‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 5 sur 86 · LE CONTEMPLATEUR · texte numérisé non relu

LE CONTEMPLATEUR

, evugut

is par qui j'espore estre exemt E De choir en l'éternelle flâme , jApostre du siècle présent, JjCause du salut de mon une ,

Divin prélat, saioct orateur,

Juste et souverain destructeur

Des infernales hérésies ;

Grand esprit, de qui tout prend loy,

Et dont les paroles choisies

Sont autant d'articles de foy; Vous qui gardez d'un soin si dous

Le cher troupeau de vostre maistre ,

Luy donnant , en despit des lous ,

Le sacré pain de grâce à paistre ;

Vray ministre d'estatdu Ciel,

Cœur débonnaire , homme sans fiel ,

i. Le «rai nom de l'értque de Nantes étoit Philippe Cospeau. Voir, sur cet éloquent prélat, le volume que nous avons publié chez Alvarez es 1854 : Caipeea , ta vie et ses autres. — Nous y avoua joint le texte de sa remarquable oraison funèbre de

3o Le Contemplateur.

Qui vivez comme font les anges , Et méritez qu'en chaque lieu

On vous fasse part aux louanges Que vous-mesme rendez i Dieu;

Vous , dis-je , qui, daignajit chérir Les nobles travaux de la muse, Avez voulu vous enquérir A quov maintenant je m'amuse ; Je vous le veux dire en ces vers , Où d'un art pompeux et divers Je feray briller mes pensées ; Et croy que les plus grands censeurs Les verront si bien agencées , Qu'ils en gousteront les douceurs.

Loin , dans une isle qu'à bon droit On honora du nom de Belle', Où s'eslève un fort qui tiendrait Contre l'Anglois et le rebelle , Je contente à plein mon desir De voir mon Duc1 à mon plaisir, Sans nui object qui m'importune , Et tasche il le garder d'ennuy, Sans songer à d'autre fortune Qu'à l'honneur d'estre auprès de luy.

Là, par fois consultant les eaux Du sommet d'une roche nue , Où pour voir voler les oyseaux 11 faut que je baisse la veue ,

i. Cette Ile , érigée en marquisat en i5i3 , fut donnée par Charles IX au comte de Retz. Elle resta dans sa famille el dans eeUedeFmqnet, kqni elle aïoit été cédée, jusqu'en 171g, qu'elle revint a la couronne par suite d'un échange.

■. Ledoe de Rata,

Le Contemplateur.

Je m'entretiens avec Thetis Des poissons et grands et petis Que de ses vagues elle enserre , Et ne puis assez admirer, Voyant les bornes de la terre , Comme elle les peut endurer.

Hais elle m'en dit la raison :

C'est que le respect qu'elle porte A Dieu, qni l'a mise en prison , Ne luy permet pas qu'elle en sorte.

11 suffit qu'elle ait autrefois Logé ses monstres dans les bois Pour aider à punir nos crimes , Et qu'elle ait surpassé les monts , Pour nous plonger dans les abisraes Où trébuchèrent les démons.

Là dessus , me représentant Les tristes effets du déluge , Quand au premier logis flolant Le genre humain eust son refuge , Je feins un pour trait à mes yeux Du bon Noé chery des cieui , Pleurant pour les péchez du monde , Et m'estonne, a voir tout périr, Qu'enfin, au lieu d'accroistre l'onde , Des larmes la firent tarir.

Puis , voyant passer devant moy Une colombe à tire-d'aile , Aussi tost je me ramentoy L'autre qui luy fut si fidèle ; J'estime que le sainct Esprit Dèslors cette figure prit Pour r'asseurer sa foy craintive , Et qu'entre cent arbres sapais

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3i Le Contemplateur.

Il choisit le rameau d'olive , Pour luy-mesme annoncer la paix.

Tantost , faisant agir mes sens Sur des sujets de moindre eslofe , De marche en autre je descens Dans les termes du philosophe ; Nature n'apoint de secret Que d'un soin libre , mais discret , Ha curiosité ne sonde ; Ses cabinets me sont ouvers , Et, dans ma recherche profonde, Je loge en moy tout l'univers,

Là , songeant au flus et reilus , Je m'abisme dans cette idée ; Sou mouvement me rend perclus, Et mon irac en est obsédée.

Celuy que l'Euripe engloutit Jamais en son cœur ne sentit Un plus ardent désir d'apprendre ; Mais quand je veux bien l'esplucher, J'enlens qu'on n'y peut rien entendre , Et qu'on se pert aie chercher.

Là , mainte nef au gré du vent Sillonnant la plaine liquide He tait repenser bien souvent A la boussole qui la guide ; La miraculeuse vertu Dont ce cadran est revestu Foule ma raison subvertie , Et mes esprits, en ce discort, S'embrouillent dans la sympatie Du fer, de laymant et du nort.

Là, considérant à loisir Les amis du temps où nous sommes ,

LE COKTEKPLATKOfc.

Une fureur me vient saisir Qui s'irrite contre les hommes.

0 mœurs ! dis-je , o mande brutal !

Faut-U que le plus fier métal Plus que toy se montre sensible!

Faut-il que , sans te reformer, Une pierre dure au possihle Te fasse honte en l'art d'aymer!

Hais ô pourquoy me plains-je ainsi Du peu d'amitié qui se trouve , Si ce grand Duc qui règne icy Pour mot tout le contraire prouve !

Ne recoy-je pas tous les jours Autant en effets qu'en discours Des marques de sa bien-vueillance , Et n'aquerrois-je pas le nom Du cœur le plus ingrat de Franco Si ma bouche disoilque non?

Voy là comme en me reprenant Arec ces dernières pareilles Sur mon bon-heur m entre tenant, Je rends les premières fri voiles; Voylà comme, selon l'objet, Mon esprit changeant de projet, Saute de pensée en pensée.

La diversité plaist aux yeux, Et la vene en un est lassée De ne regarder que les deux.

Tutost comme un petit batteau Dans la bonace non suspecte, J'apperçoj voguer sur cette eau fc« nid que l'orage respecte :

Pour luy le flot amer est doux, Aquilon retient son couroux ,

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M LE COMTElIl'tATBÏIR.

Saturne a l'influence heureuse , Et Pbebus, plein de passion, Aide, en sa chaleur vigoureuse, A faire éclorre l'alcyon.

Tout ce qu'autrefois j'ay chanté De la mer , en ma Solitude , En. ce lieu m'est représenté , Où souvent je fay mon estude.

J'y voy ce grand homme marin* Qui d'un véritable burin Vivoiticy dans la mémoire.

Mon cœur en est tout interdi t , Et je me sens forcé d'en croire Bien plus qu'on ne m'en avoit dit.

Il a le corps fait comme nous , Sa teste à la nostre est pareille , Je l'ay veu jusques aux genous , Sa voii a frappé mon oreille ; Son bras d'escaillefi est couvert, Son teint est blanc, son œil est vert , Sa chevelure est azurée .

Il m'a regardé fliement.

Et sa contenance assurée M'a donné de l'estonnement.

Un portrait qui n'est qu'ébauché Représente bien son visage ; Sous dn poil son sein est caché.

11 a des mains le libre usage ; De la droitte il empoigne un cor Fait de nacre aussi rare qu'or, Dont les chiens de mer il assemble.

Je puis croire un Glauque aujourdTiuy;

le Gémt t» e», de CemWns.

„: ,„C0CgIc

Le Contemplateur, Bref, à nous si fort il ressemble,

Quej'ay pensé parler à lu;.

De mainte branche décorai, Qui croist sous l'eau comme de l'herbe, Et dont Neptune est libéral, Il porte un pennache superbe ; Vingt tours de perles d'Orîant, Riches d'un lustre variant, En guise d'echarpe le ceignent; D'ambre sou chef est parfumé, Et, quoy que les ondes le craignent, Il eu est pourtant bien-aymé.

Tantost, lassé d'estre en repos Sur un si haut et si dur siège, Cherchant un lieu plus à propos , Je tens aux lapins quelque piège ; Tantost je tire aux cormorans, Qui bas dans les flots murmurans Tombent percei du plomb qui tue; Us se débattent sur ce bort , Et leur via en vain s'esvertue D'eschaper des mains de la Mort.

Tantost, nous allant promener Dans quelque chaloupe à la rade,

Nous laissons après nous traisoer

Quelque ligne pour la dorade.

Ce beau poisson, qui l'apperçoit ,

Pipé de l'espoir qu'il conçoit ,

Aussi tost nous suit à la trace.

Son cours est léger et bruyant ,

Et la chose mesme qu'il chasse

En fin l'attrape en le fuyant.

Quelquefois, bien loing ecaité .

Je puise, pour apprendre à vivre,

i Le Contemplateur.

L'histoire ou la moralité Dans quelque vénérable livre; Quelquefois, surpris de la nuit En une plage où pour tout fruit J'ay ramassé mainte coquille , Je reviens au chasteau , resvant , Sous la faveur d'un ver qui brille Ou plustost d'un astre vivant.

0 bon Dieu! m'escriay-je alors, Que ta puissance est nompareille D'avoir en un si petit corps Fait une si grande merveille !

0 feu qui, tousjours allumé , Brusles sans estre consumé !

Belle escarboucle qui chemines.

Ton éclat me plaist beaucoup mieux Que celuy qu'on tire des mines, Afin d'ensorceler nos yeux !

Tautost, saisi de quelque horreur D'est™ seul parai y les ténèbres, Abusé d'une vaine erreur.

Je me feins mille objets funèbres ; lion esprit en est suspendu , Mon cœur en demeure esperdu , Le sein me bat, le poil me dresse, Mon corps est privé de soustien, Et, dans la frayeur qui m'oppresse, Je croy voir tout, pour ne voir rien.

Tautost, délivré du tourment De ces illusions nocturnes , Je considère au firmament L'aspect des flambeaux taciturnes ; Et, voyant qu'en ces dous desers Les orgueilleux tyrausdes airs

Le Contemplateur.

Ont appaisé leur insolence, J'e scoute , à demy transporta , Le bruit des ailes du Silence , Qui vole dans l'obscurité.

Treuvay-je au retour couvert mis , J'entretiens mon DUC i la table , En tant comme il me l'est permis , De quoique propos détectable ; Je le fay rire de ma peur, Je luy dy quel spectre trompeur J'ay creu s'eetre offert i ma veue.

Et, pour noyer tout mon soucy, Sur un grand verra je me rue , Où le via semble en rire aussi.

LÉ, suivant les sujets du temps , Tantost nous parlons de la digue Où, vray prophète, je m'attens .

De voir crever la jeune Ligue ' ; Tantost, les cœurs tous rejouis , Nous célébrons du Grand LOUYS L'heur, la prudence et le courage , Et disons que le Cardinal Est i la France dans l'orage Ce qu'au navire est le fenal.

Tantost , sur le bruit que l'Anglois Une visite nous prépare , Nous projetions tous les explois De quoy la Victoire se pare.

Tenez-vous donc pour assuré Que cet ennemy conjuré

38 LE COHTEMPIATBCR.

Qui tant de Taux desseins embrassa En ce lieu propre à l'en punir Sera receu de bonne grâce , S'il nous oblige d'y venir.

Tantes i, après minuict sonné, Avant chez moy fait la retraîtte, D'un soing aui muses adonné, J'escry comment Amour me tr&itte.

Tantost mesprisant son pouvoir, Quoy que sans yeui , je luy fay voir Par quel moyen on le surmonte , Je me guery des maux souffers, Et d'une généreuse bonté Ha raison brise tous ses fers.

Tantost, d'un son qui me ravit Et qui chasse toute manie , La saincts harpe de David Preste i mon lut son harmonie.

Puis , jusqu'il tant que le sommeil , Avec un plaisir sans pareil , Me vienne siller la prunelle, Je ly ces sacrez Testamens Où Dieu, d'une encre solemnelle, Fait luire ses hauts mandemens.

Tantost , levé devant le jour.

Contre ma coustnme ordinaire, Pour voir recommencer le tour Au céleste et grand luminaire , Je l'observe au sortir des flos, Sous qui la nuit, estant enclos , H sembloit estre en sépulture; Et, voyant son premier rayon, Beny l'autheur de la nature , Dont il est comme le. crayon.

Le Cou te m plat eu». 3g

Ainsi, dia-je en le regardant, Yerra-V-on, quoy que l'oubly lace, Au point du dernier jour ardant Ressusciter l'humaine race ; Ainsi , mais plus clair et plus beau , Verra-t-on , comme ce flambeau , Monter au de) le corps du juste, Apres qu'avecques majesté , Dieu , séant en son troène auguste , L'aura par sa bouche ar resté.

Lors, d'un soucy grave et profonl Me ramassant tout en moy-mesme, Comme on tient que nos esprits font Pour faire quelque effort eitresme , L'immortelle et sçavante main De ce fameux peintre romain* ' N'a rien tracé d'émerveillable Que ce penser de l'advenir, Plein d'une terreur agréable , Ne ramené eu mon souvenir.

Là, resvant à ce jour prefis En qui toute ame saine espère ; Jour grand , où l'on verra le fils Naistre aussi tost comme le père.

Je m'imagine au mesme instant Entendre le son eclattant De la trompette serafique , Et pense voir en appareil Espouvantable et magnifique JESUS au milieu du soleil:

A ce bruit, que je doy nommer La voix de la seconde vie ,

i . Micbel-Ànge. Allusion an tableau du Jugement dernier.

>' Lu Contemplateur.

Qui semble des] à ranimer Celle que la Parque a ravie ; À ce ton qui de bout en bout

' lcy bas resveillera tout, Et pour le dueû , et pour la joye , Il n'est posture, quant au corps , En quoy mon œil esmeu ne croye Voir sortir du tombeau les morts.

L'un m'apparoist un bras devant ; L'antre ne montre que la teste , Et, n'estant qu'à moitié vivant, Force l'obstacle qui l'arreste.

Cestuy-cy e'esveïlle en sursaut ; Cestuy-là joint les mains en haut , Implorant la faveur divine ; Et l'autre est à peine levé Que d'un coaur dévot il s Incline Devers l'agneau qui l'a sauvé.

Près de là, le frère et la sœur, Touchez de ce bruit dont tout tremble , D'estre accusez d*inceste ont peur, Pour se trouver couchez ensemble.

Icy, la femme et le mary, Objet l'un de l'autre cbery, Voyans la clarté souhaittée , Semblent s'eslonner et gémir S'avoir passé cette nuiclée Sans avoir rien fait que dormir.

Tel, qui n'eust sceu quasi marcher Autrefois, travaillé des goûtes, Court maintenant et va chercher Du ciel les glorieuses routes.

Tel , de qui le seul ornement Fut d'estre vestu richement

Le Contemplateur.

El d'avoir des valets buis nombre , Esbab y de aa nudité , N'est plus suivy que de son ombre , Encore va-t-elle à costé.

L'un de parler est tout ravy, Veu qu'il manquoit jadis de langue , Et fait à Bien , qu'il a servy, Son humble et première harangue; L'autre , qui jamais du soleil rTavoit veu l'éclat nompareil , Pour estre aveugle de naissance, Admire à présent sa couleur, Dont il ignoroit la puissance , Bien qu'il en connust la chaleur.

Bref, en cette apparition.

Ceux qui bien-heureux doivent estre Sans aucune imperfection Je me figure voir recestrc.

Hais les meschans désespérez , Pour qui desjà sont préparez De l'enfer les tourmens énormes , Ne se représentent à moy Que si hideux et si difformes Que mon ame en transit d'effroy.

11 m'est advis qu'en mesme endroit Je voy la divine balence Peser et le tort et le droit Sans faveur et Bans violence.

Après ce jugement final Donné sur le sainct tribunal Devant qui Dieu veut qu'on responde , Je croy que le haut élément Ne fait desjà de tout le monde Qu'un globe de feu seulement

4a Le Contemplateur.

ï. e^ es toi II es tombent des cieui , Les Aimes dévorent la terre , Le mont Gibel ' est en tons lieux , Et par tout gronde le tonnerre.

La salamandre est sacs vertu, L'asbeste1 passe pour festii , La mer bruale comme eau-de-vie , L'air n'est plus que soufre allumé , Et l'astre dont l'aube est suivie Est par soy-mesme consuma.

Les métaux , ensemble fondus , Font des rivières précieuses ; Leurs flots bouillants sont espandus Par les campagnes spacieuses.

Dans ce feu , le dernier des maux , Tous les terrestres animaux Se consolent en quelque sorte, Du déluge à demy vengez , En voyant ceux que l'onde porte Aussi bien comme eux affligez.

L'unique oyseau9 meurt pour tousjoura, La nature est exterminée, Et le Temps, achevant son cours, Net fin à toute destinée.

Ce vieillard ne peut plus voler; H se sent les ailes brusler

i. Etna, volcan de Sicile. Le mot fitol, en arabe, ligi déjà montagne.

Amiante , matière textile indestructible par le feu. 3. La phénix.

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Le Contemplàte

0 Dieu! qui me Toutes ces futures merveilles, Toy seul à qui , pour mon devoir, J'offriray les fruits de mes veilles, Accorde-moy par la bonté La gloire de l'éternité, Afin d'eu couronner mon ame; Et fsy qu'en ce terrible jour Je ne brusle point d'autre flame Que de celle de ton amour.

Et vous, dont les discours sont tels, Accompagnez des bons exemples, Que par leur fruit les vrais autels Triomphent de tons les faux temples; Vous, dis-je, à qui j'escry ces vers.

Où dans la mort de l'univers Un haut renom s'immortalise , Vneillez estre leur protecteur, Et permettez-moy qu'on y lise Que je suis vostre adorateur.

L'ANDROMEDE*

iéi&nkub, frère unique du Roy*.

e ardeur nouvelle ir jusqu'au sommet f Où li Huée qui m'appelle g La guirlande me promet,

Il me plaist que mou génie,

Dans cette douce manie,

Chante aujourd'hui pour les dieux

La fable presque estouffée

De la Alla do Cephée,

Qui luit maintenant aux cieui.

Digne frère d'un monarque

Dont les armes et les lois

Sauvent des mains de la Parque

L'honneur du sceptre gaulois ;

Noble sujet de l'histoire ,

Grand héros, de qui la gloire

i . Sus parler de fAndremiic da Racan, ou de la tragédie ■ machines de P. Corneille [i 65 o), je «tarai, dans les Tapitteria *i peintura pottiqua du P. Lemoine , une pièce sur le même sujet (V. la notice sur Saint-Amant) .

s. Il s'agit id de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Le titre habituel du frère du roi, c'est Montiexr. On appeloit Mo—tte*nr, absolument, le Dauphin ou fils aîné du roi.

L 'ANDROMEDE

N'entrera point au cercueil, Et par qui dans cet empire La vertu seule respire L'air d'un gracieux accueil;

Prince, à qui les destinées Ont tissu de filets d'or Les plus illustres années Dont le temps face thresor, En attendant que ma plume Dans un précieux volume Vous monstre à tout l'univers , D'une faveur nompareille , Grand Gaston, preslez l'oreille Aux doux accens de ces vers.

Le jeune et vaillant Persée , Aussi visite qu'un esclair, D'une aile au vent balancée Fendoit le vague de l'air, Lorsque la triste Andromède, Sans espoir d'aucun remède A la mort qu'elle attendoit, Se deacouvrit à sa veue D'autant de beauté; pourveue Que sa mère en pretendoit.

Là , pour expier le crime Qu'un autre avoit perpétré , Et que jamais on n'exprime Qu'on n'en ait le cœur outré, Celte vierge infortunée, Au pied d'un roc enebaisnée, Offrait son corps i Thetis , Et devoit , sans cet Alcide , Saouler d'un monstre homicide Les furieux appelis.

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L'Andromède.

Ses parées , un peu loing d'elle , De longs cria perçane les cieux , D'une passion fidelle Dem and oient secours aux dieux; Etvoyans, à leur prière, Par cette vaste carrière Ce hardy prince voler , Croyoient que ce fust Mercure Qui fendist U Que obscure Pour les venir consoler.

Aux charmes de ce visage , Où deux astres esclaltoient, Il pensa perdre l'usage Des plumes qui le portaient; Et peu s'en fallut que l'onde , D'une œillade vagabonde Contemplant cet amoureux , Ne luy vist , comme un Icare , Noyer en son sein barbare Sea désirs trop généreux.

Enfin, r'appellant son ame De ce long ravissement , Devers l'objet qui l'entlàme Il s'abbaisse doucement; Puis, imprimant sur l'arène D'une allure autre qu'humaine La distance de ses pas , Plein de respect il s'approche De l'impitoyable roche Où l'on voyoil tant d'appas.

Ce chef-d'œuvre de nature, Ce miroir de chasteté, Qui mesme en cette posture Obeervoit l'honnesteté ;

L'Andromède.

Cette innocente victime, Qu'un oracle illégitime Vouoit à ce triste sort , Eut soudain , à sa venue , Plus de boute d estre nue Que de crainte de la mort.

Aussi la pudeur atteste Que , sans ses fers inhumains , Sur son visage modeste Elle auroit porté les mains, Et qu'à l'heure on vît les roses En ce beau visage escloses Prendre la place des lis, Qui, sous cette aymable boute.

Dont l'honneur tait tant de conte , Furent presque ensevelis.

Cette pudeur virginale , Luy rendant le teint pareil A la clarté matinale Qui devance le soleil, Jointe aux pitoyables charmes De son poil baigné des larmes Qu'on lu; voyoit espancher , Garda qu'elle ne fut prise Par ce beau nepveu d'Acrise, En tel lieu , pour un rocher.

Il est bien vrayque sans peine Il auroit pu desjà mieur Sortir d'une erreur si vaine Par les rayons de ses yeux ; Hais , quoy qu'ils fissent paroistre.

Ne pouvoit-ce pas bien estre Quelques diamants aussi , Qui sur la roche natale

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L'Andromède.

D'ailleurs estoit-il croyable , Et pou voit-on concevoir, Qu'en un climat effroyable Rien de si doux se peust voir?

Ny qu'au milieu de l'Afrique A qui le chaut qui la pique Noircit niesme jusqu'au gang , Parmy des visages sombres Où les corps passent pour ombres , Il s'en trouvast un si blanc?

Pendant qu'il la considère , Bien que la discrétion En tous ses regards modéra La trop libre intention , Elle pleure, ellesouspire, Tournant en bas , sans rien dire , Ses yeux de honte animez; Et pense, au dueil qui l'emporte.

Se cacher en quelque sorte Quand elle les a fermez.

Quelle influence perverse , Luy dit-il , plein de pitié , Dessus voslre leste verse .

Sa cruelle inimitié?

Dites-nioy quelle fortune Ose vous estre importune , Beauté dont je suis espris ,

Sous quel nom on vous adore ,

Si vous n'estes point Cypris.

0 cieux ! quelle barbarie 1

Quel exécrable attentat !

■ ,GoogIe

L'ANDROMEDE

Quel démon, quelle furie

Vous a mise en tel estât?

Helas ! pourroit-on bien croire Que celle de qui la gloire Serait chérie aui enfers , Et dont les beautez extresmes Captiveraient les dieux meaines, Fust maintenant dans les fers ?

A cette juste semonce Faite avec mille regrets, Elle ne rend pour responce Que gemisaemens secrets ; Hais son cœur en ce silence , D'une douce violence Faisant mouvoir son beau sein , Semble, tant ce poincl le touche.

S'en faseber contre sa bouche , Et s'enfler. à ce dessein.

Il craint qu'il ne Boit capable De faire croire, en effet.

Qu'elle puisse estre coupable De quelque horrible forfait ; Et pour prévenir le blasme Que peut engendrer en l'ami»

Un si dangereux soupçon, Après s'estre un peu forcée , Elle addresse au beau Persëe Sa plainte en cette façon:

— Qui que vous soyez , dit-elle , Que le sort guide en ces lieux , Soit de la race mortelle , Soit de la troupe des dieux ; Je dy le sort , non l'envie De Tenir sauver ma vie

L'ANDROMEDE

Du péril où je la voy , Car le Ciel m'est trop severe Pour penser qu'en nia misère On daigne avoir soin de moy.

Là, les sanglotset les larmes Interrompent ce discours , Et sa voix, pleine de charmes , En reprend aboi le cours :

Ne croyez pas que ces chaisnes Nefacent souffrir les gesnes D'un supplice mérité ; L'innocence vous oblige , En la peine qui m'afflige, D'en oujr la vérité.

La reyne d'Etîopie , Que ma mère , à mon malheur, Je dois nommer, quoy qu'impie , Est cause de ma douleur ; Sa vanité Fut bien telle D'oser se dire plus belle Que les Nymphes de la mer, Qui , pour venger cet outrage , Bfonstrent bien que leur courage.

Comme leurs Ilots , est amer.

Ces deïtez courroucées, Portans le ressentimeut De leurs beautez offencées Au delà du chastiment , Ont voulu qu'un monstre énorme , lin poisson d'horrible forme, Vint affliger ce pays, Et que mesme sur la terre Sa cruauté fist la guerre A uos peuples esbahis.

C.OO^IC

L'ANDROMEDE

Pour empescher ses ravages , Qui nous ont fait tant de mal , Et délivrer nos rivages D'un si funeste animal, Soudain l'oracle on consulte , On le prie en ce tumulte De nous vouloir secourir ; Hais sa fatale ordonnance Trop dure à ma souvenance , Ne parle que de mourir.

11 faut, dit-il , qu'on octroyé Par un tribut annuel Une noble Elle en proya A ce monstre si cruel.

Là ses mandements s'achèvent , Là mille plaintes s'eslevent Dont tout le temple frémit ; L'idole sort de sa place , D'effroy la lampe se glace , Et l'autel mesme en gémit.

En fin le sacré concierge Commande qu'on jette au sort.

Pour connoistre quelle vierge On doit livrer à la mort ; Et moy , l'unique héritière Presque de l'Afrique entière , 0 lamentable destin !

Las ! je suis la malheureuse Que cette loy rigoureuse Prend pour son premier butin.

Comme sa bouche plaintive Ce dernier mot prononçait , On voit bien loin de la rive Le monstre qui paroissoit .

■ ,GoogIe

i L'Andromède.

La frayeur reprend son ame ; Elle crie, elle sepasme Dans les bras du desespoir, Et le nocher de la Parque Croit que bien tost dans sa barque Son ombre se fera voir.

Le triste et désolé père , Arrachant ses blancs cheveux , Quoy que nulle ayde il n'espère , Redouble à ce coup les vœux ; Et la mère repentante, D'une main fiera et tremblante Voulant punir sa beauté , De son sang signe en sa joua Comme son cœur desadvoue Ce qu'a dît sa vanité.

Est-ce là tout le remède , Dit Persée , approchant d'eux, Que l'innocente Andromède Doit attendre de vous deux ?

N'avez- voue point d'autres armes Que les complaintes, les larmes, Les vœux et l'eetonnementî Et verrex-vous sans obstacle, D'un si périlleux spectacle Le tragique événement?

Non , non , je suis trop sensible , Et trop plein d'amour aussi :

A ma valeur invincible Laissez-en tout le soucy ; Seulement, en recompense Des maux où , pour sa défense , Je m'en vay me hazarder, Vostre foy me soit donnée

L'Andromède.

Que sous un sainct h jmenée Je la pourray posséder.

Que si le temps qui noua presse El ma généreuse ardeur Souffraient que de ma noblesse Je vous disse la grandeur, Vous sçauriez comme ce prince Dont le ciel est la province Et les dieux sont les subjets Est mon père véritable , Qui m'a rendu redoutable En tous mes fameux projets.

Vous sçauriez comme , pour guide N'ayant que l'aveugle amour, Ce monarque en or liquide Se coula dans une tour ; Que Danaé prisonnière En ceste estrange manière Dans sa couche le receut ; Et que , me faisant connestre , Je puis seul me vanter d'estre L'heureux fruiet qu'elle conceut.

D'ailleurs, si de mes victoires J'osois vous entretenir.

Vous en sçauriez des histoires Dignes d'un long souvenir :

Là , je vous ferais entendre Qu'en mon âge le plus tondre J'ai poussé dans le cercueil , Par les labeurs incroyables , Ces Gûrgonnes effroyables , Qni s'entreprestoient un œil.

Bref, vous sçauriez que Méduse Aux hideux crins de serpens ,

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54 L'Andromède.

Ha juste et mortelle ruse A sentie à ses despens ; Et s'il vous estait possible De voir son visage horrible Sans périr au mesme instant , Ha main serait toute preste De vous en monstrer la teste Que je cache en la portant.

Il se teut là , pour entendra Du triste roy, qui pteuroit , Qu'il avoit droit de s'attendre A plus qu'il ne requérait, Car, outre sa chère fille , Seul honneur de sa famille, Que l'on luy vouloit ester, Ses biens , sa personne mesme Et son propre diadesme Il le prioit d'accepter.

Muse , laisse la Persée S'appres ter à recevoir Ce monstre qu'à ma pensée Tes mystères ont fait voir , Et , tournant icy ta veine , Qui d'ardeur est toute pleine, Vers ce prodige des flots , .

Vueille si bien le dépeindre Qu'il se fasse encore craindre Aux plus hardis matelots.

Sa teste affreuse et superbe, Aux marques qu'elle portait, Du sang tombé sur de l'herbe Vivement représentait; Ses prunelles embrasées Ressembloient à ces fusées

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