C.oojlc
xixiv Notice.
Que tons aurez dans tes ruelles Presque autant d'estime qu'en a La SophonMc ou te Ciaai,
Ibrahim nu la Maritime, Ak'juit! ou la Koxanc, Et les ceuvres de Saint-Amant , Au alyle si rare et charmant.
Nous sommes étonnés de voir rapprocher le Vitma des autres pièces : le crible du temps , comme dit quelque part M™" de Sévigné , les a bien séparées.
Lorsque Saint-Amant fut revenu de ses voyages et de ses excès , H donna à la religion des pensées devenues plus graves ; il adressa à Corneille, son compatriote et son ami, des vers sur sa traduction de l'Imitation, et s'occupa, selon le goût des ruelles, de cette géographie allégorique que l'on aimoit à y cultiver, Ainsi vers i656, il entreprit une o carte du pays de Raison », que nous avons perdue. Chevreau , dans une lettre qu'il lui écrit de Loudun , le félicite d'avoir entrepris cette carie, et lui conseille de ne pas l'étendre « généralement au deçà de Loire. »
On sait quelle vogue avoient alors les allégories ; les romans ëtoïent des histoires travesties. L'abbé d'Aubtgnac, M"" de Scudéry, le père Lemoyne, s'étoient exercés dans ce genre. Après la Relation du royaume de Coquetterie , on vit paraître la Carie de Tendre , la Carie de la Cour, puis le Royaume de» Précieuses, puis lit Carte du Jansénisme, puis la Description de la grande tle de Portraiture , et mille autres pièces de ce genre.
La Rochefoucauld dit dans ses maximes que « quelques découvertes que l'on fasse dans le pays del' Amour- Propre, il y restera toujours bien des terres inconnues.» Ce pays de l'Amour- Propre étoit inconnu lui-même avant l'invention des allégories. Scarron parle de la Scarronnerie , comme Malherbe de Ralbut en Balbutie , d'où il se prétend oit originaire.
Ainsi, lorsque Saint-Amant s'eierçoit à ces descriptions , il suivoit le goût du siècle : peut-être l'intérêt do sa fortune lui en faisoit-il une loi. Cependant, avec les revenus de la verrerie dont il avoit le privilège, avec
Noticb. x«r
In pension qu'il recevoit de la reine de Pologne , aveu le produit de ses ouvrages, fort estimés avant Boileau, avec l'amitié qu'avoient pour lui le duc d'Arpajon , les divers membres de la famille de Retz, et bien d'autres grands seigneurs, nous avons peine à croire qu'il ait été dans cette misère noire que lui ont généreusement prêtée plusieurs satires.
Enfin, si Saint-Amant ne trouvoit pas en France la fortune , il avoit un asile ouvert à la cour de la reine de Pologne , qui taisoit de lui une estime particulière. Lorsqu'il se rendit auprès d'elle, il y trouva, avec de bons appointements, le titre de conseiller d'Etat de la reine et de gentilhomme ordinaire de sa chambre. Le désir de présenter à sa protectrice son poème du Moïse sauvé , auquel il travailloit depuis long-temps , l'avoit décidé i faire ce voyage.
Pour se rendre à Varsovie , il passa par la Flandre ; mais il fut arrêté el conduit à Saint-Omer, où il resta quelque temps en prison. On fouilla ses papiers; le Moïse fut saisi , et, sans le nom de la reine qu'il invoqua , a le Moïse sauvé — c'est lui qui parle — était le
A Amsterdam, il rencontra Chanut, ambassadeur près la reine de Suède , un des compagnons d'étude au collège de la Marche. Ils se lièrent bientôt d'amitié sous Le patronage de leur ami commun , et de là des vers à Cbanut.
L'accueil qu'il trouva en Pologne fit oublier à Saint- Amant et son arrestation à Saint-Omer, et les fatigues du voyage, et les désagréments des hôtelleries. 11 resta en route jusqu'à l'entrée du carême ; il arriva à temps pour faire des stances sur la grossesse de la reine de Pologne, et, avec les stances, des prédictions qui ne réussirent pas.
■ La reyne de Pologne estoit accouchée d'une fille ; sur quoy monsieur de Saint- Amant fit des vers qui nous furent envoyés de Varsovie, où il estoit alors. Mais l'augure qu'il fit pour la naissance de la princesse royale ne fut pas accomply selon ses souhaits et les nôtres', puis
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qu'elle mourut bientôt après , aussi bien qu'un frère que le ciel lui avoit donné; mais il se contenta de montrer l'un et l'autre comme deux astres qui paraissent en même temps qu'ils desconvrent leur splendeur. » (Mëmoire» de Marottes.)
Saint-Amant eut tort d'oublier les prédictions malencontreuses de Harot et le H qua fata aspira rvrnpas de Virgile. Sa pièce, d'ailleurs, ne méritait pas un meilleur succès. Ses stances sur la grossesse, ses sonnets sur les prochaines couches de la reine et sur la naissance du prince de Pologne, n'ont rien de remarquable.
Saint-Amant passa deux années en Pologne. Il ne rentra en France qu'en i65i , après avoir fait, de la part de Mariefde Gonzague, un voyage de Stockholm , qui lui profita peu, pour assister au couronnement de la reine de Suède. Il revint par la Hollande , et, forcé
rir le vent contraire d'attendre douze ou quinze jours l'embouchure de la Meuse , il composa un caprice marinesqve intitule la Rade , où il se plaint fort du capitaine de eon vaisseau :
C'est , en .Bartas , un donne-ennur,
c'est-à-dire, dit-il dans une note de la table, en stylo de du Bartas , — « raillerie sur les épithètes composez de du Bartas. e
11 se mit , dès son retour, à corriger son Moïse, et le refit presque entièrement. L'ouvrage fut a achevé d'imprimer pour la première fois le aa novembre i653», et put être mis en vente cette même année , puisqu'il avoit son privilège depuis le ao octobre. Cette date contredit l'assertion du savant H. de Montmerqué , qui dit , dans une de ses notes sur Tallemant : u Le Moïse ne fut imprimé qu'en 16G0, et te privilège avoit été accordé dès le ao octobre i653.» (Edit. in-l8.)
Saint-Amant, malade alors, n'avoit pu surveiller l'impression de son livre : c'est ce qu'il dit lui-même dans une lettre inédite à H. Bochart du 5 mars « 654. Lorsqu'il l'écrivit, il étoit à Rouen , et y faisoit valoir cette
Notice." xxxvij
verrerie dont le chancelier Séguier lui avoit accordé le privilège.
De Rouen, où il boit du cidre et l'ose chanter, lui
Comme Bacchus , a bu par tout le monde ,
nous le voyons écrire plusieurs fois en Pologne. L'épltre qu'il adressa en i654 à l'abbé de Marolles répond à tout ce qu'on a pu dire de la prétendue misère de Saint- Amant. Voici en quels termes il lui parle. D'abord sa cassette,
Puis il ajoute qu'il n'a jamais eu
D'éclipsé entière en son petit trésor.
La reine de Pologne, parolt-il, nel'oublioit pas; il a reçu d'elle une lettre de change . et il est dans uu grand embarras pour lui faire des remercimente en rapport avec un tel bienfait.
Après tout, l'argent est reçu. Saint-Amant, reconnoissant, se propose de donner en retour à la reine quelque ouvrage digne d'elle. Hais quel ouvrage lui présenter ï Déjà c est à elle qu'est dédié le Moïse ; il a chanté toutes ses grossesses; il se décide à écrire une seconde idylle héroïque , la Généreuse.
Ce second poème est peu connu. 11 fut composé en l656 à l'occasion du oombat de Varsovie, où la reine de Pologne elle-même commanda les canons pendant trois jours et aida son mari Casimir à se raffermir sur le trône. Lorsque cette pièce parut, en i658, l'auteur écrivit à la princesse palatine , sœur de la reine Marie-Louise , une épftre dédicatoife où , après l'avoir priée de faire parvenir la Généreuse à la reine, il ajoute : « Elle apprendra par là qu'un de ses vieux et plus fidelles domestiques vit encore... pour souhaitter qu'elle se voye et bientost et de tout point rétablie au fleurissant et paisible état où il a eu le bonheur
xxxviij Notice.
de la voir autrefois. Ce n'est point. Madame, 'par labouche de l'intérêt que je parle : ce n'est point mon foible, Dieu mercy; et j'oseray dire avec une honorable fierté que ceux qui me commissent jusqu'au fond du cœur me tiennent assez généreux et assez détaché de la fortune pour n'avoir jamais offert l'encens à son idole, pour ne lui avoir jamais lâchement sacrifié mes soins et mes peines, et enfin pour n'en avoir jamais voulu faire le moindre de mes désirs. »
Saint-Amant fut bien inspiré en conservant sa fidélité pour une reine malheureuse , mus il oublia que sa vieillesse un peu affoiblie n'avoit plus sa verve ni ses accents d'autrefois. Ce second idylle est écrit en stances irrégulières de neuf vers.
Bien supérieures sont deux autres pièces de caractère tout différent : l'une, plaisante satire contre la bosse du duc de Savoie; l'autre, adressée à Corneille sur son Imitation.
La première', le Gobbin , lui n fut expressément commandée de la part du feu roy, par son altesse feu Monseigneur le Prince et par Son Eminence feu Monseigneur le cardinal duc de Richelieu, au voyage de Sa Majesté en Piémont , un peu après la fameuse action du Pas do Suze. » Cette satire est en stances dedii vers, dont chacune a son épigramme sur la difformité du duc.
La seconde lui fut inspirée par des sentiments do piété sincère qui déjà lui avoient dicté une méditation sur le crucifix dont le style ne manque pas de la sévérité nécessaire au sujet.
Hais toutes ces pièces de la vieillesse de l'auteur, écrites sur des sujets convenables à son Age , sont loin d'avoir l'entrain prodigieux qui animoit les autres. Son poème de Moïse, son œuvre capitale, a des beautés de premier ordre, malheureusement cachées dans le dédale d'un plan assez mal entendu et dans un grand nombre de vers oisifs qui allongent le texte sans développer la pensée. Ses contemporains en ont Tait grand cas, et les éditions s'en succédèrent assez rapidement. On vit dans cet ouvrage non pas un poème épique, solennelet tendu • comme pouvaient l'être le Saint Louis , l'Alaric ou la Pu-
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celte , mais simplement ce que l'auteur y voyoit lui-même, une idylle, astreinte à moins de majesté, accessible à plus de détails d'une vérité familière que les épopées de Chapelain ou du Père Lemoine. C'est faute d'avoir voulu juger le Moïse d'après son titre que Boîleau se moque, en vers charmants, dn passage où l'auteur
Cen'étoientpas des critiques de ce genre qu'adressoit à Saint-Amant le savant Samuel Bocbart. Lorsque parut le Moïse, il lui envoya ses observations, non plus aiguisées par une ironie piquante, du moins si elle était déplacée, mais hérissées de citations polyglottes dont le pédantisme dut terriblement alarmer Saint-Amant, Toutefois , le poète tint grand compte des remarques critiques du savant, et entra avec lui dans une discussion que nous publions pour la première fois à la suite du Moïse.
Il nous reste à disculper Saint-Amant du crime qu'on lui a fait d'avoir composé un poème inédit, un poème inconnu , dont le nom seul nous a été transmis par Loret et plus tard par U. Chevreau et par Brossette, La Lune parlante.
La Muse historique de Loret, consacrant le souvenir de Saint-Amant , dit :
Sa muse estait d'un noble étage ,
Avant fait pour dernier ouvrage ,
Sur la naissance du Paulin ,
Un poème galant et fin.
Et de construction charmante,
Intitulé : « Lune parlante s,
Que l'on vend (je croy) chei Sercy...
M. Paulin Paris, à l'obligeante érudition duquel on ne fait jamais appel en vain , nous fait remarquer à ce sujet que a Loret seul , des contemporains, en a parlé ; encore ne dit-il pas absolument que la pièce soit imprimée : le je croy témoigne qu'il n en étoit pas sûr.o
Le dauphin étoit né le t" novembre 1661 ; Saint-
xi Notice.
Amont mourut peu après, et sans doute après sa mort Sercy, qui s'étoit chargé de l'impression , ne publia même pas un poème qui n'avoit d'autre mérite peut-être que son opportunité. Brossette prétend que l'auteur y féiicitoit Louis XIV de savoir nager, et semble trouver cette louange fort ridicule. Nous croyons que la poésie n'a pas moins de privilège que la prose, et qu'il n'est aucune idée, aucun sentiment, que les vers ne puissent rendre ; les termes seuls de l'éloge et la place qu'il occupe dans te poème peuvent le disculper ou le condamner. Mais cet ouvrage est perdu, et nous n'en pouvons parler que par ouïnjire.
On prétend que l'accueil fait parle roi à la Lune parla nie abrégea les jours de Saint-Amant. Nous ne croyons pas plus à ce conte qu'à ta mort de Racine avancée par un coup d'œil de Louis XIV. Lorsqu'il mourut, Saint- Amant avoit soixante-sept ans; mais les folies de sa jeunesse, les fatigues de ses voyages, l'avoient usé, et il sembloit plutôt âgé de 74 ou j5 ans. C'est ce que nous apprend une note curieuse extraite d'un journal de Colletet le fils, et que nous avons été le premier à publier en i85î, d'après u no communication du savant H. Ratbery, de la bibliothèque du Louvre :
« Le jeudy, 39" décembre 1661 , jour de saint Thomas de Cantorbéry, mourut chez monsieur Monglas, son ancien hûte , qui étoit décédé huit jours avant , le sieur Saint-Amant, âgé de 74 ou j5 ans , après une maladie de deux jours. Il reçut les sacrements el mourut un peu devant midy: Monsieur l'abbé de Villeloin l'assista en ce dernier moment , et luy rendit ce dernier devoir, Il est inhumé à .... u (Incomplet.)
Ces quelques mots , en même temps qu'ils nous apprennent la date exacte de la mort de Saint-Amant , prouvent encore combien est erronée l'assertion de Tallemant des Beaux, qui prétend que l'auteur du Moïse étoit huguenot, comme Conrart et Gombauld. Saint- Amant était catholique, et si sa jeunesse fort orageuse ne prouve pas une bien vive piété , ses dernières années nous le montrent revenu à résipiscence, et sa mort fut celle d'un chrétien.
Notice. xlj
Dirai-je maintenant quel fut Saint- Amant, son caractère , son rôle parmi ses contemporains ? C'est surtout par des comparaisons qu'il est possible de juger les hommes; l'isolement où les biographes placent nécessairement leur héros semble augmenter toujours les véritables proportions qu'il doit avoir; pour noua, qui nous faisons de l'impartialité une loi absolue , nous ne voulons point exagérer l'importance d'un poète qui faisoit lui-même assez bon marché de ses œuvres1.
Saint-Amant, bien supérieur aux Tristan, aux Maillet, aui Pelletier et aux autres poètes de son temps n'est inférieur qu'à Corneille. Représentant d'une école toute libérale, dont Harot transmit les traditions à nos romantiques du XIX1 siècle par l'intermédiaire de Molière , de La Fontaine , des contes de Voltaire , Saint- Amant écoute volontiers son caprice et se laisse facilement voir sous ses vers. Il a où surtout son succès à. une originalité puissante , à une verve sans égale, à l'allure vive, ardente, qu'il a su donner à ses vers; el, dans des genres tout opposés, aucun n'a eu plus de grâce facile et délicate. S'il eût vécu du temps de Hoileau et de Racine , il auroit gagné sans doute à suivre les traces de ces grands maîtres ; mort avant leurs premiers écrits , il a mérité au dessus deses contemporains une place qu'il n'a pas eue , et que l'on pourra maintenant lui assigner, preuves en main, sur cette première édition complète de ses œuvres.
Ch. L. Litbt.
i. Saint-Amant a été, dans ces derniers temps, l'objet d divers travaux : H. Philarète Chastes lui a consacré une élude sérieuse ; H. Théophile Canner lui a donné une large place parmi ses Grotetqtcs; enfin, H. Xavier Aubryet a fait des recherches et recueilli des matériaux pour uu livre en ce moment sous presse.
llij
AVIS SUR L ORTHOGRAPHE DE CKTTH EDITIOK.
9MH ous avons rigoureusement suivi l'ortbogra-
Mlv^ln P'16 ^e Saint-Amant ; ce n'est donc point par fsj^^NM erreur qu'on lira; 'espère pour j'espère; airoe- |y§JJME) ''' Pour aime-t-il; dequoy pour de quoi, etc. — L'Ë devant IV étoit naturellement ouvert; le T euphonique devoit être précédé du trait d'union , suivi de l'apostrophe (Voy. la grammaire de Oudin); de quoi ne se trouve guère qu'en un mot , depuis Régnier, où il est .substantif , — avoir <tequoi~-, jusqu'à Richelet et Furetière, qui l'accueillent dans leur dictionnaire sous cette forme (irr édit.)
Mous nous sommes permis seulement de distinguer le J et le V de l'Iet del'll. Par une conséquence <jui nous a semblé nécessaire, et dont il est tenu compte ici pour la première fois , bien qu'elle c'ait pas échappé au dernier éditeur de Tallemant des Réaiix , nous avons supprimé sur VU ousurl'E suivant le tréma ('■) qui o'avoit pas d'autre objet que d'empêcher la confusion : « V marqué des deux points est voyelle : louer, iauer, etc. Quelques uns les mettent sur l'ë qui le suit, ce que je ne trouve pas à propos.» (Oudin, i65G.)
Nous avons donc donné un texte conforme à l'orthographe grammaticale du temps; mus quand Saint- Amant, qui vouloit la rime aussi exacte pour l'œil que pour l'oreille, a cru devoir s'affranchir des règles, nous avons respecté toutes les concessions qu'il imposoit aux mots sans tenir assez compte de leur forme régulière.
Enfin nous avons suivi, pour 1m trois premières parties , l'édit. in-4° de i65i; pour la 4°> l'edit. de i65S, in-4"i la seule que nous conçois s ions , et qui n'est pas
Notick. xLiij
même reproduite dans les éditions postérieure» ; pour le Moïse, Tédit. de i65g, etpour les autres poèmes, les éditions originales ou les manuscrits.
Cb.-L. L.
■ ,GoogIe
LES ŒUVRES
DU SIEUR DE