L'HYVER DES ALPES
te*JtM| es atomes de feu qui sur la neige brillent, R CïSftï'"63 Mtlutel'es d'or, d'azur et de cristal &SM^f Ilont lliyver, au soleil , d'un lustre oriental **Œ98» Pare ses cheveux blancs que les vents esparpiiient;
Ce beau cotton du cieldequoy les monts s'habillent, Ce pavé transparant fait du second métal *, Et cet air net et sain, propre à l'esprit vital, Sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent.
Cette saison me plaist , j'en ay me la froideur ; Sa robbe d'innocence et de pure candeur Couvre en quelque façon les crimes de la terre.
Aussi l'Olympien la void d'un front humain ; Sa collere l'espargne, et jamais le tonnerre Pour désoler ses jours ne partit de sa main.
i. L'argent. L'âge d'or fat. suivi deltge d'argent.
ODE HEROÏ-COMIQUE
Pour Monseigneur le Piihcb, (or* Duc cCAnguien,
Son Aliène s'en retournant commander l'armée
d'Allemagne, Tau 1&J5'.
CffjS/SS t"8 1oe 'e brave doc D'&neniRK* Sfl ro£ Retourne encore en Allemagne , Kg EeS Noua l'alloue voir sri moins da rien WtfiLfKll Monter plus haut que Charlemagoe.
Il a desjà fait des eiplois Qui volent par toute la terre, Et dans l'honneur des beaux emplois 11 brille en fier astre de guerre.
Rocroy * l'a veu le glaive en main , Grand de cœur, d'adresse et de taille , Faire enyvrer de sang humain Le champ caché bous la bataille.
i. Voiture a tait une 1res longue épltre sur le mime sujet. — Voy. aussi les Vert ièrolqit* du sieur Tristan l'Henni te.
■>, Né en 1611 , le prince de Condé avoil alors vingt-cinq ans. Il porta le nom de duc d'Enghien jusqu'il la mort de son père, en 1646.
3. ■ François de Halo alla assiéger Rocroy (164a) avec ane très belle armée ; mais , ayant déclaré nn certain jeune seigneur portugais, appelé Àlnuquerque, gênerai de la cavalerie , (il) la déplu tellement (cette année), que, les François estant survenus, elle ne voulut pas faire «on devoir, nuis prit la folle.
Ode héroï-comique. 3g5
Tel qu'on voit on torrent forcer Ce qui s'offre à ses eaux rapides, Tel on l'a veu rompre et percer Cent gros de reisires intrépides.
On l'a veu , comblant tout d'effroy Par sa fureur jeune et guerrière , Ouvrir aux triomphes d'un roy L'honorable et longue carrière.
On a veu ce prince hardy Faire en ce lieu plus de ravages Que tous les lions du Hidy N'en font en leurs plaines sauvages.
La terreur, l'audace et la mort , Y marchoient devant la victoire ; Sa seule teste eo fit le sort, Et son seul bras en fut la gloire.
Fontaines, le vaillant goutteux1, Afin de périr i. sou aise ,
tellement que toute l'infanterie fut défaite par le due U'Angnien, maintenant prince de Condé. e (Partial, Hitt. it et liicle te f*r,p.4i7.) — Ce récit , peu Batteur pour le vainqueur, est contredit, on le aait, par Bossuet , dans l'oraison funèbre du prince, son ami. Selon lui , Condé aurait dormi la veille de la bataille ; mais le» nuits suivantes, selon LaCalpienède, il les aurait consacrées a la lecture de Cnin^ra : « Hou précèdent ouvrage doit sa plus grande réputation au bonheur qu'il a eu devons diierlir. On voua a veu plusieurs fois passer des heures dans la tranchée avec un volume de Caitenire, et tous arei donné II sa lecture une partie des nuits qui ont succédé a ces grandes journées que vous avei rendues fameuses par vos victoires. > (La CalprenMe au duc d'Anguien , BpUrt ifdicaloire en tite delà Cltof&trt, i" partie, i653.) — Voy. aussi Voiture, lettre CIL.
i. J.c marquis do Fuentès ou Fontaine», qui se fit porter en
3g6 Ode heroi-comique.
Loin de Melo', lasche et honteux , Y rendit l'ame dans sa chaise.
Albuquerque , au front des chevaux , S'en sauva plus viste qu'un lièvre, Et, fatigué de ses travaux , Six mois après en eut la fièvre.
Cependant l'illustre, Bourbon De qui je veux estre l'Orphée , Sur la bouteille et le jambon En ordonna le beau trophée.
Puis, pour recueillir l'ample fruit D'un coup d'essay si profitable, Il s'en alla, sans faire bruit ,
Assiéger un mar in don table.
Battre le fer tant qu'il est chaud
Est un des points de sa science , El son courage noble et haut Brusle tousjours d'impatience.
Il connoist qu'un moment perdu Ruine toute une entreprise , Et qu'au seul temps est souvent dû L'honneur de mainte belle prise.
. Aussi que n'a-t'il pas fait voir Par son ardente prontitude !
Mainte dite le peut scavoir.
Et c'est de Mars la fine estude.
chaise et assista malade fa la bataille. Boa l'Éloge de ce noble adversaire. . - ■ ■
i. Don Francisco de Melos «fut tellement decredilé, ditPariva], que Je roj fut contraint de le rappeler. »
Ode heroi-cokjqïïe, 397
ThyonviUe1, après le combat , Fut investy, fut pris au piège, Et jamais horrible sabat N'effraya l'air comme en ce siège.
Le fer que le bronze vomit .
En globes baatards de la foudre Tonna si fort qu'en bref il mit Les roches de l'enceinte en poudre.
La Mozelle en eut des frissons Dessous sa liquide simarre, Et les oyseaux et les poissons Firent gile s, ce tintamarre.
Enfin on heurta tant de coups Et re-heurts, de telle sorte , Qu'on vit la clef tourner pour nous Et d'elle-mesme ouvrir la porte.
Nostre vainqueur entra dedans , D'un air triomfant et superbe , Sur un grand barbe aux yeux ardans , Qui trespignoît sans gaster l'herbe.
L'or remasché de son beau frein S'ar gentoit d'une fresche escume ; Il prestoit l'oreille à l'airain Et hannissoit sous mainte pluma.
Il sembloit des-jà présager De Fribourg* la haute avanture ,
1. ThionriUe fut pris k la suite de ta bataille de Rocroy. — Voiture adresse sa CXLIV* lettre au marquis de Piiaoi, qui aTUii perdu au jeu, pendent le siège de cette place, tout son argent « son équipage de guerre.
9. Le baron de Mercj, général autrichien, ta oit assiégé Fri-
C.OO^IC
3o,8 Ode heroi-cokiqob.
Et faisoït luire et voltiger Sa gloire et présente et future.
Dieu ! quelle bouche exprimerait Cette aspre et tragique journée !
Et quelle main couronnerait La valeur qui l'a couronnée !
Tout ce dont jamais on parla D'afîreui , de sanglant et d'horrible , Le doit céder à ce jour-là , Où mon héros fut si terrible.
Pié contre pié , front contre front , Les brusques trouppas se heurtèrent, Et d'un acier cruel et pront Leur vive rage exécutèrent.
Plusieurs mousquets des deux partis - Après le grand feu de l'approche, En leviers furent convertis Pour escrazer mainte caboche.
L'ardeur ostoit le temps au temps , Les poings mesmes devenoient armes , Et les battus et les battans Confondoient leurs cris et leurs larmes.
Un bruit formé de cent rumeurs. Que renforçait nostre tonnerre, Etouffait les aigres clameurs Des mourans qui mordoient la terre.
L'un , d'une picque outrepercé , Hurle , s'enfile encor , s'allonge ,
bourg en 1644. Ctradé et T urémie, après ceui attaques désastreuses, l'emportèrent à I* troisième. On rit rarement combat
Ode héroï-comique. 3gg
Et, rougissant le bois poussé,
Son glaive au sein de l'autre plonge.
L'un , que foudroyé à bout portant , Par le chef, la mort allumée , Rend par la bouche au mesme instant D'espais tourbillons de fumée.
Il en rend par le nez aussy , II chancelle , il tombe , il se pâme , Il sanglotte en l'air obscurcy , Et semble petuner son ame.
L'autre dessus le serpentin En tremblant ajuste sa mèche, Et tandis est fait le butin D'une ardente et viste flamècbe.
L'un , prenant martre pour renard , Tue Antoine au lieu d'Alexandre, Et l'autre esquive , en fin canard , Le fer qu'il voit sur luy descendre.
L'autre , insultant sur le vaincu , Luy met le pié dessus la gorge , Le fouille, en tire maint escu.
Puis se monte comme un saint George.
L'autre, obstiné quoy que tout seul , Tombant sur ses propres entrailles , De son drappeau fait son linceul Et s'honore en ses funérailles.
L'autre meurt de peur d'estre atteint , L'autre expire en nommant Silvie , Et l'autre feignant d'estre esteint Sauve le flambeau de sa vie.
Coups orbes, fiers estramassons Y pleurent aussy dru que gresle
io Ode heroi- comique.
On s'y massacre en cent façons , El tout ; charge pesle- mesle.
Les hommes foulent les coursiers; Les coursiers sur les hommes passent, Et de soldats et d'officiers Maints corps dessus maints corps s'entassent.
La fureur, l'auimosité, L'orgueil , lire et la turbulence , De l'un et de l'autre costé Monstrent leur cruelle insolence.
L'énorme spectre du trespas Y (roubloil les uns et les autres; Hais la victoire aux doux appas, Rioit pourtant aux yeux desnostres.
Et, quoy que l'assiette du lieu A l'ennemy fust favorable, Mou grand et noble demy-dieu En fit un meurtre déplorable.
Ce fameux prince estoit par tout , A droit , à gauche, en queue, en teste, Etsa valeur, tousjours debout, Portoit la foudre et la tempeste.
Un seul trait de ses yeux brillans Mettoit l'adversaire en desordre, Faisoit trembler les plus vaillans Et ranimolt les siens à mordre.
Son aspect changeoit en vigueur Leur haletante lassitude.
Et du laurier plein de rigueur Son fer trancboît l'incertitude..
Sa furieuse esmotion Valoit à tous une harangue ;
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Ode HEROÏ-COMIQUE.
Il exci toit par l'action , ' Et sa main parlait pour sa langue.
11 avoit l'éclat elle port D'un formidable et jeune Alcide, Et son bras ne faisoit effort Qui ne fist un noble homicide.
Pieux arrachez , monts debatus , Forts conquis malgré tous obstacles , Furent de ses fieres vertus Les spectateurs et les spectacles.
Il est vr ay qu'en ce rude chocq , Si l'aigle fut mis en desroutte, De nostre part maint brave cocq Versa du sang à grosse goutte.
Il en fut occis plus de trois; Mais toute ame aux combats experte Dira qu'en guerre quelquefois C'est une espargne qu'une perte.
Un homme à propos hazardé Souvent en sauve une centaine, Et qui n'entend ce coup de dé Ignore l'art de capitaine.
En suitte rien ne coustera, Ny rempars, ny mura ceints de fleuves ; Philipsbourg, Spire, et csetera*, En sont les incroyables preuves.
i. Ce dernier met désigne Mayeiwe , et annonce la bataille de Hordlingue , où le duc d'Enghien faillit Être uris, mais d'où cependant il sortit vainqueur. — La retraite de Hercy le Preux, nomme l'appelle Saint-Amant, fait le plus grand honneur h ce
4na Ode heeoi-cokique.
Quelle merveille que ces tours ,
Qui valent bien celles de Troye ,
En l'heureux tenue d'onze jours
De mou prince aj'nt esté la proye
Morcy le Preux et Jean de Vert*, Privez de force et de courage , S'estans réduits loin à couvert, N'osèrent retenter l'orage.
Le rusé duc dont le bon-heur Depuis tant d'ans règne en Bavière*, Dolent de voir leur déshonneur.
Fit de ses yeux une rivière.
Le Danube, à qui l'on conta Du Rhin sousmis s l'estrange histoire , Blesmit de crainte et se hasta De l'aller dire i la mer Noire.
L'Océan l'apprit aussi-test Par la bouche du vaincu incarne , Et , dans l'abysma qui l'enclost , Trembla pour son grand diadesme.
il craignit nos bras trionfans, Et qu'après qu'un beur si prospère Auroit donté tous les enfans , On ne voulus! donter le père.
i . Célèbre général an service de l'Empire pendant la guerre de Trente Ans.
i. Wolf gang-Guillaume , duc de Bavière- Neubomg , né eu iiî«, catholique en 1614, mourut «» i«5B: — Il (ht mêlé mu affaires d'Allemagne. ■■ > . <
3 . Quand te dnc d'Enghiea paaaato-Uk, «slnml lui adressa ans lettre singulière, La etmmiréUSèrt»* ta* empirs h Brc-
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Ode héroï-comique. 4o3
Il eut peur que , quand mou héros Auroit pris la vieille Cybelle , Il ne luy vint presser le dos Pour en chercher une nouvelle.
Ha ! que mes sens sont resjouys Quand j'oy parier de ses miracles !
El que eetaupuste Louys Doit encore accomplir d'oracles!
Tous les guerriers du temps passé Pourraient venir à ses escoles; Et ses exploits ont effacé L'antique honneur de Cer isoles*.
Les Gustaves1 et les Veimars* En sont jaloux en l'autre monde ; Achile eu boude, et le dieu Mars L'envie, encor qu'il le seconde.
Mais desjà cet emulateur. Fier du beau train qui l'accompagne , L'invite aux coups d'un ton flateur Et le rappelle à la campagne.
Va , noble prince,. va-t'en donc , Pousse ton illustre fortune , Et souffre à mon criant assez long Que d'un désir je t'importune
t. La victoire de Cérisolles fut remportée la i4 avril 1544 par le duc d"Enghien , alors âgé seulement de » ans, sur les troupes de Charles-Quint.
i. Gustave-Adolphe.
i. Leduc Bernard de Saxe-Weimar, célèbre général au service de Louis XIII. Apres ses conquêtes sur le Rhin , il devint suspect a Louis XIII, qui lui «voit déjà, donné l'Alsace, mais n'en resta pas moins fldsls k la France. Il mourut a Neubourg le 18 juillet 16S9, laissant au maréchal de Guéhriant , comme
4o4 Ode h e roi-comique.
Riisfle-mo; Heydelberg* d'abort; Le sein en cache une merveille De qui le beau renom m'endort Et doot la grandeur me resveille.
C'est ce prodige des vaisseaux Qui porte une mer dans un antre, Une mer dont les doux ruisseaux Du bon Bacchus enflent le ventre.
Il faut avant que d'en partir Gagner cette reine des tonnes , Qui seule pourroit engloutir Tout le nectar de dix au tonnes.
Quand tu l'auras gagnée à toy,
■ Ne doute plus de tes conquestes ;
Chacun des tiens deviendra roy,
Et tous tes jours seront des testes.
Elle est de l'empire germain La déesse et garde fatale , Et qui la tiendra sous sa main Tiendra sa force capitale.
Puisse l'enneroy galopé Flescbir sous tes loix militaires Sans estre jamais détrompé Du vain bruit de tes carractaires!
marque de son estime, sua êpée, ses pistolets, ses armes et son cheval de bataille.
i. Le ïille est célèbre par le tonneau qui y est conservé, tonneau qui contient, dit-on, environ 35o barriques devin. Ce fameux tonneau, gfité pendant les guerres du XVII" siècle, fut reconstruit par l'électeur Charles-Louis , et orné de riches sculptures. Il est toujours entretenu plein du meilleur via. Au dessus est une plate-forme entourée de bahntrea, s laquelle on parvient par un escalier de quarante marches. — Ce tonneau «liste encore.
SONNET Pour Monseigneur le Duc d'Ansoihh.
4£|jM3ajr nguien, à quels efforts obliges-tu ma plume? ■gSft\B) I) faut que de ton glaive elle imite l'ardeur, ÇJWKia Eï qu'empruntant de toy la gloire et la splendeu JWMW» Elle face briller un illustre volume.
Les foudres que Vulcan fit bruire sur l'enclume Pour armer autres fois l'immortelle grandeur Furent lancez sur Phlegre arec moins de roideur Que les tiens sur le Rhin , dont la campagne fume,
Toutes fois le besoin y r'appelle tes pas ; Ud démon, asseuré que tu n'y luisois pas , D'obscurcir nostre sort a pris quelque licence- Mais tu feras , 6 Duc ! comme l'astre du jour Le temps noir et fascheux causé par ton absence Deviendra clair et beau par ton divin retour.
Pour la Sbkknissihb Rkihs di Poi devant ion mariagt, Fan (645-
tfBBjflfe es beaux jeux de Louyse , au trône destinée, Sh3ë¥ L'éclat doux et puissant a passé jusqu'au Nort, B taW Jt Le plus grand roy du pôle en a senti l'effort, XJEO Et l'amour se prépara à lenr noble hy menée.
Quoy que par ses vertus elle fust couronnée D'un honneur immortel, qaine.tient.rien du sort,
Toutesfois le ciel mesme eust cru luy faire tort Si d'un or souverain sa testa il n'eust ornée.
Je voy des-jà parer ses illustres cheveux , Et desjà la fortune, au saint gré de nos vœux, Appreate a son mérite un bonheur sans mesure.
0 qu'en ce digne estât ses esprits sont contens , Et qu'en elle aujourd'hui' > d'une agréable usure , Le temps , par sa main propre , est bien payé du temps !
i. Louise-Marie de Goniagna, fille de Ch. de Goniâgue, due de Nevers et de Mintoue, et de Catherine de Lorraine , née en 1619, mourut à Varsovie le io mai 1667. Elle épousa, en 1646, Uladislae VI, roi de Pologne, et, après la mort de eelui— ci, en i649, Jean-Casimir, son beau-frère, 1 premier mari.