‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 58 sur 86 · Un an · texte numérisé non relu

Un an

3a4 L'Avant-Satire.

Et si tost qu'à restrier mon pied je veux offrir,

Il trémousse, îl regimbe, il se cabre, il (empeste,

Il me tourne la crouppe, il fait enfin la beste ,

Et je voy, non sans peur, de mes yeux estonnez,

Que de mainte ruade il me friie le nez.

Il faut bien, 6 Pbebus ! que durant mon absence,

Depuis cinq ou six mois, d'une injuste licence,

Quelque rimeur de baie1, impertinent et vain.

Quelque enigmatiseur, quelque sot escrivain,

Ait osé le monter, ou qu'en le menant boire

Dans le sacré ruisseau des Filles de mémoire,

Quelque anagramatiste, en guise de valet,

L'ait rendu par ses mains plus quinteux qu'un mulet !

Si tu l'avois permis, beau sire, je te jure Qu'aux coursiers de ton char je.ferois quel qu'injure , Et qu'en les descrivant je les despeindrois tels, Qu'au lieu d'avoir le nom de chevaux immortels Qui sur un champ d'azur, faisant leur course ronde, Promènent l'or qui brille aux yeux de tout le monde, 11 n'est point de mazette entre Paris et Can*, De piètre haridelle, opprobre d'un encan, De traisneur de fumier, de fange et de gadoue, Qui ne les iocagast , qui neleurflstla moue, Et ne crusticy-bas leur pouvoir disputer La gloire que là-haut Us veulent emporter. Mais je me plains à tort , mon soupçon est un crime : Tu ne l'as point souffert, grand autheur de la rime 1

i. Le rimeur ie Mie, c'est le rimeur de pacotille. Cette locution est trëB usitée au X¥ II" siècle. Sconon, dans une fort belle pièce, sérieuse et digne , intitulée Cent quatre tert contre ceux qui foui jtfieer leun libella diffamatoire! tout le nom tfautruf, l'a employée, ainsi que Molière dans let Femmes itvanlei : AU», rimeur do bille, opprobre du métier!

i. Cara.

L'Avant- Satire. 3aJ

Ces petits messieurs- là ne grimpent point icy. Ils ne sont point piquez d'un si noble soucy. Et quand ils le vouilroient, en leur folie extresme, Plustost ce double mont, s' arrachant de soy-mesme, Trebucheroit but eux, et, tombé plat et net, Feroit à leur caboche un horrible bonnet. D'où luy peut donc venir cet «étrange caprice 1 Ha! je le reconnoy, c'est manque d'exercice : 11 ne fend plus de l'air le vague précieux , Et le trop de séjour l'a rendu vicieux ; Ou bien, fasché de voir que ma verve sacrée Ne se sert plus de luy quand elle se recrée , Que je quitte Helicon pour Horeb et Sioa, Où la loy formidable aux Hébreux se donna ; Que pour la vérité je laisse le mensonge , Il me veut tesmoigner le despit qui le ronge, Et me faire conoestre en son frémissement Les bizarres transports d'un vit ressentiment.

Tout beau, Genêt1, tout beau, r'enguaine ta furie; Si je t'ay négligé, si de la raillerie J'ay depuis quelque temps mis en oubly les jeux, Pour me sentir le chef pesant, froid et neigeux. Je t'en requiers pardon, et la marote en teste Je veux, comme l'on dit, remonter sur ma beste, Dulotizer1 en diable, et d'un ton libre et gay, Tout cygne que je suis, faire le papegay *.

Or sus donc, à cbeval ! j'entens le bruit d'un verre Qui, heurtant contre un pot, me r'anime à la guerre, Non de la martiale, où le sang est versé , OÙ pour l'amour d'autruy, de mille coups percé,

■ . Gnt J, cheval d'Espagne. Pégase.

s. Voy. une note sur Dulut, ci-dessus, p. 3i3. 3. Perroquet. — On disoit aussi papegaolt. On connott 1 confrérie des papegaults.

3aG Les Pouryecs

Le malheureux soudait mesure et mord la poudre :

Je lny baise les mains, je n'en veux plus descoudre;

Mais de la satirique, où l'on mord plaisamment,

Où l'on verse à flots noirs de l'encre seulement,

Où la plume est l'espée avec quoy Ton s'escrime ,

Où de joyeux brocards la sottise on reprime,

Bref, où ceux que l'on blesse, an lien de s'en (ascber,

Sont pour leur propre honneur contraints d'en nocher.

Page 1