Œuvres complètes de Saint-Amant
9 arc-Antoine de Gérard , écuyer, sieur de I Saint-Amant (ainsi le désigne le privilège Ç de ses œuvres), naquit en Normandie, S dans le voisinage de la fameuse abbaye Z de Saint-Amant de Rouen , et c'est de là i nom, sous lequel on Fa toujours connu; mais ta famille était de Gérard. La date de sanais- , ignorée ou fixée sans preuve par ses biographes , est 1 5i|4 ■ En effet , dans une de ses pièces , où il rapporta des faits de l'année i64<), le débordement de la Seine entre autres (i3 janvier i64â)i il dit*
c'est-à-dire, en prose : J'aurai cinquante -cinq ans à la fin * de i64g. Il est donc né à la fin de i5<j4.
Tallemant prétend que Saint-Amant étoit huguenot. Si cette assertion est vraie, — mais nous n'en connoisaons aucune preuve, — il n'est pas étonnant que son nom ne figura pas sur les registres des paroisses, les seuls da
vj Notice.
cette époque conservés à Rouen. Cependant, sur l'indication de Firin, noue avons trouvé dans l'église Saint- Laurent de Rouen un tombeau élevé à Jacques Gérard, écuyer, conseiller du roi, qui paraît être de sa famille.
Nous ne prétendons toutefois conclure de là ni que Saint-Amant ait été catholique de naissance , bien qu'il l'ait été certainement plus tard, ni surtout qu'il fut d'une illustre origine. Tallemant affirme que « c'est peu de chose que sa noblesse. »
Le nom de Saint-Amant était à la fois celui d'une seigneurie, d'une baronnie et d'un marquisat, triple souche d'où sortirent des branches qui n'ont rien de commun avec celle de notre poète. 11 était étranger aussi à ta famille de ce Saint-Amant, riche d'argent, pauvre de titres, qui donna sa fille au comte de Grigoan, petitfils de H"" de Sévigoé, et mit, selon l'insolente expression de Saint Simon, du fumier sur une bonne
Rouen n'a conservé aucun souvenir bien précis de la famille de Saint- Amant; nous ne la connaissons que par ce qu'il en dit lui-même.
Il eut deux frères, qui tous deux tombèrent aux mains des Mahométans. Ils alloient ensemble chercher aux Indes orientales la fortune qu'ils ne trouvoient pas au logis; mais, A l'entrée de la mer Rouge, leur navire fut attaqué par un vaisseau malabare qui venoit de la Mecque. L'un d'eux fut tué; le cadet, après l'avoir généreusement vengé, parvint à se sauver à la nage, et depuis servit dans la cavalerie sous le comte do Mansfeld , fut cornette-colonel d'un régiment françpis en Suède, commanda un vaisseau sur l'escadre du comte d'Barcourt, et mourut glorieusement, dans l'île de Candie, au service de la république de Venise, qui Bt écrire à Saint-Amant une épitre flatteuse pour sa mémoire.
Son père, après avoir commandé pendant vingt-deux ans une escadre de la reine Elisabeth d'Angleterre , fut trois ans prisonnier dans la Tour-Noire à Constantinople , et revint mourir en France. Un de ses oncles resta long-temps aussi prisonnier des Turcs , acharnés par je ne sais quelle fatalité contre la famille de Saint-Amant,
Notice. tîj
peut-être, comme II le dit, parcequ'elle portoit «le nom de ce grand Gérard qui fut le célèbre instituteur de ce bel ordre de Saint-Jean de -Jérusalem, s C'est là une hypothèse de Bon orgueil que nous même n'aurions jamais imaginée.
A son retour en France , si l'on en croit quelques auteurs , le père de Saint-Amant aurait pris la gestion d'une verrerie : c'est une erreur. On a appliqué au père une épigramme qui raille un gentilhomme verrier quelconque , et qui , contre l'assertion du Menagiana , démentie dans l'An ti-B sillet, est l'œuvre non de Théophile, mais de Maynard. Théophile, mort eni6a6,'faisoit déjà le plus grand cas de Saint- Amant , qu'il eut d'ailleurs peu le temps de connoître ; Maynard, mort en l646, put avoir avec Saint-Amant beaucoup plus de rapports. Toutefois, cette épigramme, que nous avons vainement cherchée dans ses œuvres , figure dans le Cabinet satirique, imprimé en 1618, et cette date ne laisse pas supposer que l'auteur ait eu en vue Saint- Amant, à peine âgé de vingt- cinq ans et encore inconnu. La voici :
Votre noblesse est mince.
Car ce n'est pas d'un prince ,
Daphnis, que vous sortes.
Gentilhomme de verre.
Si vous tombez à terre ,
Adieu vos qualité?. !
li est peu probable que le père de Saint-Amant ait été un de ces privilégiés qui dévoient être gentilshommes pour être admis parmi les ouvriers verriers, et pouvaient exercer sans déroger leur aristocratique industrie. Ce qui est bien certain seulement , c'est que luimême adressa, vers iG38, au chancelier Séguier, pour obtenir le privilège d'une verrerie , un placet dont le ton léger montre assez que cette faveur lui dut être facile à obtenir. Une lettre inédite de lui et datée de la verrerie, à Rouen, et l'hymne qu'il chanta en l'honneur du chancelier dans la pièce du Cidre, nous apprennent qu'il l'obtint en effet.
Le père de Saint-Amant, presque toujours éloigné de
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viij Notice.
sa famille , au milieu des tracas de sa vie si agitée , ne put veiller sur l'enfance de son fila. Livré à lui-même , Saint-Amant préluda de bonne heure à sa vie de débauché. La liberté, qu'il subit avant d'eu pouvoir goûter le charme , fut plus d'une fois sur le point de lui être funeste. A trois reprises différentes , il faillit perdre la vie dans la Seine, et la première fois, en 1607, qufend il avoit à peine quatorze ans. Lui-même nous retrace ces souvenirs de son enfance dans le dernier recueil de ses poésies.
Son éducation se ressentit de l'abandon où il vécut, et la même cause explique ses goûts aventureux , son penobant à mener joyeuse vie et son ignorance des langues anciennes.
Comme Homère, Saint-Amant n'apprit, dit. il, que la langue de sa nourrice. Plus tard, ses liaisons avec nombre d' bonnettes gens et de littérateurs, ses voyages en Europe, en Afrique et jusqu'en Amérique, ses lectares, enfin, dans des traductions d'auteurs grecs et latins et dans nos vieux auteurs, Harot, Rabelais, du Bartas, qu'il cite parfois , lui donnèrent un savoir réel , qui seconda son inclination pour la poésie. On eu trouve des preuves frappantes dans sa lettre inédite à M. Bocbart.
" Quoiqu'il ne sût ni grec ni latin, dit Urbain Chevreau, l'auteur de l'Eseolte du Sage, il entendent l'anglois, l'espagnol, l'italien, le caractère des passions, l'usage du monde, et fort bien la fable. 0
A tous cos talents de Saint-Amant, ajoutez son habileté à jouer du luth et à réciter ses vers. Lui même dit, dans le Contemplateur :
La sainte harpe de David Preste ù mon luth son harmonie ; et, comme pour prouver que c'est du luth du musicien, et non de celui du poète , qu'il veut parler, il écrit ces beaux vers des Ratent."
Autour de m
Je m'exerce parfois h trouver si
Quelque chaut qui m'apporte un espoir de salut ,
Notice. il
Mes doigts, suivrais rtnimeur de mon trisls géûie , Font languir les accents el plaindre l'harmonie. Mille tons délicats, lamentables et clairs, S'en Tout a longs soupirs se perdre dans les air* ; Et, tremblans au sortir de la corde animée, Qni s'est dessous ma main au dueil accoutumée , Il semble qu'a, lenr mort, d'une toji de douleur, II* chantent an pleurant m* tie et mon malheur.
Cesvere eux-mêmes sontdèjà d'assez belle musique; mais ilparoît qu'il savoit, comme Boi^Robert, que l'on surnommoit l'abbé Mondory, et comme plu* tard Boileau et Racine, admirablement faire valoir ses poèmes par l'art avec lequel il les débitait . C'est ce qui lui attira même , dit-on, cette épigramrae, attribuée à Gombauld :
Tes ver* sont beaux quand tu les dis ;
Mais ee «l'est rien quand je les lis.
Ta ue peux pas toujours les dire :
Fais-eu donc que je puisse lire.
Avec tous ces talents, « dès sa jeunesse, Saint-Amant, ami de la débauche et de la bonne chère, s'estait familiarisé avec les grands, qui estaient ravis de l'avoir à leur table; et, quoiqu'il fût très libre, il n'abusoit point de l'estime singulière qu'ils avoient pour luy. » Des goûts d'épicurien, des réparties vives et heureuses, un esprit railleur, de l'entrain, tels étaient les mérites de Saint- Amant a table. Aussi fut-il un des convives les plus recherchés de ces seigneurs bruyants qui , jusqu'à l 'avènement de Richelieu, égayèrent la cour si mal disciplinée de Louis XIII. Sa réserve même était un mérite auprès des grands, lesquels lui témoignoient d'autant plus d'amitié qu'ils craignoient moins de le voir en abuser. Toujours aimable, accommodant ses goûts à ceux de ses amis , esprit sans fiel , mais jamais parasite flatteur ou ambitieux , notre jeune poète était un homme de bonne société; il s'applaudissoit fort de jouir de la s conversation familière a des gentilshommes , de ceux même qui, comme le duc de Retz, tenoient le plus à l'avoir auprès d'aux, et il se croyoit obligé à des remercSments publics. Ce fut à la suite de ce dernier seigneur que Saint- Atnant se rendit à BeUe-Iale, domaine que lo père du
i Notice.
duc, soutenu par Catherine de Médicis, sa parente, avec laquelle il avoit quitte Florence, avoit forcé les moines a lui vendre à vil prix. Sans doute il fut à la cour du duc de Retz ce que Bois-Robert étoit à celle de Richelieu, ce que Marigny étoit i celle de l'abbé de Gondy : un bel esprit chargé d'amuser sur gages son patron. A ces nouveaux successeurs non titrés des Triboulet et des l'Angély , tout étoit permis, même celle audace qui fit la perte de Théophile, et de Constantin de Reaneville. Leur rûle même leur donnait le droit d'impunité, et Saint- Amant pouToit maudire , sans trop craindre le bûcher, ces villes où l'on voyoit
et présenter les peintures les plus hardies dans les termes les moins ménagés : personne ne songeait même à l'inquiéter. Il faut le reconnoltre d'ailleurs, à cette époque les personnes même les plus sévères ignoroient cette pruderie des mots qui sert plutôt de vernis au vice que d'ornement à la pudeur; cet avis est nécessaire pour la lecture de certains passages de Saint-Amant.
La première pièce que nous commissions de ce poète est la Solitude. Je ne sais quel indiscret ami — les poètes ont si volontiers d'indiscrets amis ! — la fit imprimer à
toit ni
prostituer aux yeux du populaire : aussi se plaint-il de cette sorte de trahison. Ce que je crains surtout, dit-il, dans son style de boutade ou il est passé maître , c'est Qu'on tne crie au Palais pour un auteur insigne Que d'un bruit immortel tout le monde croit digne , Et qu'après, d'un badaud, pour moins d'un quart d'ècn , J'aille courir hasard d'Être le torche-cul.
Sa chère Solilude , ce noble coup d'esiay, fantasque tableau, poésie pleine de licence et d'ardeur, il la dédie à Dernières , sous le nom allégorique d'Alcidon. Cependant, elle est imprimée en entier dans le corps des oeuvres de Théophile , parmi les « œuvres envoyées A luy par ses amis, » Nous n'en saurions dire la date prcV
C.OO^IC
Notice. xj
cise ; mais à coup sûr elle est antérieure à la pièce où Théophile, sorti de prison en 1634, sollicite son élargissement. Déjà alors ce poète reconnoît que a Saint-Amant sçait polir la ryme a, éloge que lui donnèrent aussi loua ses contemporains.
Cette ode, quelque riche de rime qu'elle soit, et quoi
Ï l'aile ait para & Boileau le meilleur ouvrage de Saintmant, est loin d'être parfaite dans son ensemble : le vers est de huit syllabes, et le poète n'a pas su lui donner assez de noblesse; les stances d'ailleurs se terminent rarement d'une manière heureuse. Les épitbèlesici sont trop fréquentes et trop peu significatives : ce défaut lui est commun avec son siècle. C'est ce qui , joint à l'usage trop fréquent des conjonctions et des partici-
!>es , en prose surtout , rend le style de cette époque si ent et si lourd.
Malgré ces défauts, qui semblent devoir étouffer toutes qualités, il y a dans ce petit poème de fort belles choses, et quelques détails respirent une observation vraie de la nature, aimée pour elle, et non décrite sur un calque emprunté aux Italiens.
Cette pièce, dès son apparition , obtint un immense succès, et mérita plusieurs fais , comme plus tard la Home ridicule, les honneurs de l'imitation. Nous citerons comme fort belle l'ode d'Arnauld d'Andilly sur le même sujet. Sur le même sujet encore, avec le même nombre des stances de la pièce , des vers de la stance, des syllabes du vers, Vion Dalibray composa une Horreur du désert qu'il donne comme un hommage rendu à Saint-Amant, a La meilleure preuve, dit-Il, qu'on puisse donner de l'estime qu'on fait de quelqu'un , c'est de l'imiter ; et le plus grand témoignage de son esprit, c'est quand on n'en eçauroit approcher que de bien loin. Ainsy cet essay servira du moins à la louange de celuy des vers duquel f ay suivy le subject et la forme, mais sans avoir pu exprimer la majesté de son langage, ni la force de ses pensées. » Théophile écrivit aussi une Ode sur la solitude. Elle est d'une foiblesse extrême , et , si on la compare à celle de Saint-Amant, on conçoit l'exagération de Faret, le fidèle ami, qui lavante dans sa plus
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belle prose, a Qui peut voir, s'écrie-t-il, relia belle Solitude , à qui toute la France a donné sa voix, sang estre tenté d'aller resver dans les déserts ! Et si tous ceux qui l'ont admirée s'estoient laissés aller au premier mouvement qu'ils ont eu eu la lisant, la solitude même n'auraitelle pas été détruite par sa propre louange, et neseroitelle pas aujourd'hui plus fréquentée que les villes? b Tel est le style des panégyristes du temps. Il plaieoit fort. Je me garderai bien de le défendre.
On ne se borna pas à imiter ce poème ; j'en sais une traduction en vers latins, qui se trouve dans les Bon» «h bsesivx d'Etienne Bachot, célèbre médecin ,
Bachot, qui, sans comparaison , Vaut mieux que la nef enchantée Où ce grand coquin de Jason , Quand il eut volé la toison, Enleva la Bile d'£tee.
(Gommvill».)
QueMtoil donc ce fameux poème de la Solitude qui jouit d'un si grand succès 1 C'est la vision fantastique d'un esprit rêveur, d'une imagination exaltée; un tableau bien noir dans le fond, avec des rochers escarpés, des arbres séculaires, des torrents fougueux, des ruines
Kuplées de magiques apparitions , de sorciers , de hiux, de lutins ; la mer est là, mugissant eneore après la tempête ; un ruisseau s'y jette ; le temps s'est calmé ; la naïade sort de sa grotte humide; Pbilomèle égaie le silence; lezéphir fait trembler le rameau fleuri de l'aubépine; sous une grotte fraîche qu'il aperçoit, le poète vient provoquer I écho par la céleste harmonie de son luth enchanteur , et, l'âme attendrie, donne un souvenir à un ami absent.
Telle est l'idée poétique de l'ode de Saint-Amant. Que de traits gracieux! que d'idées fraîches! que de caprices heureux ! Hais pourquoi une forme si peu limpide pour un sujet si poétique ? Saint-Amant, son époque plutôt , qu'il était trop faible pour entraîner, mais qu'il a suivie , ignora trop la science d'asservir les mots à l'idée. La langue n'est souvent alors , au moins dans
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les sujets graves, qu'un voile uniforme, à travers lequel il faut deviner la beauté. L'écrivain peut imprimer son cachet è ses idées, rarement à soa style
L'ode sur la Solitude fut composée à Belle-lsle, dans cette grotte peut-être qui, plus d'un siècle après, portait encore le nom de gratte de Saint-Amant, et où il se . retirent, dit M. Roger dans une lettre adressée i Desforges-Maillard, a quand il étoit malade à force d'avoir bu. » Dana la même lettre se trouvent, sur le séjour de Saint-Amant i Belle-lsle, quelques particularités curieuses dont l'authenticité paroît certaine. L'auteur , commissaire de la narine à Belle-lsle, avoit dans sa famille de vieux parents auxquels un de ses ancêtres, sénéchal de 11 le, ami intime de Saint-Amant, avoit transmis ces détails.
« Saint-Amant, dit M. Roger, vint à Belle-lsle, non pas seul, mais i la suite du duc de Retz, comme de sa maison, en qualité de bel-esprit... Ce poète 7 demeura bien des années. Il j composa une grande partie de ses ouvrages, et surtout sa Solitude , qui est le meilleur de tons. Son sonnet qui commence par ce vers : Assis sur tin fagot, une pipe -à Ut main , fut fût chez un cabaretier du bourg de Sauzon nommé La Plante, dont la postérité existe encore.
«Saint-Amant étoit- un déhauché. La nature seule l'avoit fait poète. Le vin lui donnoitde l'enthousiasme.» — Aussi, le vin, o'est le vin seul qu'il célèbre. Pie cherchez pas dans ses vers le nom des liqueurs à la mode, du populo, de l'iiypooras ou du ratafia : il n'en dit mot, et il oublie même le rossoly. — Hais je reprends ma citation.
« Souvent le maréchal de Belle-lsle et lui montoient sur une vieille crédeoce où ils avoient une petite table chargée de bouteilles de vin. Là, chacun étant sur sa chaise, Us y faisoient des séances de ving Ujuatre heures.
a Le duc de Retz les venoit voir de temps en temps dans cette attitude. Quelquefois la table , les pots , les verres, les chaises, les buveurs, tout dégringoloit du haut en bas. »
xiv Notice,
Ces chutes, ne m'étonnent pas. Un bourgeois, après Bon dîner, aux grands jours, se permettent parfois une bouteille de bordeaux ou de Champagne ; mais un homme de qualité buvoit souvent, avant de se lever de table, un grand seau de vin. En doutez-vous? lisez dans l'abbé de Saint-Pierre le discours préliminaire des Annales politiques, cité et confirmé par Montai].
Quelques efforts que l'on fasse pour relever un peu l'opinion sur ces cabarets où l'on vendoit la folie par bouteilles, où Saint-Amant aimoit à grenouiller, moins le temps des offices, bien entendu : — Ûn'auroit pas voulu exposer aux galères le cabaretier qui pendant ce temps l'aurait gardé chez lui; — où Racan, jeune et pauvre, logea si long-temps ; où Chapelle enivra Boileau, qui lui faisoit un sermon sur l'ivrognerie ; où Mezeray composait tous ses écrits ; où Racine , encore en 1666 , abrégeoit les ennuis de son séjour à Babvlone (Chevreusa) en ; allant deux ou trois fois le jour ; où Linière chansonnoit Boileau en dépensant l'argent qu'il venait de lui emprunter; où du Perron, avant d'être élevé i la dignité de cardinal, se prit de querelle avec un étranger qu'il poignarda plus tard , si l'on est forcé de convenir qu'ils pouvolent Être souvent des lieux de réunion fort innocents, une sorte d'anticipation du café Procope, on ne peut nier au moins que les gens de lettres qui s'y rendoient ne fussent d'un laisser-aller fort peu décent : je ménage mes termes. Mais certainement peu d'ecclésiastiques aujourd'hui auraient l'indulgence de l'évéque de Nantes, Philippe Cospeau, homme d'un grand talent et d'une piété profonde , qui portoit & Saint-Amant un vif intérêt et lui donnoit de sages conseils.
Tout débauché qu'il étoit, Saint-Amant avoit toujours conservé pour la religion un respect qui ne, le quitta jamais, et il sav oit trouver le temps, entre. le broc et la pipe, de mûrir de grandes pensées, de nobles sentiments , dont il est agréable de retrouver l'expression dans ses œuvres. Sa pièce du Contemplateur nous parolt supérieure à ses autres ouvrages , sans en excepter la Solitude ; elle témoigne à la fois d'un esprit plus profond, d'un cœur plus tendre. On peut la citer
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J'esconte, frdraiij transporté. Le braict des aisles du Silence Qui vole dans l'obscurité.
Cospeau avoit demandé au poêle quels étaient ses amusements. Celui-ci lui répond , dons une large et riche poésie, quelles sont ses pensées.
Faret regarde «ce divin Contemplateur comme mie « sublime leçon de la pins haute philosophie chrétienne * et morale. » Sans partager d'une manière absolue son opinion , nous reconnoltrons que cette pièce forme dans le recueil des (ouvres de Saint-Amant une heureuse exception, et que cette sorte d'isolement la rend plus remarquable encore.
Le Contemplateur est suivi de trois pièces dont le sujet, le sujet seul, a été tiré d'Ovide. — Comme la plupart des poètes de son temps , Saint- Amant avoit de. grandes prétentions A l'originalité, et repoussoit avec une susceptibilité pointilleuse le reproche d'imitation.
L'exemple encore récent de l'exagération où étoit tombé Ronsard et son école en voulant imiter de l'anti-
Kité, non pas seulement les tournures de style que sage consacra dès l'origine de notre littérature , mais jusqu'au vocabulaire, que le génie de la langue repoussoit; le souvenir des leçons inflexibles de Malherbe, l'autorité de ce goût trop sévère pour être juste qui biffa successivement une moitié , puis l'autre , des vers de Ronsard ; le nouveau goût du siècle enfin, rendaient les auteurs extrêmement timides, quelquefois effrontés plagiaires. Parceque Ronsard avoit trop fait, ils u'osoient pas faire assez. Ronsard, du Bartas, et les autres imitateurs serviles de Pindare, trébuchèrent de haut ; Saint- Amant se tient sur ses gardes ; il ne prend à Ovide que son sujet, pour l'embellir à sa façon. Ne ressemble-t-il pas à un homme qui , au lieu de cueillir une fleur, détacheroit le bouton voisin , au risque de ne pas le voir éclate î.
xvj Notice.
Personne ne poussa ai loin que Saint-Amant la craint» d'une accusation de plagiat. Ecoutez-le : n Si je ly , ditil , les œuvres d'un autre , ce n'est que pour m cmpescher de me rencontrer avec luy en ses conceptions, v Dans ce cas particulier, voulez-vous savoir comment il distingue sa part de celle d'Ovide f — Ecoutez-le encore : « Ovide, dit-il, a traité devant moy les fables que j'ay escrites après luy , je le confesse ; mais je n'ay pris de luy que le sujet tout simple , lequel j'ay mania et conduit alors selon ma fantaisie ; que s'il se rencontre en quelque endroit des choses qu'il ait dites, c'est que je les ay trouvées si convenables et si nécessaires que la matière me les eût fournies d'elle-même quand il ne m'en aurait pas ouvert le chemin , et que je ne les pouvois Oter sans faire une faute. »
Toutes ces créations (ce n'est pas sans scrupule que je me résigne à ce mot) sont assez pâles. La première , Andromède, est écrite en vers de huit syllabes, comme les pièces qui précédent.
La strophe , ici, ne manque pas d'harmonie; mais Saint-Amant semble gêné par son mètre, et ses vers font souvent l'effet de véritables bouts-rimes , sans vigueur et sans éclat.
Nous préférons de beaucoup la Mélamorphote de Lyrian et de Sylvie, où se trouvent quelques passages fort heureux, quoique souvent gâtés par des traits de mauvais goût , des vers prosaïques et communs , enfin des détails recherchés , — mais non trouvés , — effet inévitable de ce faui goût pour les pointes molles du madrigal italien.
L'Arion , rapproché des poésies qui précèdent , atteste encore un certain progrès. Il y a de beaux vers , biens sentis, et du meilleur effet. Ainsi, lorsqu'il chante Arion
Qui revoit ondoyer, par mi décret fctsl ,
. Ces vers rappellent cent de Du Bartas, sur les migra-
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Notice. xtîj
ce souvenir donné au vieux toit natal, cette poésie des ondes de fumée qui s'en échappent, ne sont-ce pu de belles idées 1
Ces trois poèmes, l'Andromède, la Mttamorphoie de Lyrian et de Sylvie, l'Arien, se rattachent aui études faites par Saint-Amant avant la composition du Mot*» sauvé. Ce sont , à ses yeui, autant «de petits essais de poèmes héroïques dont le cavalier Marin nous a donné l'exemple dans son livre intitulé la Sampogna. »
On ne s'aperçoit que trop de l'influence du modèle dans les froids lazzis qui déparent ces morceaux , les seuls du reste où Saint-Amant ait sacrifié son originalité , les seuls sur lesquels puisse s'appuyer l'opinion de ceux qui rangent Saint-Amant parmi les imitateurs constants de l'école italienne.
Dès la première édition de ses œuvres, Saint-Amant annonce qu'il a commencé un grand poème héroïque en l'honneur du roi : « Ce sera là que je tacherai de comparer les exploits de ce prince incomparable aux travaux de Satnson, et où j'emploierai autant de force d'esprit qu'il eut de vigueur en ses bras, d
Ce poème de Samson n'a jamais été imprimé. L'auteur nous apprend lui-même dans le Dernier recueil de ses œuvres quel en fut le sort.
Le roi dont ce poème devoit être l'éloge allégorique étoit Louis XIII ; mus sans doute , comme toutes ces œuvres dédiées tut Roy, commencées pour l'un et terminées sous l'autre , il devoit être fait à la mesure de tous les rois possibles , et être présenté au dernier vivant avec cette assurance qu'il feroit passer son nom à
lions des poissons
et Semblable* El du Tjb« .
çoia, qui , don Fraye le beau I
■ ,GoogIe
l'abbé de Marelles, ~ dans ses remarques sur le x" livre de son ouvrage , condamne avec raison cette coutume alors générale.
La négligence de Saint-Amant, sa facilité à prêter. Bans se donner la peine d'en prendre copie , les manuscrits de ses poésies à ses amis, non moins étourdis qu'il l'étoit lui-même, lui firent égarer un autre poème encore , dont il nous fait connottre la perte dans la préface du dernier recueil de ses œuvres.
Parlerai-je enfin, parmi les études de Saint-Amant, d'un poème de Joseph et ses frères eh Egypte ? Celui-là n'a jamais été perdu, il n'a jamais été terminé non plus ; mais, tout inachevé qu'il éloit , il avoit semblé assez intéressant pour qu'il en courut de mauvaises copies. Saint-Amant avoit enclavé quelques uns des fragmenta qui lui re s toi en t dans le Moïse; il se crut obligé de faire imprimer les autres en i658 , et, dans l'avis qui précède, il dit que ce poème éloit alors composé depuis trente ans et plus.
En suivant l'ordre chronologique, qui souvent sert A reconstruire la vie morale d'un écrivain, nous trouvons une pièce intitulée Us Visions : c'est un cauchemar, c'est le tableau des visions qui obsèdent le poète jour et nuit, avec des fantômes, des spectres, des suaires, du sorciers.
Saint Amant étoit alors revenu à Paris; il venoit de perdre un de ses aïeuls et aussi son ami Molière d'Essartine : l'image funèbre de cette double mort fait le double sujet de ce poème. .
Ce fut sans do'ute pour se consoler qu'en 1637 il chanta la vigne. Le choix d'un tel sujet étoit dans les silures de Saint-Amant. Son début est très poétique ; mais dans la seconde partie il se montre tel qu'il est, trop souvent licencieux, obligé même de voiler sous des caractères grecs ces mois obscènes qui charmoient ses bruyants amis,, le baron de Saint-Brice, Chsssaingrimout, Maricourt, Butte, La Hotte, Cbateaupers, et aussi le joyeux Xarigny, rond en toutes sortes, sans doute le-
Notice. xîx
Harigny-Malienoë à qui il dédia sa Chambre du Débauclté.
D'autres pièces de moindre importance ne trahissent pas moins son penchant à mener joyeuse vie, et aussi , avec une certaine philosophie , sa tendance i jeter sur l'avenir un regard aventureux et inquiet; noua voulons parler de ses sonnets , de ces charmants petits poèmes que son siècle prisoit si fort.
Le sonnet , une des plus belles fleurs du parterre des Muses, dit Colle tet, vit sa culture encouragée par les gratifications annuelles accordées par les villes de Caen et de Rouen aux auteurs qui s'y étoient signalés. Saint- Amant étoit de cette dernière ville. Son insouciance , la crainte d'être vaincu par d'illustres compatriotes dans cette lice poétique , l'empécherent-elles de se présenter au concours? Je ne sache pas qu'ancun de ses sonnets ; ait été destiné.
Le premier de tons , comme la plupart des sonnets contemporains, n'est qu'un madrigal. Dana le second, il dit, en parlant de sa maltresse, ces deux vers gracieux:
Pourquoi faut-il qu'au vers suivant la rime appelle le nom de la bergère Catinî — Le goût inflexible de Boileau ne permettoit pas de changer ainsi ,
et s'il appeloit les enfants de Racine, son illustre ami, Babet , Fanchon , Hadelon et Nanette , comme leur père lui-même, ce n'étoil pas dans ses vers.
Mais la fraîcheur du joli passage que nous citions doit disposer à l'indulgence. Les vers qui suivent, tirés du Soleil levant, n'ont pas moins de grâce légère et facile :
L'abeille, pourboire des pleurs, Sert de ss ruche aimée.
Et Ta succer l'Ame des fleuri Dont la plaine est semée.
xx Notice,
11 parie plus loin du gentil papillon, Qui porte , de la part du lys , Un baiser à la rose.
Qui songeroit S attribuer de tela vers à l'auteur de la Crevaille ou de la Chambre du Débauché , à ce joyeux ami des orgies, du tabac, du vin et des femmes?
Car c'était un rude admirateur de la beauté que Saint- Amant, toujours prêt à quitter Belise pour Amaranthe, et celle-ci pour Philie. En i63i , il étoit en Angleterre, où il chantait l'amour de leurs sérénissïmes majestés d'une façon, selon moi, fort indiscrète. Je ne sais jusqu'à quel point le cœur de Saint- Amant étoit ouvert à l'amour:
Etoit-ce l'habitude de son temps ou de ses compatriotes î Saint- Amant ne tenoit guèros plus à paroltre sincère que le grand Corneille ; il va jusqu'à nous prémunir contre l'effet de ses larmes.
Malgré cet avis qu'il nous donne pour nous mettre en garde, noue croirions volontiers à cet amour qu'il a chanté pour une Amaranthe avec un luxe de sincérité, avec un charme de poésie vraiment supérieur : on en jugera à la lecture de l'élégie qui) lui adresse.
Je ne connois qu'une passion à laquelle Saint-Amant soit resté fidèle : c'est celle qu'il a chantée si souvent pour la bouteille ; et sa réputation étoit bien établie , puisque Vion Dalibrav, le mordant auteur des soixantetreize épigremmes de l'Anti-Gomor, assied son renom de buveur sur celui de Saint-Amant :
Je me rendray du moins fameux au cabaret ; On parlera de moy comme on fait de Farci. Qu'importe-t-il , amy, d'où nous vienne la gloire* Je la puis acquérir sans beaucoup de tourment, Car, grâces a mon Dieu, déjà je sais bien boire, Et j'ay fait la débauche avecque Saint-Aman t.
Dans un autre sonnet, il s'adresse à Saint-Amant luimême : Toi, lui dit-il ,
Toi qui, eommeBaechns,esbu par tout le monde,
Notice. xxj
Et qui dtnea souvent avec des Suédoil, Apprends-uioj, Saint-Amant..,..
Dans le Roman comique , le poète de la troupe ve ut Étaler, dans tout leur éclat, ses brillants mérites aux yeui des beaux-esprits de la ville; il a se tuait de leur dire qu'il avoit fait la débauche avec Beys et Saint-Amant. » ■ - lin homme si altéré n'étoit point tait, sauf erreur, pour obtenir en amour de brillants succès.
Dépourvu de ces qualités qui excitent les grandes passions ou les entretiennent, Saint-Amant avoit un moyen du moins de provoquer les caprices. Sa conversation étoit si entraînante, ses réparties si Gués ! J'aime à le voir au milieu de ses joyeux amis , improvisant ses rimes faciles. Sou vers est-il assez alerte? a-t-il assez ses coudées franches f Voyez-le au cabaret , drapé dans son insoucieuse sécurité : c'est là qu'il trouve ce génie que Boileau lui reconnott pour les ouvrages de débauche et de satire outrée. Si l'on se reporte, en effet, au temps et au lieu où ont été composés les Cabaret» et la Chambre du Débauché , ces pièces sont le chef-d'œuvre du genre. Lorsqu'il les écrivoit, comme le poète ivre de Martial, ou comme maître Adam, sur un mur, avec un charbon , sans suite, par boutades, au milieu des éclats de rire , des quolibets , du choc des verres , l'auteur ne songeoit guère à Boileau, et moins encore au précepte que le satirique donna plus tard aux écri-
Ajoutei quelquefois et souvent effacez.
Il écrivoit toujours, ne corrigeoit jamais, et se gardoit bien d'effacer ; et quand l'inspiration venoit a lui manquer, il falloil entendre les folles remarques de ses amis, non moins bavards, non moins Joiijuari&quelui, comme dit Régnier! il falloit voir leurs plaisantes grimaces ! Un nouveau broc payoit sa peine , une nouvelle pipe rallumoit ses idées, et tous à la fois, sans s'écouter ni s'entendre, relisaient, citoient, reprenoient,
XXlj NOTICE.
refaisoient tel vers qui se présentait à leur riante imagination;
Et seinbloit que la gloire, en re gentil assaut, Feust à qui parlerait non pas mieux, maïs plus baut.
Je me permets de citer Régnier en parlant de Saint- Amant; nul autre nom ne peut s'accoler mieux à celui du poète que nous examinons. Boileau disoit que Saint- Amant s'étoit formé du mauvais de Régnier, comme Benserade du mauvais de Voiture : opinion fausse qu'il serait inutile de discuter.
En vérité, en lisant Saint-Amant on croit assister à la composition de ses œuvres; il semble qu'on le provoque. Sa verve s'allume, et le voilà qui griffonne ses vers. Ses compagnons l'écou lent , mais sans cesser de biffer et sans respecter sa part. — Holà ! gourmands , attende* moi! — On ne l'écoute pas; il se presse un peu plus; sa pièce s'achève ; il la termine volontiers par un cri de buveur : A boire ! A la fin de M pièce du Fromage, par exemple , il dit :
Fromage , que tu vaux d'escus !
Je veux que ta seule mémoire Me provoque a jamais à boire.
Ce dernier cri, il le jette à pleine voix; le laquais
accourt : — Verse, laquais I Et ces mota qui échappent à sa bouche échappent à son crayon ; le papier les reçoit , l'impression les reproduit , et ils viennent jusqu'à nous comme une preuve et de la soif et de la négligence du bon gro* Saint Amant l
Une fois, il boit à Usante du comte d'Harcourt; à la fin de sa pièce il crie final ! et ce mot , qui glisse de sa langue à sa plume, nous le répétons après lui.
Il n'est pas étonnant que des vers ainsi composés aient de la vie et du mouvement, qu'on y trouve des lours d'une grande énergie et d'une facilité extrême , que les transitions y soient si naturelles et si variées, la rime si nette.
Je voudrais que l'on comparât Saint-Amant aux autres
Notice. xxiij
écrivains contemporains de sa jeunesse; je voudrois que l'on comprit bien aussi ton rùle parmi les fondateurs de notre gloire littéraire.
Dire que notre littérature a commencé à Malherbe , c'est méconnoître la nature de l'esprit bumain, qui n'arrive jamais sans avoir marché. Noos avions avant Malherbe une série d 'œuvres, donl le caractère bien tranché se détache complètement de celui qu'il imprima à ses poésies.
Ecrivains pleins d'élan et de verve, capricieux, badins et folâtres , les prédécesseurs de Marot et ses successeurs jusqu'à Ronsard , dans leurs poésies si légères et si malignes, étoient fidèles au vieux caractère gaulois : ils étoient eux-mêmes. Leur pensée s'étendoi t sans contrainte et sans entraves ; leur vers se produïsoit facile et spontané , copie exacte de la pensée , non dans sa forme précise et définie , mais dans son élaboration lente et successive , habile à détacher le trait caustique d'une mordante ironie, impropre à retracer les grands sentiments dans leur majestueuse gravité.
Vint Ronsard, vint du Bellay, vint Baif, toute une pléiade enfin de jeunes et savants écrivains qui, désireux de donner à la langue une dignité qui lui manquoit, la clouèrent sur le lit de Procuste d'une littérature étrangère. Audacieux pour détruire,, timides pour rééditerais crurent avoirà renverser le monument qu'ils dévoient achever. Exclusifs dans leur système, faux comme tout système , au lieu de greffer sur l'arbre sauvage des écrivains gaulois le rameau cultivé par les poètes grecs et latins , ils essayèrent de l'abattre : entreprise au dessus de leurs forces. Vaincu, mais non soumis, l'esprit familier et populaire de nos premiers écrivains reparut , mûri par l'âge , dans les vers de Régnier, tandis que le génie d'une imitation plus intelligente, fécondée par son admiration pour les modèles de l'antiquité, se perpétuoit à son insu dans les vers de Malherbe. Héritier de ces déni écoles antagonistes , Saint-Amant marcha a la fois Sur les traces de Malherbe et sur celles de Régnier : élève du premier dans les poèmes sérieux qui l'occupèrent à la fin de sa vie, disciple du second
xxiv Notice.
dans ses pièces de débauche et de satire outrée.
C'est à son mérite bien reconnu dans les deux camps etisa liaison avec les premiers fondateurs del'Académie françoisn que Saint- Amant dut de faire , dès l'origine , partie de cette société, sans avoir même songé à solliciter cet honneur.
LespremieramembresdearéunionsdeConrartavoient été Godeau , Gombauld , Giry , Chapelain , Philippe Habert de Hontmort et son frère Germain Habart de Cerisy, Conrart, Serisav et Maileville ; à eux se joignirent Faret, Desmarels et Bois-Robert; puis, lorsque le cardinal en voulut former un corps , on ; ajouta à la fois Bautru, Silhon, Sirmond , Bourzeys, Héziriac, Mavnard, Colletet, Gomberville, Colomby, Baudoin, L'Estoille, Porchères d'Arbaud et enfin Saint- Amant.
Dans sa réunion du t janvier i635, l'Académie avoit ordonné que chacun de ses membres , dans un ordredé terminé par le sort, lirait un discours sur telle matière qu'il lui plairait. Trois académiciens sans {dus, dit Pellisson, o se dispensèrent de faire cette sorte de discoure a leur tour, quoiqu'ils en fussent très capables » : Serisav, Balzac et Saint- Amant; mus ce dernier — vouloit- il donner une preuve de zèle? — offrit de recueillir pour le dictionnaire les termes d'abord appelés Grotesques ou grotesques, puis par Sarasin bourlesques, de 1 italien fiuriesco, et enfin burlesques.
Ce travail d'érudition étoil facile à Saint-Amant ; ces termes lui étoienl familiers, et, s'il faut l'en croire, il étoit le premier à avoir compose dans le genre burlesque des poèmes suivis. Les paroles de Saint-Amant contredisent l'opinion de ceux qui regardent le poème de Typhon ou la Giganlomachie , par Scarron, comme le premier en date de tous les ouvrages de cette espèce.
Quant au genre créé par Saint-Amant , il obtint rapidement en France une faveur qu'expliquent et sa'nouveauté, et Is caractère plaisant des œuvres de Scarron, qui l'adopta aussitôt. Bientôt les libraires ne voulurent rien accepter qui ne portât ce nom de burlesque, et retendirent, pour abuser le public , aux ouvrages les plus sérieux , comme le poème de la Pauion de Noire Sei-
C.OO^IC
Notice. xxy
gntur Jétut-Chrilt, dès qu'ils étaient composés en petits vers. Ce livre est de 1649. ^D 1*>48 ■ le nouveau dictionnaire des rimes , publié chez Courbé , fait aussi une concession au burlesque, a Le volume n'aurait pas esté si gros , dit l'avertissement, si le bourlesque ne m'eust obligé a mettre beaucoup de mots qui ne sont plus en usage qu'en ce genre-là. -
Malgré le dédain de quelques bons esprits , le burlesque comptait de nombreux partisans. Ce genre d'écrits, disoieut ceux-ci, a un but moral; il déconcerte la vanité humaine, en présentant les plus grandes choses et les plus sérieuses d'un côté ridicule et bas. Le travail de Saint-Amant avoit donc son utilité; mais un ouvrage collectif marche lentement , et pour Saint-Amant ce ne fut pas une grande fatigue de se tenir au courant ; et encore s'y tenoit'il ? Je crois qu'il n'y songeait guère , et qu'il n était pas moins disposé que Bois-Robert à railler un établissement qu'ils avoient l'un et l'autre contribué à fonder.
En i643, suivant la Bibliothèque des' théâtres, fut laite, et en i65o selon Pellisson, fut imprimée une comédie en trois actes et en vers qui mérite plutôt le nom de farce que celui de comédie, mais qui n'est pas sans esprit et qui a des endroits fort plaisants : c'est la comédie de l'Académie , des académiciens ou encore des académietet, que nous trouvons parmi les ouvrages de Saint - Evremout, mais que «quelques uns ont voulu attribuer à un académicien même, pareeque cet ouvrage ne se rapporte pas mal i son style , à son esprit et à son humeur, et qu'il y est parlé de lui comme d'un homme !|ui ne Tait guère d'état de ces conférences. » Ce faux rère qui attaquoit les académiciens , dans la pensée de Pellisson, c'était Saint-Amant. Calomnie ! Et puis, voyez les erreurs ! Faret est mis aussi au rang des personnages négligents. Mieux que personne. Saint Amant savoit que Faret était un des académiciens les plus influents et les plus zélés, et qu'on faisoit dans la compagnie grand cas de son talent de proliste.
La pièce s'ouvre par une scène entre Saint-Amant et Faret ; ils ne sont là que pour médire : ils n'ont d'égards
xxvj Notice.
ni pour l'orgueilleux petit abbé Godean, ni pour la fut
et ridicule Chapelain. Selon eux,
Colletet est bonhomme et n'écrit pas trop mal...
Bois-Robert est plaisant autant qn'on unroit l'être...
Gombaold, pour on châtré, as manque pas de feu... L'auteur confond Gombauld avec Bcrthaut (ou Borthod) le musicien, Bertbaut l'incommodé, comme on disoit. Gombauld n'avoit de ridicule que la façon de sa barbe. Godeau paroft pendant ce conciliabule : voilà nos bavards en fuite. Saint-Amant s'écrie en partant :
Nona retiendrons tanUrat. Allons, mon cher Parti, Trouver proche d'ici quelque bon cabaret.
Et, de fait, ils reviennent a la deuxième scène du troisième et dernier acte, tous deux ivres-morts, n Enfin , ils sont partis ! s C'est alors seulement que l'Académie peut reprendre ses puériles discussions et donner ses décisions prétentieuses.
Quelque peu d'estime que Saint-Amant ait pu avoir pour l'Académie, il u'étoit pas homme à faire, pour la railler, un travail de cette importance. Il étoit toujours prêt i en médire, mais en passant.
Dans les cabarets , tes chambra de» débauché» , les galères du comte d'Harcourl, Saint-Amant étoit libre. Aussi étoient-ce ces lieux, plutôt que l'Académie, qu'il aimoit A fréquenter : c'est là qu'il passoil sa vie. II descend en droite ligne des héros de Rabelais , et se plaît, comme eux , à n cauponiser es tavernes s. Il y chinquoil, il y biffait, il y rimoit, il y fumoit; que dis-je? car il avoit toutes les mauvaises habitudes possibles, il y maechoit de fin tabac.
Admis i Taire partie des flottes royales sur l'escadre du comte d'Barcourt, il se trouva avec Faret, secrétaire des commandements du prince , et nous devons l'y suivre. Tous trois étoieut inséparables ; entre eux point d'étiquette, point de gène. Dans leurs réunions, le comte d'Barcourt n'est plus que («Rond, Saint-Amant le Gros , et Faret le Vieux; ainsi Richelieu nommait Bois -Robert le Bois. Et remarquez que cette liaison n'éloit un mystère pour personne. L'indiscret T aliénant des Fléaux
NOTICK. xxvij
nous eût trahi le secret de ces noms monosyllabiques si Saint-Amant n'a voit pris la peine de nous en instruire.
Le poète , dans la préface de la pièce où il décrit te Passage de Gibraltar, nous apprend qu'il la composa a à l'aspect desestoilles qui bous regardaient boire, et le Terre, non la plume, àlamain ». .
Arrivé heureusement k la cùte de Provence^ le comte dlîarcourt contribua à la prise des des Saint-Honorat et Sainte-Marguerite, s'empara d'Orestaui, en Sardaigne, et eut tout l'honneur de cette expédition.
Cette campagne d'Italie et d'Espagne a tracé dans la vie de Saint-Amant un sillon qu'il a semé de pièces nombreuses. — A Paris, il avuit chanté le printemps dans an sonnet; il chante l'été à Rome, l'automne aux Canaries , l'hiver aux Alpes : il a des sonnets pour tontes les saisons. A Cazal, qu'il secourt avec un sonnet, il félicite le comte d'Harcourt de ses victoire* dans les lias du Lavant, et
Il pense avec raison qu'enfin toute la terre Sera, comme la mer, trop étroite pour loi.
Hais notre histoire a marché comme le comte d'Harcourt : il nous faut revenir sur nos pas.
Un an après s'être embarqué, Saint-Amant revint à Paria. Eu effet, en i638» lorsque, maître Adam Billaut, cet homme qui , dit Baillet, fait plus d'honneur aux menuisiers qu'aux poètes, vint à Paris, ce fut à Saint- Amant d'abord qu'il voulut être présenté. Saint -Ama.nl lni consacra une épigramme et un impromptu, sans lui ' donner trop de ces éloges si souvent mendiés par les auteurs.
De retour l'année suivante (1639). en Piémont, il alla avec l'armée du comte secourir Cazal (1640), et assista à la bataille dlvrée (î&fi), où le cardinal de Savoie fut vaincu par d'Harcourt. En 1 643 il ètoit à Rome, où il avoit déjà fait un premier voyage sur les galères du maréchal de Créquy, en i633, lorsque le maréchal alla négocier avec le pape Urbain VIII la dissolution du premier mariage de Gaston d'Orléans.
xxviij -Notice.
Ce fut là même qu'il composa sa Rome ridicule , qui fut depuis si souvent imitée.
Elle avait paru à Paris en i643, sans nom d'auteur ni d'imprimeur. Le libraire qui la vendit fut seul puni : il perdit la liberté ; il suroît pu ; perdre la vie. Le libraire éditeur du Custode de la reine, satire de Mot, de Harlet ou de Horlet, fui pendu, et l'imprimeur, s'il eût été pris, étoit passible du même châtiment.
Après un court séjour à Rome , le comte d'Harcourt fut envoyé (i643) en Angleterre. Saint-Amant l'y suivit. Le comté étoit chargé de proposer la médiation de la France entre Charles Ie' et le parlement, mission stérile, comme devoit l'être aussi, en i64&, celle de l'ambassadeur Montreuil.
Saint-Amant aimoit le roi et suivoit avec intérêt les événements. Il fit sur Fairfax, le général du parlement, ce qu'il appelle une épigramme endiablée, où il prétend qne a le prince des sabats » ne l'a pas encore emporté, parceque
Il craint que, par quelque attentai,
Que par quelque moyeu oblique ,
PntpTui n'aillp Hu nmîtia mi»Hf#iiiii Mai
Pour en faire une république.
Lorsqu'il apprit la mort du roi, Saint-Amant, comme l'Europe entière, fut indigné et sincèrement affligé. Dans trois de ses sonnets, il exprime l'impression que ce crime lui avoit laissée; mais il semble que ce sentiment va s'affoiblissant de plus en plus dans son esprit, si l'on en juge par l'argument brutal de l'ordre dans lequel il les a disposés.
C'est par la renommée que Saint-Amant connut le martyre de Charles 1". En effet, le comte d'Harcourt avoit été rappelé et remplacé, en t645, par Montreuil, puis envoyé en Catalogne pour succéder au maréchal de laHothe. Saint Amant le suivit-il dans cette expédition T flous ne pouvons rien affirmer à cet égard. En ib*47 il étoit à Collioure, port de mer du Roussillon ; mus , en i645, nous croirions volontiers qu'il étoit resté à Paris.
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Notice. ziix
H n'a voit pas été plus heureux on Angleterre que Bob- ' Robert, lorsqu'il accompagna le duc et la duchesse de Chevreuse au mariage du prince de Galles, depuis Charles I", avec Henriette- Mario de France. Sois-Robert, dit crûment T alternant des Réaui, n'étoit allé là que a pour ; attraper quelque chose ». 11 n'eu rapporta rien qu'une maladie.
Ce ne fut pas son seul malheur : un jour qu'il étoit n panse pleine », qu'il « eu tenoit un peu », on vola sa bourse pendant son sommeil, et, horrcsco referons! k Baccbus trahit Saint-Amant! »
Une autre fois, je ne sais quel maladroit petit barbier ou barberot, comme il l'appelle, a roy des vilaine museaux », entreprit de l'écorcher sous nom de le raser. Grande colère, grand désespoir de Saint-Amant! A la fin du Barberot, il s'écrie avec dépit :
Je perde tout en Angleterre, Poil, nippes et liberté; J'y perds et temps et santé, Qui vaut tout l'or de ta terre ; J'y perdis mon oeil, que prit Un bel œil dont il s'éprit Sans espoir d'aucun remède, Et je croie, si Dieu ne ni'ayde, Qu'enfin j'y perdrai l'esprit.
Bois-Robert n'eut jamais plus longue rancune contre le climat barbare qui l'exposa à tant de m aie n contres. Saint-Amant Bt pour l'Angleterre ce qu'il avoit fait pour Rome : il composa un poème de ï Albion qui fait partie des manuscrits de la Bibliothèque impériale. C'est une attaque virulente contre les Anglois, et souvent si mordante qu'il n'osa pas la publier ; nous la donnons pour
a pra
L'Albion, r,aprke héroï-comique, est dédié par l'auteur à Monseigneur le maréchal de Bassompierre; il se compose de cent vingt et une stances de sept vers, et se termine par un c'est fait énergique, qui témoigne du plaisir avec lequel l'auteur a terminé Bon ouvrage, ou au moins le manuscrit, ni nettement exécuté, qu'il a fait, a
xxx Notice.
1* date du iar febvrier i644> des soixante et une page
in-4° qui le composent.
Le séjour de Saint-Amant à Paris fut plue agréable , ou du moins plus fructueux. En i645, en effet, Marie- Louise de Gonzague accepta la main et le trône de La rtislas-Sigismond, roi de Pologne, lequel mourut peu après. Sou frère, l'ex-jésuite et cardinal Casimir, fut son successeur comme roi et comme époux : il prit pour femme, en i649< '* veuve de Ladislas. L'abbé de Villeloin , le sieur de Marolles , jouissoït alors d'une immense réputation et d'une non moins grande influence auprès de la nouvelle reine, dont il avoit été le précepteur. 11 mit son crédit au service de ses amis, entre autres de Saint-Amant. Dans ses Mémoires, en effet, i la date de i(>45, on Ht : « La reine de Pologne mit en considération l'estime que je luTavois toujours faite des vers de M. de Saint-Amant , quelle avoit ouï quelquefois de ses poèmes sérieux avec beaucoup de plaisir, et le retint au nombre des gentilshommes de sa maison, avec une pension de trois mille livres, qu'elle lui octroya par brevet et qu'elle fit expédier exprès. ■
Ainsi , voilà Saint-Amant à la reine de Pologne, comme il avoit été au duc de Retz le bonhomme, puis au comte d'Harcourt; mais toute sa vie il se regarda comme indépendant. Ainsi , un jour qu'il dluoit à la table du coadjuteur, il put se permettre, dit Tailemaui, cette parole, devant une assemblée de valets : a J'ai cinquante ans de liberté sur la tête, o
La reine de Pologne avoit ponr secrétaire de ses commandements H. des Noyers, ami du poète, qui ne le servit pas moins que l'abbé de Marolles auprès de leur prolectrice commune. Saint-Amant contracta envers la reine de Pologne, des Noyers et l'abbé de Marolles , une triple dette, qu'il paya en pièces de toute
Dans un Sonnet à la reine de Pologne, il parle de l'amour qu'elle a inspiré u au plus grand roy du pôle », mais ne dit mol des visites nocturnes qu'elle recevoit de Cinq-Mars, ni des lettres qu'elle lui écrivit, et qui faillirent tant ta compromettre lorsqu'il mourut.
Notice. xxxj
VEpUtre à l'byoer sur U voyage de ta. sérénisrime majesté en Pologne est écrite dans an stylo plein de dignité ; quelques vers même sont de la plus grande beauté, celui-ci, par exemple, ou l'on voit Borée Ployer l'orgueil qui couronne sa teste.
Nous ne citons que pour mémoire :
Sonnet à la .S"" R"' de Pologne, en lui/ envoyant va* partie du Moïse. — Sonnet à la Santé , pour le second mariage de la S. R. de P. ( i64ç;).
Lorsqu'il fil son Epltre diversifiée à Monsieur De» Koyws , Saint-Amant éloït à Collioure, port de mer du Roussillon , dont le gouverneur étoit Tilly, son amiintime. Dans son épttre, il remercie Des Noyers de lui attirer tant de faveurs de la reine ; il lui raconte ses plaisirs. — Plus loin il prétend
Et, pour preuve, il montre le ridicule de la mode en France. Ce passage est une véritable gravure de mode : rien n'y manque ; nulle part ailleurs on ne trouverait une meilleure satire du costume , ni qui le fasse mieux connottre.
Saint-Amant revint à Paris peu de temps après v et il s'y trouvoit au temps de la Fronde. C'est alors qui] composa contre Condé cette chanson satirique qui le fit bétonner par ce prince sur le pont Neuf, et qu'il fit paraître ses triolets sur les affaires du temps.
Ce genre de poésie est fort ancien, puisqu'on en trouve QDj exemple dans le Ciéomadès d'Adenez le Roi, et puis-
Îue dans notre vieux théâtre les triolets tenoient la place es couplets de nos vaudevilles ; il ne fut pas remis en honneur par Harot, comme le prétend Boileau, qui en eût vainement cherché un dans les œuvres dece poète; mais, pendant la Fronde, ils se font jour de nouveau. Déjà , à la date de 1648, le recueil de Haurepas en contient quelques uns; en 1649, 'e nombre en est infini. Saint-Amant en formula les règles et en donna de nombreux exemples. 11 se montra moins favorable au rondeau, autre ancien genre de poésie remis en vogue quel-
xxxij Notice.
que temps avant le triolet. Sain t- Aman t St contre le succès usurpé de nombreuses pièces de ce genre une longue satire qu'il intitule la Pétarrade aux rondeaux.
Une idée assez bouffonne du sieur de la Croix , auteur duo volume intitulé l'Art de la poésie française et latine (Lyon, i6g4,în-i3), c'est d'avoir, dans l'énumération des divers genres de poésie , regardé comme des noms de poèmes certains titres de pièces. Ainsi Sarasin avoit fait une glose du sonnet de Job. L'auteur donne place à la glose , à coté de la fable , pas trop loin du cantique. Saint-Amant a fait une pièce qu'il intitule l'Enamouré, une autre qu'il nomme CrevaiUe: ce sont deux genres distincts pour le docteur.
Nombre de pièces légères de Saint-Amant portent le nom de caprices. Dans beaucoup d'auteurs de son temps, et même de l'âge suivant, on retrouve des poèmes sous le même titre. Ce mot caprice s'appliquoit aux pièces de poésie , de musique , d'architecture et de peinture , un peu bizarres et irrégulières , et qui réussissoient plutôt , dit Furetière , par la force du génie que par l'observation des règles de l'art. A cette époque, on parloit des Caprices de Saint-Amant comme des Caprices ou grotesques de f.allot le graveur.
Plusieurs de ces Caprices pourraient faire passer leur auteur
Pour satirique agréable et cuisant ;
mais ces poèmes ne peuvent se comparer ni aux satires de Boileau ni à celles de Régnier. 11 a dans les pièces de cette sorte une indulgence à lui particulière. Dans l'avant--satire, voici comment il définit le genre : c'est un poème , dit-il ,
, Où Ton mord plaisamment ,
Ou l'on verse à flots noirs de l'encre seulement, Où la plume est l'espée avec quoy l'on s'escrime , Oti de joveex brocards la sottise on réprime; Bref, où ceux que l'on blesse, au lien de s'en faseher, Sont pour leur propre honneur contraints d'en nocher.
Saint-Amant n'a jamais fait une satire entière; mais il a lusse de nombreux traits piquants dans ses œuvres.
Notice. xxxiij
Le vers, sans manquer d'une certaine verve et de quelque fermeté, n'a pas le caractère farouche , la résistance nerveuse des Tragiques de A' Aubigué , la brutale et trop inégale vigueur des satires de Courval-Sonnet, ou la mordante et leste ironie de Kegnier.
Les poésies de Saint- Amant ont cependant ce mérite qu'elles sont en général aussi fournies que celles des plus beaux génies ses contemporains. De plus, il eut la discrétion de taire le nom de ses ennemis; ainsi il ne nomme pas même , dans son Poète crotté, Marc de Maillet, ce ridicule poète qu'il paroit avoir eu en vue, selon Talleniant des Réaui. — 11 est souvent à regreller que Boileau n'ait pas eu la même réserve. Lorsqu'il attaquoit Saint-Amant, celui-ci étoil mort . et les coups du satirique n'alteignoient plus que sa mémoire; peut-être eùt-il été convenable de la respecter, de ne pas railler la pauvreté, heureusement imaginaire, d'un poète qui avoit racheté par sept ou huit années de sérieuse piété les folles erreurs de sa jeunesse.
Les traits de Saint-Amant atteignirent aussi les ruelles , maïs toujours sans personnalité blessante. Nous n'avons point à parler ici de l'hôtel de Rambouillet et de la ruelle fameuse d'Arthénice; Saint-Amant y étoit connu sous le nom de Sapuruius, et on lui savoit gré des tours nouveaux qu'il avoit introduits dans la langue. Avoir l'ame roide aux soucis, troupes faisant un grand débordement dans la plaine , l'eau appelée miroir cileite, le mot me mangue, bonnes ou mauvaise!, ces locutions BontdeSapurnius. etSomaize lui en a conservé la gloire, ou du moins la propriété.
Sapurnius-Saint-Amant étoit vu aux ruelles avec estime; ses œuvres y avoient leur entrée au même titre que la Sophoniibe ou le Ctnna. Ainsi Scarron dit à ses wr#:
Adieu donc, rimes ridicules..., Vous qui croyez qu'être volume Vaut mieux qu'être écrit à la plume , Que tout le monde voua lira , Que chacun de vous parlera Comme on fait des pièces nouvelles