‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 6 sur 86 · L'A K D R O M E DE · texte numérisé non relu

L'A K D R O M E DE

Qui foot leur effet dans l'eau , Et jettoient tout droil en lama A longues pointes de dame , La froide horreur du tombeau.

Tout ainsi qu'une baleine , Il avoit dessus les yeux Deux tuyaux qui pour baleine Soufflaient de l'eau jusqu'aux cieux Sa gueulle de crocodile Es toit un gouffre mobile ; La mer s'abismoit dedans, Et souvent sa langue noire Se dardoit entre l'ivoire Du triple rang de ses dents.

De mainte coquille dura Qui sur le dos luy croissoit, Comme d'une espaisee armure Sa peau s'enorgueillissoit ; Une espouventable queue Moitié jaune et moitié bleue Luy tournoyoit sur le corps , Et par fois , en frappant l'onde , Sembloit menacer le monde De ses merveilleux efforts.

Ses pieds , qui du vieux Nereo Sillonnoient les vastes champs , Dans cette plaine azurée Ficboient des ongles trenchnots, A le voir sur l'eau s'estendre , Sa grandeur l'auroit fait prendre Pour un vaisseau renversé , Ou pour quelque isle flntante, Ainsi que ta Grèce chante Qu'elle en vit au temps passe.

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Les vagues, d'horreur esmeues, Autour de luy blanctaissoienl ; Los airs, se couvrans de nues.

Le jour en obscurcissoient; Le ciel en suoit de crainte La terre en estait contrainte D'esbranler ses fondemena ; Bref, une flore tempeste , A l'aspect de cette beste , Troubloit tous les elemens.

Comme aux lieux où Mars domine , Pendant quelque horrible assaut , Une foudroyante mine Emporte quelqu'un eu haut :

Tout de mesme en cet orage , De l'ardeur de son courage Persée estant emporté , Haut sur le monstre s'eslance , Aussi tost comme il s'avance Vers le butin soubaitté.

Il fend l'air la main armée D'un coutelas flamboyant; Sous luy, la beste animée , S'enfle et gronde en le voyant.

Elle court , la gueule ouverte , D*où sort une eBcume verte , Après l'ombre du guerrier, A qui , de cette entreprise , La Gloire , en son ame esprise , Offre desja le laurier.

Tel que descend le tonnerre Sur quelque arbre audacieux , Qui , de la part de la Terre , Semble défier les Cieux ;

L'Andromède.

Tel , en fureur, il se jette , Plus viste qu'une sagetle , Sur son ennemy cruel , Et d'une profonde playe , Courageusement essaye A terminer ce duel.

Le monstre, tout en désordre Du grand coup qu'il a receu , Saute après lu y pour le mordre , Mais son espoir est deceu.

Alors la Nue, irritée De se voir ainsi heurtée, Se ramasse en tourbillons; Puis, soudain, quand il retombe, La mer, qui sous luy succombe , Pirouette à gros bouillons.

Tantost jusqu'au fond d'un gouffre La rage le fait plonger , Tantost les peines qu'il souffre Hors de l'eau le font nager.

Il s'arreste, il se tourmente ; La douleur qui s'en augmente Luy fait pantbeler le flanc ,

Et par sa mortelle atteinte

L'onde d'alentour est teinte

De venin meslé de sang.

Toutes ces costes résonnent

De mugissements affreux ,

Les Dieux marins s'en estonnent

Dans leurs antres les plus creux.

Ce bruit, venant en l'ouye

D'Andromède esvanouye

A soy la fait revenir;

Ses fers à demy se lascbent,

L'Andromède.

Et l'on diroit qu'ils se tachent De la pouvoir retenir.

En 1» peur qui délibère De la vaincre à cette fois , Elle croit que de Cerbère Ces longs cris sont les abois, Alors , pensant estre morte , Sa frayeur devient si forte Qu'elle n'ose ouvrir les yeux, Tant la cbetive aprehende De voir l'infernale bande Remplir de spectres ces lieux.

Durant tout cela , Persée , D'un effort impétueux, Redonne à teste baissée Sur le poisson monstrueux, Et, luy perçant les entrailles, Malgré ses dures escailles , En ce martial esbat, Son bras en deux coups achevé Ce qui défaut à son glaive Pour triompher du combat.

Hais afin que la mémoire En dure éternellement, Et qu'on chante sa victoire Par tout solennellement , Heu d'une louable envie, 11 veut , avant que de vie Ce monstre soit despouillé , En laisser des marques telles , Que de les voir immortelles Le Temps soit esmerveillé.

Lors, de la fatale teste A cet effet il se sert,

L'AhdroVbdb.

Aux yeux mourants de la béate L'opposant à descouvert.

Aussi tost en cette place Un certain esprit de glace Lui gaigne et fixe le corps , Augmentant ainsi le nombre Des rochers qui de leur ombre Couvrent la mer en ces bords.

Toutefois de sa figure Rien n'est métamorphosé; Elle en garde la structure, Et l'on en est abusé :

Car d'abord le plus habile , De ce qu'elle est immobile , S'esbayt plus à la voir Qu'il ne feroit en soy-mesme Si, par un miracle extresme, Il la voy oit se mouvoir.

Lors , comme sur un trophée , Le vainqueur se mel dessus ; Les regards du bon Cephée Soudain s'en sont appercus ; 11 en saute d'allégresse.

La reine, à ce signe, adilreese Sa course en haste à l'escuei).

Elle en aaseure Andromède; Hais l'erreur qui la possède Luy fait tousjours fermer l'œil.

Encore que de sa mère Elle entende lés accents, Et que cette voix tempère L'ettroy qui trouble ses sens, Elle pense estre trompée , Ou que de Cassiopée

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> L'Andromède.

Le destin est racourcy :

Car, ayant commis le crâne , La raison veut qu'elle estime Qu'elle en est punie aussi.

Est-ce vous donc, o chère Ombre T Dit-elle en ouvrant les yeux.

Vais quoi! dans l'Averne sombre Voit-on la clarté des cieux?

Je m'abuse, poursuit-elle.

O dieux ! sons vostre tutelle Mes jours ont donc esté mis?

Il est donc vray que la vie Ne m'a point esté ravie, Et que vous m estes amis?

Ouy, ma fille , il le faut croire , Dit la mère en l'embrassant ; Vous en devez rendre gloire A leur secours tout puissant.

Un d'entre eux, en forme d'homme, Que tout l'univers renomme , A daigné vous assister :

C'est celuy qui sur la nne , Par une route incognue , Nous est venu visiter.

D'une valeur sans seconde Le Monstre il a combattu ; Ce cruel tyran de l'onde A Seschi sous sa vertu, Sous l'effort de son espée Son audace est dissipée , Rien ne l'en a garanty ; Et mesme on croit que Neptune, Touché de vostre infortune, A sa mort a consenty.

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L'Andromède.

. Au reste, o bonheur estrange !

Cet admirable vainqueur Dessous vos beautez se range , Et vous veut donner son cœur.

Amour, dont nul ne s'exente , Tout ainsi qu'il le présente Dit qu'il l'accepte pour vous .

Vostre bon père l'approuve , Et, quant à moy, je le trouve Aussi juste qu'il est dous.

Ainsi cette belle reine La princesse entrelenoit , Pour chasser du tout sa peine, Tandis qu'on la cl es ch ainoit.

Ces mots lui flattent l'oreille, Une douceur nompareille L'engage à de nouveaux fers, Et son ame en fin se noyé Dans une discrette joye Des biens qui luy sont offerts.

Cependant qu'elle s'habille D'un précieux vestement , Qui semble, à l'or dont il brille, Parler de contentement , Le Roy, tout transporté d'aise , D'autre part baise et rebaise La main de son défenseur, Et d'un cceur loyal ordonne Que d'elle et de sa couronne

Isoit fait le possesseur.

De vouloir icy décrire Les propos longs et charmans Qu'a l'abord se purent dire Ces beaux et parfaits amans,

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L'Andromède.

C'est une chose où la Muse, Se trouvant toute confuse, N'a point d'assez hauts discours :

Il suffit qu'un b y menée , Malgré le jaloux Puisée , Récompensa leurs amours.

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