Canna, petite ville de Provence située sur le bord de la
mer, vis-à-vis des isles de Sainte-Marguerite et de Saint-Ho-
se Gibraltar. 307
Sous celte nation haie Jette maint cry sourt et dolent , Et la pauvrette est esbiie De voir nostre secoure si lent.
Son cher amy Saint Honorât, Triste et confus en fait de inesme, Et sa joue en ce dueil eitreame Change en pâleur son nacarat; Il souspire , il pleure la perte De sa haute couronne verte1 Que le noir autan reveroit, Et que l'œil du bleu Belioerte Depuis centlustres admirolt.
0 saint honneur des flots marins ! 0 belles isles soliteres , Où vescut sous des loix austères L'Anachorète1 deLerins!
Encore un peu de patience ; Certes, nous faisons conscience De vous laisser patir ainsi , Et des-jà par la prescience Je vous voj franches de soucy.
Je voy desjà dessus vos bords , Trempez de vagues espandues, Des meschans qui vous ont tondues Nostre foudre razer les forts ; Et bien qu'une horrible (empeste ,
i. Courante tertt, pour ce bols couppé par les Espagnols dont j'aj parlé cj-devant. (S.-A.)
a. L'mecharcte, etc. : S. Honorât, et depuis S. Vincent, tous deui nommez de Lerius, du nom de l'isle, dans l'histoire de ProTence. (S.-A.)
3o8 Le Passage
S'eslevant icj dans ma teste, Rompe nostre premier assaut , Au second chocq ou l'on s'appreste Les Yeillacques ' feront le Mut.
Eu cet orage furieux , 11 semble desjà que Neptune Tasche d'exciter la fortune Contre un dessein si glorieux; On que , pour faire au ciel la guerre , Les Tritons , faschcz du tonnerre , Entassans monts sur monts Ûotans , Vueillent qu'aussi bien que la terre La mer fasse voir des Titans.
Ha ! le coup de vent est passé ; Je voy desjà. les ondes calmes , Et nous allons cueillir les palmes Du bardy projet commencé :
DesjàHenry, ce bravo prince, Contre Miguel * , qui les dents grince , Fait voguer la mort et feffroy; Et jamais la sainte province Me vit mieux faire aGodefroy.
Il vainc-roi t un autre llion :
C'est un Roland , c'est un Hercule ; L'Espagnol devant luy recule Comme un chien devant un lion.
Au seul aspect de aa chalouppe Qui le sel liquide antre-couppe ,
i. rriftKfKM, Espagnols. (S.-A.)
i. Do* Miguel Pcrei, gouTemeur de llsle Saiute-llargaeriu
pour le roj d'Espagne. (S.-A.)
3. La Terre-Sainte, conquise par Godefrov de Bouillon, un des ancêtres dn eomte d"Harconrt.
SB Gibraltar.
le voy trébucher le Fortin * , Et sur une petite crouppe Transir Montera? * le mutin.
0 ! comme en ce cbocq périlleux On fera peter le salpestre !
Qu'en l'Orque on envoyra bien pestre Ces matamores orgueilleux , En l'espouven table descente Qui noua trace au ciel une sente !
Ile auront beau se rebiffer, Il faudra que leur œil consente A voir nostre bras triomfer.
Là, le rebec je quitteray Pour mettre la main à la.serpe ; Là , laissant pour Jîelloune Euterpe , Les plus maurais je frotteray; Puis aprei , comme un sire .Orfée , Ayant la cervelle es chauffée Du fumet si doux à Bacchus , Je celebreray le trofée Basty des armes des vaincus.
Hais c'est assez pronostiqué , L'advenir à moy se referme ; Le dieu me quitte et pose un terme Au discours sous luy fabriqué.
Revenons à nostre passage , Et qu'on m'estime ou foi ou sage , Tinipanisons-le d'un mesme air, Suivant Doris au gent corsage , De l'une jusqu'en l'autre mer.
i. Fortin , petit fort fait par les Espagnols su l'isle Sainte -Marguerite. (S.-A.)
i. Xonterey, autre fort en ladite islfl. (S.-A.)
o Le Passage -
Son bras, d'un mouvement adroit , Fend devant nous l'onde azurine:
C'est la Calioppe marine
Que j'ay choisie en cet endroit.
Ses sœurs , ces aymables pueelles , Sortant de l'eau jusqu'aux aisselles , Chantent nostra futur bonheur, Et font à nos moindres nacelles Quelque caresse ou quelque honneur.
L'une, avecques ses" beaux yeux vers , Sousrit, se hausse et me regarde; L'autre , ensemble douce et hagarde , Plonge ses trésors descouvers ; L'autre , d'une brillante gloire , Fait flotter sur le mol yvoire L'or de son poil délicieux; Et l'autre, de sa tresse poire.
Couronne son chef gracieux.
Les Tritons, aussi mal taillez , Qu'elles sont comtes * et jolies , De mille agréables folies Chatouillent mes sens es veillez ; Là, l'un , qui de souffler se tue , Embouche une conque tortue Au lieu d'un cornet à bouquin , Tandis que l'autre s'esvertue A faire icy le Hariequin.
Ds nagent , ils dancent autour Des belles filles de Nerée ; A voir leur façon altérée, ■
C.OO^IC
de Gibraltar. 3ti
Je pense qu'ils bradent d'amour ; Le démon de la convoitise An fond de leur poitrine attise Un feu qui vit mesmo dans l'eau ; Mais, de peur de quelque sottise, Disons icy : Muse, tout beau .'
0 quel Tain orgueil nous voyons!
Ces deux caps ' qui les deux esborgnent Sans se remuer s'entre- lorgnent Ainsi que deux béliers coyons.
Vrayment , leur kscheté me pique; Europe, va choquer l'Afrique, Ou tire tes guestrespius loing:
C'est trop s'entre-faire la nique Sans en venir aux coups de poing.
Hais que nous voicy bien deceus !
Les vaisseaux de ces bords paisibles , Se sont de peur faits invisibles Si tost qu'ils nous ont apperceus :
L'espoir de cascades1 nous paye; Une vive et flottante hâve Nous devoit deffeodre le pas.
Et cependant en cette baye L'ennemy ne se montre pas.
Je croy qu'aujourd'huy sur les eaux Les nefs de Casûlle , alarmées , Par grâce ont esté transformées En autant de vistes oyseaux ; Je croy qu'en leur forest natale ,
i . Cep », pointes de terre qui s'otanceul dans la mer, autrement dits fnmtnMTtt. (S.-A.)
s. Bourde, défaite, mystification. ■ - ■ Voy l'origine de ce mot dans Fureticre.
is Le Passage
Craignans leur ruine totale, Elles se sont allé cacher, Et que nostre valeur fatale Les j fera long-temps jucher.
Ainsi, mais d'un autre moyen ,
'• La bonne femme Berecinte , Par une favorable quinte, Sauva les barques du Troyen.
Il les vit proche des arènes S'esbatre en forme de Sirènes Et sur le flanc, et sur le dos, Où , pen devant, de leurs carène» , Elles avoient tranche les flos.
Nous voicy tantost arrivez Vis-à-vis de Calpe et d'Abile, Dont la bouche en contes habile Vante les faistes eslevez.
Voilà l'une et l'autre colonne ; Icy règne une gent félonne D'Alarbes traistres et brigans , Et là vit celle que Ballonne Enfle de complots arrogans.
Il faut, il faut les mettre à sac Ces deux bicoques adversaires ; Allons, en diables de corsaires, Réduire leur faste au bissas; Donnons dessus leur fripperie D'une tonnante batterie , 0 braves et hardis nochers !
Et faisons voir avec furie Des vaisseaux douter des rochers.
C.OO^IC
de Gibraltar.
La jeu ne faut pas la chandelle, Et rien ne paroist sur le port ; Ce trou, ce poulier maritime Est une trop basse victime Pour la mousche qui nous espoint, Et puis je De fay nulle estime Des Tilles qui ne fument point.
Qu'y ferions-nous , mon cherFaret!
Nous n'y trouverions rien à frire; Et c'est bien là qu'on pourrait dire : Et pas ud pauvre cabaret1 !
Jamais broche n'y connut atre :
Le monstre etiqueau front de plâtre Eu exclut tous les banqueteurs ; Bref, ce lieu n'est pas un théâtre Convenable à nos Sers acteurs.
Icy ma verve cessera :
Fendons la Méditerranée ;
Nous n'y combatrons que du vei 0 l'agréable et douce guerre ! Qu'elle rend les cœurs esjouys !
Adieu le fort, adieu la terre, Et vive le grand roy Louys !
Kous citerons une exception bien rare en notre temps. A Pr£~ faillei , en Bretagne , on chercherait en vain une auberge hors de la saison des bains de mer.
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KVSgM aint- Honorât et Sainte-Marguerite , .
reÈkNçSÏ N'est- il pas temps que ces faschem voisins , H^BkMi A demy juifs , à demy Sarrasins , W>r^Se Quittent vos bords et gagnent la guérite ?
Nous sçavons trop ce que leur foy mérite Pour vous placer entre leurs grands cousins ; Bazez leurs forts , bruslez leurs magasins : De leur orgueil tout le monde s'irrite.
Vostre beau bois ' qui montoit jusqu'aux cieuz , Jadis si frais, si délectable aux veux, La cime à bas semble crier vengeance ;
Et vos autels, à la guerre employez, Vous blasmeront de quelque intelligence , Si de là-haut vous ne les foudroyez.
i. Sur ce beau bois, dont je ne me pois tenir de parler, et que j'avois veu quelques années auparavant, que j'y passaj en allant a Rome sur les galères avec feu monsieur le raareschal de Crequj. (S.-À.)