : Voix du confesseur, voix de Dieu. » On doit donc consulter au moins son confesseur, qui peut différer de se prononcer, autant qu’il le trouve nécessaire pour porter un jugement tel que la prudence l’exige. Voici du reste les trois principaux signes d’une vraie vocation à l’état religieux, d’après Saint Alphonse : « 1 . qu’on se propose une bonne fin, telle que de s’éloigner des dangers du monde, de mieux assurer son salut, et de s’attacher plus étroitement à Dieu ; 2. qu’on n’ait aucun empêchement positif, comme le manque de santé ou de talent, ou des parents dans la nécessité (« In necessitate gravi. » Theol. mor. î. 4. n. 66.), choses à soumettre h l’appréciation des supérieurs, en leur exposant clairement la vérité ; 3. qu’on soit admis par les supérieurs de l’institut. (Avis aux nov.) >>

En outre, dans l'Eglise, il y a différentes institutions religieuses, différents genres de perfection. Il ne suffit pas de savoir en général qu’on est appelé à l’état religieux, il faut encore examiner en particulier à quel institut, à quelle communauté, le Seigneur nousdestine, et suivre en tout point l’impulsion de sa grâce. (Vid. Hom. apost. ir. ult. rî. 39.) Le Traducteur-

de Sales touchant la vocation religieuse ; ses paroles serviront à confirmer ce que nous avons déjà dit et ce que nous dirons dans la suite : « Pour avoir une marque d’une bonne vocation, il ne faut pas une constance sensible, mais qui soit en la partie supérieure de l’esprit. Ainsi, il ne faut pas juger qu’une personne n’est pas vraiment appelée, parce qu’il lui arrive, même avant d’avoir quitté le monde, de ne plus éprouver ces mouvements sensibles qu’elle avait au commencement, ni même parce qu’elle sent des dégoûts et des refroidissements qui la portent parfois jusqu’à vaciller en s’imaginant que tout est perdu ; il suffit que sa volonté reste constante à ne point abandonner la vocation divine ; c’est même assez qu’elle y demeure attachée par quelque affection. Pour savoir si Dieu veut que l’on soit religieux, il ne faut pas attendre qu’il nous parle sensiblement, ou qu’il nous envoie quelque Ange du ciel pour nous signifier sa volonté. Il ne faut pas non plus un examen de dix ou douze docteurs, pour voir si l’inspiration est bonne ou mauvaise, s’il faut la suivre ou non ; mais il faut bien correspondre, et cultiver le premier mouvement, et puis ne se pas mettre en peine s’il vient des dégoûts et des refroidissements louchant cela ; car, si l’on agit ainsi, Dieu ne manquera pas de faire réussir le tout à sa gloire. — Ne vous souciez point de quel côté vient le mouvement ; car Dieu a plusieurs moyens d’appeler ses serviteurs. Il se sert quelquefois de la prédication, d’autres fois de la lecture des bons livres. Les uns ont été appelés pour avoir ouï les paroles sacrées de l’Evangile, comme Saint François et Saint Antoine ; les autres ont été appelés par les ennuis, désastres et afflictions, qui leur survenaient dans le monde, ce qui leur a donné sujet de l’abandonner. Bien que ceux-ci viennent à Dieu comme dépités contre le monde, néanmoins ils ne

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laissent pas de se donner k Dieu d’une franche volonté ; et quelquefois de telles personnes deviennent plus saintes que celles qui sont entrées au service de Dieu par des vocations plus apparentes. Platus raconte (ju'un gentilhomme bien paré et frisé, étant un jour sur un beau cheval bien empanaché, tâchait par tous moyens de plaire aux dames qu’il muguelait ; et comme il bravait, voila que son cheval le renverse par terre au milieu de la fange, d’où il sortit tout sale et tout crotté. Ce pauvre gentilhomme fut si honteux et confus d’un tel accident, que, tout en colère, il se résolut en cet instant-la de se faire religieux, disant; « O traître monde ! tu t’es moqué de moi, mais je me » moquerai aussi de toi ; tu m’as joué de celle-ci, mais je » te jouerai aussi d’une autre; car je n’aurai jamais part »avec toi, et dès cette heure je me résous de me faire re- ))ligieux. » Et de fait il fut reçu en religion, où il vécut saintement J »

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