LE BEL OEIL MALADE
S uand je voy ce bel œil tout en feu comme il est, BOù parmjr les douleurs le roy des cœurs se De faire sa demeure , [plais t
" Je croy que l'univers est à son dernier jour , Que le ciel se consume, et qu'il faut que je meure, Puis que je voy périr l'objet de mou amour.
Eo un tel accident je ne m'estODDe pas De voir dans ce bel œil cedemou plein d'appas:
Rire encore en mou une :
Car , considérant bien sa nature et son jeu , Ce n'est pas un prodige en luy, qui n'est que flame , Qu'il puisse ainsi durer au milieu de ce feu.
J'auroy peur toutesfois qu'en ce sujet de dueil , Mon portrait en petit tiré dans ce bel œil Ne fust réduit en cendre;
i. On trouve dans les œuvres de Malleville des stances sur des yeni malades. — L'abbé Testa, dans lié Muni Utmttru (Paris, Cbamhoudry, i85B), a Tait des stances sur le même sujet. — Le chevalier de Caillj (d'Aceillj), sons le titre de la Beaux fttx maladei, dit à Mmî de Nérancy : Le juitice du Ciel n'en pu trop inbumeiae l'n «JûlgQDE toi jreui. uBible forenrr :
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Lb bel Œil malade. i
Mais sa vertu secrette enseigne à non penser Qu'estant un diamant, tout esprit doit apprendre Que jamais aucun feu ne le peut offenser.
Si , par une merveille aimable en ce malheur, Ce bel œil retenoit cette ardente couleur
Pour me servir de phare , Il passerait aux yeux des plus sages amans Pour un de ces rubis dont l'éclat est si rare, Qu'il en est plus prisé que tous les diamant.
Son cher (rare , affligé de ce que son pareil Lny va donner moyen d'estre appelle Soleil
En le laissant unique , Bien plus de passion dedans luy nous fait voir A fuyr cet honneur, qu'il juge tyranniqiie , Que jadis PhaËtonn'en monstre pour l'avoir.
Il pleure , et nul objet ne l'en peut divertir , Comme si par ses eaux il pensoit amortir
Les Dames trop voisines :
On diroit, à le voir respandre ainsi des pleurs, D'un vaxede christal tout plein de perles fines Que l'on renverse roi t sur quelque champ de fleurs.
LA JOUVSSANCE'.
n de ce pompeux édifice eS Où nos princes font leur séjour , 9 Et lassé de voir à la cour 3 Tant de contrainte et d'artifice , J 'estais libre dans ma maison.
Bien que mon cœur fus* en prison Dans les beaux yeux de ma Sylvie; Et , sans craindre en amour l'inconstance du sort ,
Je menois la plus douce vie Qu'on puisse voir passer par les mains de la Mort. Mes sens en bonne intelligence S'entendoient avec mes désirs , Me recherchans mille plaisirs D'une soigneuse diligence.
Chacun admirait mon bonheur ; Le Ciel, pour me combler d'honneur, Ne juroit que par mon mérite ,
i. On trouve des pièces fort passionnées sous ce titre dans les œuvres de MIQa de la Suie. — Le sieur de la Croix , dans son Art poétique, a cru devoir faire de ce titre particulier un genre de poésie dont il donne le caractère et les lois , comme il fait pour le rigaudon ou la crenilli , par exemple. — Voyez aussi, dans la Muta Ututiru, un sonnet sur le même sujet.
La Jooyssahue.
Et disoit au sujet de mes affwtiong Que ta terre estoit trop petite Pour pouvoir contenir tant de perfections.
Mon bien estoit incomparable ,
Ainsi que ma dame et ma Tôt.
Le plus content au prix de moy
Ne s'estimait que misérable.
J'estois amant , j'estais aimé ;
La douceur qui m'avoit charmé
Ne me gardoit point d'amertume , Car tant plus j'en goustois , m'y laissant emporter,
Et tant plus, contre ma ooustume , S'augmentait en mon coeur le désir d'en gouster.
Sous un climat où la nature Montre a nud toutes ses beautez Et nourrit les yeux enchantez Des plus doux traits de la peinture, Noua voyons briller sur les fleurs Plustost des perles que des pleurs ' Qui tomboient des yeux de l'Aurore ,
Dont celle à qui Zephire adresse tous ses vœux , Et que le beau printemps adore ,
Se paroit au matin la gorge et les cheveux.
Entra les Ris et les Caresses ,
Les petits Amours éveilles
Dancoient par ces champs entaillez
Avec les Grâces leurs maistrosses ;
Et souvent , pour s'entre-baiser,
Us se venoient tous reposer
Au milieu du sein de ma belle, Faisans naistre aussi-toet mille divins appas ,
De qui la puissance estoit telle , Qu'ils donooient tout d'un coup la vie et le trespas.
in ' La Jouissance.
Tantost nous voyons un Satyre ,
Assis à l'ombre d'an ormeau ,
Faire plaindre son chalumeau
De son agréable martyre ;
Tantost, dans un bois écarté
Où n'entre qu'un peu de clarté ,
Nous visitions la Solitude :
Et, trou vans le Repos qui lui faisoit la cour,
Nous chassions toute inquiétude.
De peur de les troubler en leur paisible amour.
Là, sous un mirthe que les fées Respectent comme un arbre saint.
Où Venus elle-mesme a peint Ses mystères et ses trofées ,
Nous faisions des vœux solemnels
Que nos feux seroient éternels ,
Sans jamais amoindrir leur force ; Puis, prestaus le serment à Dieu nostre vainqueur.
Nous l'écrivions sur son escorce; Hais il estoit gravé bien mieux dans nostre cœur.
Tantost, feignant un peu de crainte ,
Je disois à cette beauté ,
Pour sonder sa fidélité,
Que son humeur estoit contrainte ;
Tantost, d'un visage mourant,
le lui tenois en souspirant
Ces propos de glace et de Dame : , Oseroy-je espérer, o miracle des cieux!
D'estre aussi bien dedans ton ame Comme en te regardant je me voy dans tes yeux ?
Lors elle disoit toute emeue, Eu m 'accusant de peu de foy :
Lysis, ton image est en moy
La Jouyssàhce. i»3
Bien plus avant que dans ht veue.
Je l'en prena toy-mesme à tesmoin ,
Reconnoy qu'elle est bien ping loin,
Puis qu'elle y paroist si petite ; Et croy que tu la vois , par un regard fatal ,
Dans mon cœur, où l'amour habite , Comme on voit un portrait au travers d'un cristal.
A ce discours l'âme ravie
De ne sçavoir que repartir.
Je la priois de consentir
Aux vœ ai de l'amoureuse envie ;
El pour terminer tout débat ,
Je l'iavitois aux doux ébat
Où jamais femme ne se lasse, L'estreignant , en l'ardeur qui m'avait provocqué,
-Mieux que le houbelon n'embrasse L'aubespine qu'il aime, et dont il est picqué.
Là , sur sa bouche à deroy close
Je beuvois, baisant nuict et jour,
A la santé de noslre amour ,
Dedans une couppe de rose.
Ha bergère , en toute saison
Ardente à me faire raison ,
S'enyvroit delamesme sorte; Et dans ce doux excès nos sens quasi perclus ,
Sous une contenance morte , Ctmfessoient par noa yeux que nous n'en pouvions plus.
Nos désirs, reprenant courage
Quand nos efforts s'allentissoient, En toutes façons exerçoient Les traits de l'amoureuse rage.
Cette bouillante passion Pot-toit avec tant d'action
ti4 La Joutssance.
Tous nos mouvements à la guerre.
Qu'à nous voir en ce poinct dans les jeux deCypris
Ou eust dit que toute la terre
Estoit d'un tel combat le sujet et le pris.
Cependant eu cette querelle
Suffisoit à nous contenter
Le lien qu'elle daignoit prester
A nos corps estendus sur elle.
Nous l'estimions plus mille fois
Que tous les pals que nos rois
Ont eus sous leur obéissance , Ni mesme que ces lieux pour qui ce grand démon
Qui détient l'or en sa puissance Fit treuver aux nocbers l'usage du timon. Dieux ! quelle plume assez lascive ,
Fust-ce de l'aile d'un moineau ,
D'un combat si doux et si beau,
Décrirait l'ardeur excessive 1
Jamais, alors qu'A membres nos
Adonis embrassoït Venus,
Tant de bon tours ne svin ventèrent, Ni jamais l'Amour mesme et sa belle Psicbê
Tant de délices ne gousterent , Que nos sens en goustoienl en ce plaisant péché. La langue, estant de la partie,
Si-tost qu'un baiser l'assiegeoit,
Aux bords des lèvres se reugeoit.
Afin de taire une sortie ;
L'ennemy, recevant ses coups ,
Souffroit un martyre si douB,
Qu'il en benissoit les atteintes ; Et mille longs souspirs, servant en mesme temps
Decbantsde victoire et de plaintes, Honstroient que les vaincus estaient les plus coûtons.
La. Jocyssahce. i
- -Un jour, prêt! d;uno vive source
D'argent liquide et transparant ,
Qui prend la fuitte en s'esgaranl
Vers la mer où finit sa course.
Mon lut, parlant i basse vois,
S'entre te no it avec mes dois
Se mes secrettes fantaisies , Et parfois e'esclattaut en la. vigueur des gong ,
Les roches se sentaient saisies Du mignard tremblement de mille doux frissons. Lesoyseaux, tirez par l'oreille,
Allongeant le col pour m'ouyr,
Se laissoïent presque esv&noujr.
Tous comblez d'aise et de merveille.
Les animaux autour de nous
Nous non te m ploient à deux gênons ,
Plongez dans un profond silence , Quand d'un vieux chesne,esmeu de ce contentement,
Avec un peu de violence Sortirent ces propos assez distinctement : Orphée , aux veux de Radamante ,
A donc ramené des enfers ,
Malgré les liâmes et les fers,
Sa chère et gracieuse amante T
Ce rare exemple d'amitié
Est donc rejoint à sa moitié
Par deux fois de luy séparée ï Et sa teste , où les dieux tan t de dons ont enclos ,
Nysalvre tant admirée, Ne furent donc jamais à l'abandon des flots?
■ ,Googk
ELEGIE A UNE DAME Pour M' L. C. D..H1.
£f«gKf eau té dont les appas triomphent de ma vie,
|3§| |a^J§ Gloire de mon tourment , admirable Sylvie ,
/Ê ^P/l Que>dansla servitude où l'amour m'a réduit,
tnnwS Bénissant mes liens , j'adore jour et nuit ;
Et de qui l'oMl vainqueur, cher astre de mon ame ,
Me brille en m'éclairant d'une si douce flame,
Qu'il ne m'est pas permis, sans commettre "un forfait ,
De me plaindre jamais du mal qu'elle me fait ;
Puis que dans le plaisir de vous voir pitoyable
A l'ennuy que j'endure, et qui m'est agréable ,
Vous m'avez menacé d'un cruel chastimenl.
Si je n'estois secret en mon ressentiment ,
Je veux d'oresnavant obéir et me taire ,
Je veux me retirer dans un lieu solitaire,
Où le silence au moins avec discrétion
Sçache le bon succez de mon affection :
Car, quelques loixd'honneurque l'on noustasse entendre,
N'en desplaise au respect , je ne sçaurois comprendre
Que l'on ne soit ingrat et digne du trespas,
De recevoir du bien , et ne le dire pas.
i. Le comte d'Harcoort, ami de Saint-Amant (toi. la notire) et de Faret, qui l'accompagnèrent dans son expédition des îles Sainl-Hotiorat et Sainte-Marguerile, etc.
'.m.jlc
Elégie. i.ij
Mais que dis-je? ô bons dieux! quoi, jeparie d'absence! Ha bouche , ozes-tu bien prendre cette licence , Cependant que mon «sur que je sens murmurer. Dit qu'il mourrait plûtost que de s'en séparer T Te croirois-tu capable , après cette parole. Que malgré tes projets je veux rendre frivole, Et pour qui te sont deus des tourmens inhumains , De baiser quelque jour l'yvoire de ses mains ?
0 malheureux propos ! o perfide pensée , Qui ne sçauroit partir que d'une ame insensée ! Moy, que je vous quittasse , ù mon divin soleil ! Que jamais ma raison approuvas! ce conseil ! Non , non; plnstosl Neptune abandonnera l'onde, Le Destin laissera la conduite du monde , L'ombre fuira le corps , et l'amour le plaisir, Avant que j'accomplisse un si lasche désir.
Et, combien que la gloire à toute heure m'appelle Pour aller de mon bras effrayer la Rochelle , Ou repousser l'effort des orgueilleux Anglais , Que l'un de mes ayeux a vaincus autresfois, Je fay la sourde oreille , et, renonçant aux armes , Mes yeux trouvent en vous tant d'attraits et de charmes, Que, quelque mauvais bruit que j'en puisse ei Auprès de vos beautez je veux vivre ef