LES CABARETS
x cher amy Moniteur Fa»«-
j aret, mon compagnon d'office «Quand il faut faire un sacrifice S Dedans quelque joyeux hostel » Où la table fournit d'autel ; Helas ! quel démon plein d'envie Traversant nostre heureuse vie.
Quel démon , dis-je , amy de l'eau , Te conduit à Fontainebleau ' T Ce vain esclatde la fortune, Qui bien souvent est importune A ceux mesme qu'elle assouvit De la grandeur qui nous ravit , Aurait-il bien tant de puissance Que de t'oster lajouyssance
i. Allusion \ reijmologîe
Les Cabarets. 139
Des plaisirs qu'on gouste à Paria Sans nul eouc y des favoris ?
Si j'en avois la moindre doute Je veux bien que Maillet ' me quille.
1 . Marc de Maillet ht , au XVIIe siècle , la personnification du poète pauvre et orgueilleux. Saint-Amant l'a eu en tue dans sou Poète crotté. Majnard a lancé contre lui des trait» nombreux. Voici sur ce personnage, peu connu, quelque* détails empruntés h la vie de ce poète, écrite par Fr. Colletet a la suite de l'aune de son père Guillaume Colletet.
Maillet s ne pouvoit souffrir qu'on louSt en aa présence un antre poète que Inj a, ni qu'où censurât ses ouvrages. « Aussj traila-t-il un jour avec beaucoup d'aigreur Vital d'Audiguier, bel esprit de son temps, qui avoil trouvé quelque chose a dire dans une certaine ode qu'il avoit présentée h la rojne Marguerite sur le sujet de l'éloquence de cette illustre princesse : car, après l'avoir cent fois appelé en prose ne sot versificateur, il le noircit encore de ce sonnet injurient, qui fut veu de toute la
Eureaent du Parau» , «mur de la niiare...
L'uni de ru lumière eu Ion aveugleueiiL
Apprend que Maillet parle ait»; qn'on parle an «cm .
[1 aa pourrait parler de celle tfargaerila.
Ce sonnet a trouvé place dans le Cabinet iet ttri itityriqiit' te te tenpi (Paris, iBiB, p. 497-438), etb la suite vient la réponse suivante, sans doute de d'Audiguier. Qu'on juge de l'urbanité de cet messieurs î
i4o Les Cabarets.
Si le (pliant1 eu maroquin.
Et Taisant trotter le pasrrnin.
D'Audi guiet sa rengea par quelque* stances et aussi par un long portrait de Maillet sous le nom de Maillard. — V. aussi Epiilrti franc. dDSieur Daudiguier, in-S, 161 S, p. 4fl0 et a.
Maillet é-toit de la cour de ta reine Marguerite, « qui le rete noità ses gages arec beaucoup d'autres. Elle prenoit un singulier plaisir lorsqu'à ses heures de repos et de divertissement, il luj vendit reciter ses vers, ce qu'illaïsoit arec des grimasses et sur un ton deroïi si bissmetsi surprenant, qu'il estait, en effet, bien malaise de s'empeacher de rire ; jusque la une, dan» la cbalrur du refit et dans l'encens qu'il s'offroit a lay-meame, il s'emportoit quelquefois jusqu'au point de tordre et d'arracher autant de bouttous à celuj qui t'eseouttoit et auquel il recitoil face à face quelque pointe de sonnet, d'épi gramme ou de stauee.»
Devenu amoureux sans retenue de la femme d'un conseiller au parlement de Bordeaux , nommé de Jehan, il lui dédia , en 1616, le recueil doses poésies imprimé in-s, h Bordeaux, Tombé en disgrâce plus tard, il fit sur son malheur des stances , dont roici la première :
Helai! je koi ma peine et ne ■»» bob pèche ! Dedans moi action* mon eiprit IV cherche
àtait , bien que lur me faute il n'ait fané tel > eu* , JiJ taillr : ur, «tant de lm race 1*1 dieu. Ha raine n. pourrai euaauttnd'iajauica. . Eu itao, il fit imprimer a Paria, in-S, toutes Hes épi grammes, dont la première a été attribuée a tort h Saint-Amant : SiJacqa«.,I.Hij du inatr,
Et par cod tiquent invisible.
1 . Le daubant ; frappant sur son maroquin , 1 Voy. Fvretitrt.
■ .Cookie
Les Cabarets.
le ne je luv jettais tant de (ange Sur les habits de sa louange, .
Que son luslre pernicieux - N'esblouyroii jamais t«s yeui. ■ ■
Hais ja n'advienne que j'y péage, Je scay bien que la récompense Des bons services que tu rends A ton raaistre *, l'honneur des grands T'oblige bien moins à le suivre Quenelaitlagloiredevivre Sous un tel prince, qu'aujounThuy Ce nom-là n'est propre qu'à luy .
Quel sujet doncques paurroit-ce estre!
N'esl-ce point un désir champestre De visiter i ce printemps Les bois , les rochers , les estants , . Y. voir nager l'ombre d'un arbre; Contempler un palais dé marbre, Ou durant un temps chaud et clair Regarder les ondes de l'air, Qui sem ble trembler sur la terre De la peur qu'il a du tonnerre?
Puis admirant sur les sillons Les ailes des gais papillons , De mille couleurs parsemées , Les croire des fleurs animées.
Qui volent au gré des zepbirs Vers les deux plus beaux que saphirs T Ou tan ton t morne et solitaire, Rêvant à quelque haut mystère , Que les Muses, ces belles sœurs , Montrent avec tant de douceurs ,
t4'j Les Cakabets.
S'en aller en quelques liera sombres Loger Pbobus entre les ombres , Et faire en caste obscurité Un vers digne de ht clarté I On par fois auyr Philomelle , Saluant la saison nouvelle, Par un doux chant se consoler Du temps qu'elle fut sans parler.
Quand l'infâme et cruel Terée Après l'avoir deshonorée , La réduisit , pour toute vois , Au triste ouvrage de ses doits T Toutes ces belles fantaisies.
De qui nos âmes sont saisies , Sont-elles, disje, le sujet Qui te porte à ce beau projet?
Parle , cher amv, je t'en prie , Si tu ne veux que je m'escrie :
On fait à sf avoir que Faret Ne rime plus à cabaret ; Ce seul départ l'en rend indigne , Il est dégradé de la vigne , Et Bacchus, nostre puissant roy, Suivant les règles de sa loy, Le casse, et lu; défend de boire Que dans la Seine ou dans la Loire , Puisqu'il délaisse , amy de l'eau , Paris pour un Fentaine-bleau :
Paris , où ce grand dieu préside , Paris , ou la Coiffler ' réside ,
i. La Coiffier étoit une pâtissière qni tendit le cabaret de it Feiit-nx-Limu. Elle fui ta première, dit Tallemant, a traiter par tête. — Voj. Edouard Faumier, But. ici MtiUerit* tl
Les Gasahets.
Paris , où fleurit un Cormier < , Qui des arbres est le premier; Paris, qui prend pour son Helaine Une petite M agdelaine ; Paris , qui présente a nos jeux La Pomme de pio ', qui vaut mieux Que celle d'or, doot fut troublée Toute la divine assemblée; Paris , qui , croissant tous les jours , Contient dans l'un de ses fauxbourgs Mainte autre ville toute entière; Paris, où dans un cimetière, Fait pour enterrer les ennuis, Nous avons tant possède nuicla; Paria , enfin , ce petit monde , Où tout contentement abonde.
Et dans qui les plus grands désirs Se peuvent saonller de plaisirs.
Ha ! je t'entends , ces mots te prcssen Et desjà tes yeux me confessent Que tu ne sçaurois le quitter Sans de toy-mesme t absenter.
Relasehe un peu ta servitude, Ne cherche point la solitude , Si ce n'est par foi» dans, ces vers Que j'ay donnez à l'univers.
Laisse les soings pour d'autres testes , Laisse les forests pour les béates , Laisse les eaux pour les poissons , Et les fleurs pour les limaçons ;
i. C'était h la fois le nom d'un cabaretier et d'u la rue des Fossés-Saint-Gennain-rAuxerroii partie détruite. — Voy. Ed. Four nier, ottvr. cité.
i. Ce eabansl, célébré pu Villon, Rabelais et Régnier, étoil
i44 Ija Cbambrb
Aussi bien , à voir ton viftàge, Cela D'est pas i ton usage ; La campagne n'a point d'appas Qui puissent attirer tes pas; Et de l'air dont tu te gouvernes , Les moindres escots des tavernes Te plaisent plus cent mille fois Que ne (ont les échos des bois.
Et a mot aussi.