‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 73 sur 86 · EPISTRE A L'HYVER · texte numérisé non relu

EPISTRE A L'HYVER

Sur le voyage de Sa Skkkiiissiiie Maibs

m Pologne.

ànMsar loy , démon , qui fais que la nature , JMgfi'Efw Lasse d'agir, eat comme en sépulture ffMWlïi Dans ua lia froid , où ta fécondité &*5ÂigK S'eschauffe et dort bous la stérilité Qui l'enlaidit pour la rendre plus belle , Qui sa vigueur irrite et renouvelle , Et qui ltiy sert à reproduire au jour Le gay printemps , les grâces et l'amour; A tnj , vieillard ; à toy , prudent génie Sous qui l'année, utillement finie , Reprend son coure , et sur qui nos raisons Fondent l'espoir des trois autres saisons , Ma plume addrese une juste requeste.

Qu'avec ardeur un humble vent s'appreste A te porter jusques sur ces climas Où tu régis l'empire des frimas.

Où , haut monté sur un trosne de gloire Fait de tes mains , au lieu d'or ou d'y vuire , De pure neige et de riche cristal, Tu ranges tout sous ton sceptre fatal.

Le but de grâce où ma prière vise Est qu'il te plaise, 0 prince de la bise! Suspendre un peu l'aspre et dure vertu

joS Epistae

Dont aujourd'huy ton bras est revestu.

Celte faveur non sans cause j'implore:

Un rare objet, que le ciel mesme adore, Une déesse, un miracle charmant , Dontsur la terre est le seul digne amant Le plus auguste et le plus grand monarque Qui sous l'arctique ait fait luire la marque Qu'au front des roys grave le roy des dieux , En ton séjour va monstrer ses beaux yeux.

Mais , tu le sçais , des-jà la Renommée En a partout la nouvelle semée ; Des-jà le bruict de ton proche bon-heur, Des-jà l'éclat d'un si sublime honneur , A disposé, par sa fameuse course, te pôle mesme à donner à son ourse Une autre forme, un plus bénin aspect, Et la nature approuve son respect.

Donc , o démon qui règnes sur la glace , Puis qu'un devoir porte à changer de face Les feux du ciel , dont tu reçois la loy , On n'en peut pas attendre moins de toy. Aussi des-jà , flatté de cet eiemple , Je me prépare à te bastir un temple Si magnifique et si noble en autels, Qu'il ravira tous les cœurs des mortels. Là de cristal ton image formée Rendra la veue esblouye et charmée; Là sur ton chef cent vigoureuses fleurs Qui de l'esté dédaignent les chaleurs Feront en rond voir leur lustre superbe , Et sous tes pieds mainte feuille et mainte herbe Que le froid garde afin de te parer; Diront aux yeui qu'on te doit révérer Comme le seul qui couve et fortifie Les biens qu'aux champs le laboureur confie,

a l'Hïtbr. 409

Comme le seul qui donne ame à Cerès , Qui rend l'air sain , qui purge les guerets , Et qui fabrique eu un moment sur l'onde Des chemins secs , les plus riches du monde. Du grand Ronsard l'hymne s'y chantera , Et de mes vers peut-estreony lira.

Vers qu'autrefois, en un passage estrange, Ma chère muse a faits à ta louange ; Vers qu'on estime , et qui , sans vanité, Heriient bien que je sois escouté.

Escoute donc , escoute ma demande, Bends-toy plus doux , fay qu'Eole commande Aux vents mutins , durs fléaux de ta saison , De vivre en paix dans sa noire prison ; Que , si Borée en obtient la sortie , Son front soit tel qu'il fut pour Orilhie , Lorsque l'amour vit cet audacieux , Pour la gagner prendre un air gracieux Banir de soy l'orage et la tempeste , Ployer l'orgueil qui couronne sa teste, Et d'un maintien et soumis et vainqueur Forcer la nymphe & luy donner son cœur.

Or, noble Hyver, ne crois pas que Neptune Doive pourtant , au gré de la fortune , Porter ma reine où pour la recevoir Tout le Nort brille et se range au devoir. Ne pense pas que l'on vueille commettre Ce beau trésor , cher suject de ma lettre , A l'avanture , à la foy des dangers Que sur les flots courent les pins légers. Les grands périls de l'illustre ambassade. Sauvée à peine au doux sein d'une rade, Monstrent assez que l'infidélité Est de la mer la belle qualité.

Et ton testais , qu'aucun ne s'en es tonne,

f <o Epistre

Ce fui sons doute un des Irait? de l'Autonne , Qui, de despit de ce que ta détruits Sa pompe verte , et Bon règne , et ses fruits , Du fier Midy sollicitant la rage , Tascha soudain , par quelque insigne outrage , De se Tanger et du Nort et de toy Sur les vaisseaux envoyez de tonroy.

Ouy , c'en fut un , ce fut sa violence , Ce fut sa noire et jalouse insolence , Qui , prévoyant qu'on l'alloit obtenir Le plus grand bien qui te puisse avenir , Fit ses efforts , arma le vent et l'onde Contre la trouppe auguste et vagabonde , Pour t'empescner d'estre un jour honore Du plus bel œil qu'Amour ait adoré.

Mais sa fureur fut impuissante et vaine : L'affection triompha de la haine ; Elle prit terre , et, preste à retourner, Desji Louise elle veut emmener.

Ha ! qu'en ce point la France est combatue ! Que ce départ qui nous plaist et nous tue, Par des effets l'un a l'autre opposez, Confond en nous de pensera divisez!

Nos cœurs, induits à se livrer en proye Tantost au dueil et tantost à la joye , Sont suspendus entre ces passions.

Et costre chois retient ses fonctions : Car d'un costé, quand sa gloire immortelle Nous entretient du troène qui l'appelle , Quand nous songeons à sa, propre grandeur, A sa fortune , à sa haute splendeur.

Tous nos esprits penchent vers l'allégresse ; Nostre raison blasme noslre tendresse , L'aise l'emporte , et le moindre moment Nous semble injuste en son retardement.

A L'Hy?ER.

Hais d'autre port, lors que la Seine mesme Nous représente, enson regret eitreanie, Que sans malheur on ne peut espérer De la revoir sa belle onde esclairer.

Que la pensée en est illégitime , Que le désir n'en pAut astre sans crime; Nous ne sçavons qu'eslire en ce milieu ; Et cependant elle nous dit adieu.

Ce brave train dont la superbe entrée Vole en discours de contrée en contrée ; Ce somptueux, ce royal appareil ' De qui l'esclat a vaincu le soleil , De qui la pompe et la magnificence , Ont (ait du luxe admirer la licence.

Et dont l'orgueil pacifique et guerrier, A sur tout autre emporté la laurier; La trouppe , dis-je , et triomphante et leste , Conduit desja cette reine céleste , Cette merveille et d'bonneur et d'appas , Aux nobles lieux destinez à. ses pas.

Toute la cour, où sa vie adorable Laisse une odeur divine et perdurable , L'a desjà mise au chemin désiré, Et tout Paris en revient esploré.

Ses Bentimens ne sont plus dans le doute , Soninterest nulle raison n'escoute; Il la regratte , il commence à sentir

le des Polonais fat magnifique, dit Tallemant. L'hôtel de Vendôme fut préparé pour recevoir l'ambassadeur et sa suite. On trou™ dans les mémoires du temps de nombreux détails sur leur entrée, leur séjour à Paris, etc. — Voy., entre autres, M"» de Montpensier, un peu Jalouse de « cette reined'un jour u, dam ses Méneira, Maastricht, 1 776, in-i a, 1 , i35.— Voj. aussi M"" da Hottèrille, et surtout Le Laboureur.

4f» Epistre

D'un si grand don l'indigne repentir ; Et la plaignant, mesme à peine sa veue De son aspect se trouve despourveue, Qu'il en gémit, comme si le tombeau Avoit enclos tout ce qu'il eut de beau.

Il est bien vray que dos terrons de larmes Procèdent moins de perdre ainsi les charmes D'un si doux astre au front si glorieux , Que dépenser, en ce temps furieux.

Aux longs travaux du pénible voyage Où, sous les loix de son saint mariage, Amour l'oblige avec quelque rigueur, Quand tu fais voir ta plus rude vigueur, Quand les forests, sous tes froides bruines. De leurs beauioz déplorent les ruines; Quand tu transis l'onde, la terre etl'air ; Quand le feu mesme , estincelant et clair Frémit , pétille et ne semble qu'à peine Se garantir de ta cruelle haleine, Et quand, enfin, tous tes bruyans suppos , De l'univers bannissent le repos.

Apprens , au reste , et soit dit sans menace , Que si bien tost on ne voit la bonace , Si pour deux mois tune laisses en paix L'air agité de tourbillons espais, Ce beau soleil pour qui ton roi souspire -,

D'un seul rayon destruira ton empire; Te montrera combien lu luy desplus , Et de rhy ver on ne parlera plus.

Sois donc plus doux ; montre , s'il l'est possible , Qu'aux justes vœux tu n'es point insensible; ' Suspens ta force , et pour ton propre bien. En ce besoin ne me refuse rien.

Or en tout cas , si ta fureur ne cesse , Contente toy de voir cette princesse

A l'Hïver.

De quelque mont si loin au bout du Nort , Que nul vivant n'en esprouve l'effort; Cunteute-loy de sçavoir par ma plume Qu'elle a des yeui où la gloire s'allume , Que ses attraits ravissent tous les sens , Que ses vertus sont dignes de l'encens, Que son esprit n'ignore rien d'illustre , Que son renom verra le dernier lustre , Qne son mérite esgale son bon-heur, Et que son ame est l'aine de l'honneur. Ne pense pas venir au devant d'elle En vassal mesme et discret, et fidelle , Hais fay luy voir avec tranquililé , La courtoisie en l'incivilité.

uwê

SONNET A feu Monsieur Desivbte&dx.

le de ton beau jardin les merveilles j'admire! il Que tout eoqu'onj- voit, que tout cequ'oo y sent H A d'ay mahles rapports avec le doux accent 9 De ce divin oysoau qui chante et qui souspire! Qu'après ces rares sons dont triomphe ta lire , Mon oreille se plaist au tonnerre innocent Que l'on oit dans ta von) te où ravy l'on descent , Pour monter en un lieu que seul tu peux descriro ! Que les trésors fueillus de ces rameaux divers , Formant un beau desordre en leurs ombrages vers, Me charment les esprits et me comblent de joyel

Et combien la nature on me verroit bénir Si par un heureux sort , qu'aux arbres elle octroyé , En vieillissant comme eux tù pou vois rajeunir !

SONNET

d'un Ik-u proche de Paris.

C.OO^IC

A la Serenissime Reins st Poloukk, en lui envoyant une partie de mon Moyse, l'an 1647.

ums eine dont les vertus hautes et généreuses (ffl BkJt? ^ur "" trosne sacré brillent plus vivement S Ë^fl Que ces feux immortels qui , dans le firmament SUfvÊO Marquent en chiffres d'or les fortunes heureuses;

Tandis que sous ton Mars* cent trouppas valeureuses Repoussent de l'Euxin le fier desbordement, Voy lea sœurs d'Appollon qu'un noble sentiment Excite à se montrer de ta gloire amoureuses :

Elles ont peint pour toy Moyse dessus l'eau ; Hais si tes yeux divins u'esclairent ce tableau. Ses traits auront le sort du plus commun ouvrage.

Et si pour ce héros le Nil fut sans escueil , L'onde du Boristene en verra le naufrage. Et son berceau flottant deviendra son cercueil.

■c les Turcs Uladis-

„Cooglc

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