‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 66 sur 86 · L-.008IC · texte numérisé non relu

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Epistre. 35i

Qui de vray gros me ravira te titre, Et l'effectif, l'aymable Saint-Laurens1, Pareils en mœurs , en taille différons, Que je chéris, quej'eslirae, qnej'ayme, Et I'ud et l'autre, à l'esgal de moy mesme , Par friandise en léchèrent leurs doigts , Et ta santé s'y but plus d'une fois.

Sois donc soigneux de satisfaire aux masses Que tes amis font à tes bonnes grâces. En attendant que j'aille quelque jour Choquer le verre en ton noble séjour ; Car je veux joindre, auprès de ta cuvette, Le vin de Grave aux huistres de gravette ; Je veux enfin, voir ton qnay spacieux , Ton large fleuve aux bords délicieux, Ton beau cfaasteau , ton grand port de la Lune Qui pour couronne a mainte riche hune , Ta belle ville où mon corps ne fut onc , Tes capdebious1 qui dardent un : Et donc ! Boullent les yeux, s'embaument les moustaches D'oignons et d'aux en guise de pistaches , S'arment le Banc de quinze pieds de fer A chaque pan font tressaillir l'enfer, Morguent le ciel et, haussant les espaules, Semblent tous seuls estre l'appuy des Gaules , Et d'un regard , d'un penser seulement, Devoir remplir la mort d'estonnement.

Mais açaia-tu bien, de ces beaux morte-payes Ne pense pas m 'aller faire deux hayes

i. Saint-Laurent a bit précéder d'un avant-propos de 4 pages la première édition des Chevilles te maître Adam, Piris, Quinet, i644,in-4.— Voy. Daniel de Cosna^IMmoIrts.passim.

3. Les vers qui suivent rappellent les matamores si plaisamment mis ea scène par Corneille et par Cyrano de Bergerac.

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35s Epistrb.

Pour recevoir mon illustre embonpoint; Son gras honneur n'en veut ny peu ny point. Armes à part, je crains la salve en diable; Quelque estourdy, enidant m'estre agréable , Pourrai t d'un coup me noircir le museau , Ou de ma rie achever te fuseau , Et puis après croiroit eu estre quitte Pour a'escrier d'une voii interdite :

Perdon , quauqu'autre a cargat lou mousquet * ; Et cependant j'aurois eu mou paquet.

Fay mieux , Baron , fay que de ta cuisine La batterie effrayant la lésine , Sorte en parade au devant du bon Gros; Fay qu'un chacun se saisisse de bros , De poislons clairs, de lèchefrites noires, De pots , de grils , de broches , de lardoires , Et dlnstrumens qui sur un air connu Chantent tout doux: Tu sois le bien venu! Ordonne encor, pour accomplir la fente , Que ton Champagne un tel morceau m'apreste Qu'estoit celui dont aveeques splendeur, Ha muse a peint et le goust et l'odeur. Et sur lequel , sous le tan qui ta pique , Elle a pensé faire un poème épique , Car, en sa fougue , et qui la pousseroït , Sur un ciron un livre elle ferait.

C'est trop ; adieu, je te baise les pattes Dont, plein de soins, bien souvent tu te grattes. Depuis le jour qu'embrené d'Espagnols , Mis dans ta cage ainsi que rossignols , Tu fais le guet et voy ta bource en peine De leur fournir, non d'eau pure ou de graine , Mais du meilleur que Bacchus et Cerés

i. Pardon , qoelqu'autre a chargé le

Epistre.

Facent tirer des monts et des guerote , Soutire qu'icy le cher et gris Poyane', Qui point n'en dort du vcspre i la diane, Soit de ma part salué comme il faut; Et si ma plume ose voler plus haut, Si le bon-heur quelque chemin t'en fraye, Présente au duc, au noble ssinct de Blaye1, Pour ton variet, cent Cois plus d'humbles vœux Que sur ma teste on ne voit de cheveux; Puis à la Bn, m'applaudissant en prose,' Dy qu'il mit bon me donner quelque chose ; Préns en gré l'œuvre, et j'espère qu'en vers Ton nom, par moy, vivra jusqu'aux pois vers.

vrai gendarme, dit Tallemant, qui battit un jour HUa du Tillet, belle-eœurdu président Séguier. Cette lutte ainspiréaSigogne sa pièce du Combat tfUrHtt et Ptrreiit , dans la a* partie du Cabinet MffrffM. Matin a lait a cette pièce une réponse qui

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SONNET

t. uand je la voy, cette gorge yvoirine ft Où l'oy seau -dieu sourent se va nicher, 9 Comme un goilan qui sur quelque rocher f fait ses petits au bord de la marine; Quand je la voy, cette main qui burine D'un trait aigri ce nom qui m eit si cher, Dessus mon cœur, j'ars*, ainsi qu'un buscher, D'un feu qui plaist à ma gente Corme.

Son poil , son œil , son tant aymable ris * Accompagné d'un gracieux devis , Plonge mes sens dans un doux fleuve d'aise ;

Et quand je songe à tout le demeurant Que sous sa robe en mon ame je baise , De trop d'amour j'expire en soupirant.

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ur udb mazette à quintaine Que je fouette comme un sabot , y. Au détriment de mon jabot, S Je coure icy la prétantaine ;

Ceux qui me trouvent en chemin

Pensent que quelque parchemin

M'appelle à cette diligence.

Hais ils ne s'y connaissent pas ,

Car toute mon intelligence

Ne tend qu'aprez un grand repas.

i. Cette epigramme, gui s'applique si bien a la gravure représentant M ontmaur à chenil en quête d'un dîner, a été oubliée par Sallengre dans son Histoire de Pferr* it Moslmttr (La Haïe, 1716,1 vol. in~g). C'est la traduction libre de cette épigramme qui se trouve dans le premier volume, page 1 75 :

/» Petrwm Mmlttauram partuito-gnmmlletm.

Hic . qiicm IsgaMm osroilii. bomimra loogum Lilen cibltli cïlcibui faligintem, Non *il paironni propen» là forum Undcu : Nod miiniopi «scum Imhiani aigiltralnin... Hen podaaefai. nu.o quidtm. Quii M «foi Puaiiiiu id convivium Ire ftiUaim.

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EPISTRE HEROI-COHIQUE

A Monseigneur le Dec d'Oklkaws, lors que Son A liesse ettoil au siège de Gravelinet.

fjg»***} andis, Gaston, qu'un beau désir de gloire SH KÏÏ Te porte aux coups , t'anime et te fait boire, wg Ht Chaud comme braize et parmi cent périls wSimSK f'un Dl>ir breuvage enclos dans des barils Non de merrain , mais d'un métal qui tonne , Qui fume, esclaire, siffle, crache et donne Au plus hardy quelque attainte d'effroy , SU n'a le cœur aussi ferme que toy ; Tandis qu'arme tu fais réduire en cendres Le dur pourpoint des bastions de Flandres , Et que tu vois secouer le jarret A maint soudart comme à quelque gorret, Qui crie au meurtre et se demeine en diable, Quand le tranchant d'un fer impitoyable Le sacrifie à l'honneur d'un festin , Et pour la gueule esgorge son destin ; Bref, cependant que de ta large bource Tu fus couler ainsi que d'une source Un long ruisseau de qui les flots dorez Charment la soif des drilles altérez , Ton gros Virgile , ayant au poing le verre , Fait mille vœux au démon de la guerre Pour ton salut et ta prospérité , Et jour et nuict s'empifre à ta santé.

Ha! royal Duc , si sur tes riches armes Quelqu'autre Alcîne experte aux plus grand charmes,

Epibtre. Avoit redit des mots aseez puissans - Pour te sauver des boulets mugissans ; Si par sa main ton corps à toute espreuve Avoit esté plongé dans quelque fleure Qui l'eust pu rendre invulnérable aux coups , Que mon sommeil en seroit bien plus doux 1 Mais la terreur de quelque aigre nouvelle Tousjours m'agite et me tient en cervelle, El la Gazette , aux ailes de papier, Jamais ne vole autour de mon clapier, Qu'en la voyant je ne me la figure Un triste oiseau de mal-heureuse augure , Qu'un chant fatal je ne craigne d'ouir , Et ne me trouble au lieu de m'esjouir.

Vrayement, Achille et toute la cohorte Des vieux guerriers fabriquez de la sorte Bien à leur use entroient dans les estours , Ou d'une place alloient morguer les tours ; Vraiment César, Alexandre et Pompée , Qui se faisoient tout blanc de leur espée Dans les assauts , pour un rempart esmus, En ce temps-cy se verroient bien camus. Je voudrais bien que devant Gravelioes , Avec leurs traits, leur dars, leurs javelines , Ces beaux messieurs, en leur peau retournez, Comme nos preux vinssent montrer le nez.

Que diraient-ils en oyant cette foudre , De qui l'effort met les villes en poudre ? Sauf ton respect, GASTON , je ne croy pas Que leur valeur, bronchant à chaque pas , N'en fist glisser quelque secrète haleine Qui d'un vil trou jaunist l'obscure laine. Ou que du moins un pasle estonnement Dessus leur front n'apparus! laschement.

Quand je relia ce long et fameux siège

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358 Epistre.

Où le faux Grec prit le Troyen au piège;

Quand à mes jeux Tyr vient & repasser, Où test d'engins l'assaillant fit dresser ; Quand Alexie ' on me rameine en livre. Et tant d'exploits que la plume a Tait vivre , Il m'est advis qu'au prix de nos combats Je ne vo y rien que joustes et qu'esbats , Que jeux d'enfans , cbocqs de marionnettes Qui chantent clair leurs petites sornettes ; Que l'on meberse, ou qu'après maint rébus On m'es tourdit d'un conte debibus.

Tous ces béliers, ces bruyans catapultes , Dont les créneaux redoutaient les insultes , N'estoîeut que fleurs mis en comparaison Des fruits mortels de cette aspre saison. Les abricots, les grenades , les prunes, Que maintenant autour des demy-lunes On sert à Mars, sur sa table de Ter, ; En des bassins apportez de l'enfer, Sont bien d'un goust plus friand à la Parque Que les morceaux qu'un Vegece remarque Dans les banquets dont on la regalloit Lors que la flecbe ou le caillou voloit.

En ce temps-là, ces braves que je choque Estoient un siècle à prendre une bicoque : Car, en effet, quoy qu'Homère en ait dit, Ce mur sacré que Priam deffendit , Cet llion , ce grand sujet d'histoire , Qui par le feu vit esteindre sa glaire , One ne Tut digne en son haut appareil De déchausser le ebasteau de Corbeit.

En ce temps-là, dame Mathématique N'avoit point mis dans le monde en pratique ■ . Le fameux siège d'Alesia , sous César.

Epi&tre. 35g

Les derniers cours de sa dure leçon.

On se rassoit , mais sans trop de façon ; L'art de tuer estait bien plus commode: Chaque mutin en usoit à sa mode, Et la fureur, qui fait arme de tout , Prenant tantost des pieux bruslez au bout, Tantost des fléaux4, des pierres ou des haches , Tantost des plats eu guise de roadaches. Selon l'urgence ou le point debatu, Mettait au jour sa guerrière vertu.

Mais aujourd'hui la finesse homicide Fait qu'un pagnotte ose attendre un Alcide, Qu'il en triomphe , et , d'un roi de mousquet Le terrassant, l'envoyé au tourniquet.

Soit & jamais aux fiâmes condamnée L'inique main du second S&lmopée, Que l'Allemagne en nos siècles porta, Et dont l'orgueil le tonnerre imita Bien mieux que l'autre avec sa poix raisiné , Avec le bruit d'une horrible machine, D'un char de bronze A deux fois deux chevaux , Où, se flattant d'inutiles travaux, 11 pretendoiten sa folle arrogance, En son impie et vaine extravagance, Jetter ainsi de la poussière aux yeux A l'immortel qui tonne dans les cieui.

0,! que le monde est une estrange beste 1 Que d'arts maudits il tire de sa teste , Et qu'à son gré le sage en parle bien 1 Pour faire l'homme on ne scait qu'un moyen , Et Ton en sçait mille pour le défaire , Tant l'homme mesme est à l'homme contraire ,

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