‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 104 sur 301 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Une pièce dans la maison de Ford.

Entrent MISTRISS FORD et FALSTAFF.

FALSTAPF. — Mistriss Ford, votre chagrin a fait évanouir le mien. Je vois que votre amour pour moi connaît les égards qui me sont dus, et je promets de m'acquitter envers vous avec scrupule; non-seulement, mistriss Ford, en ce qui concerne le simple devoir de Tamour, mais dans tous ses alentours, circonstances et dépendances. Mais êles-vous tranquille sur votre mari aujourd'hui?

MISTRISS FORD. — ^11 est à la chasse à l'oiseau, tendre sir John.

(Mistriss Page derrière le théâtre.)

MISTRISS PAGE. — Holà, commère Ford, holà ! MISTRISS FORD. — Passez dans la chamlDre, sir John.

(Entre mistriss Page.)

MISTRISS PAGE. — Boujour, ma belle. Dites-moi, qui avezvous au logis? MISTRISS FORD. — Quoi? personue que mes gens.

MISTRISS PAGE. — BiCD SÛr?

MISTRISS FORD.— Non eu vérité. (Bas.) Parlez plus haut.

MISTRISS PAGE. — Vraiment; allons, je suis bien contente que vous n'ayez personne ici.

MISTRISS FORD. — Pourquoi?

MISTRISS PAGE.— Pourquoi, voisine I Votre mari est retombé dans ses premières folies. Il faut l'entendre là-bas, avec mon mari, comme il prend la chose à cœur, comme il déclame contre tous les gens mariés, comme il maudit toutes les filles d'Eve, de quelque couleur qu'elles puissent être : iKfaut le voir se frapper le front en criant :

Percez, paraissez; en telle sorte que je n'ai jamais vu de frénésie au monde que je ne sois tentée de prendre pour de la douceur, de la modération, de la patience, auprès de la maladie qui le travaille maintenant. Je vous félicite bien de n'avoir^pas au logis le gros chevalier.

MiSTRiss FORD. — Comment? Parler t-il de lui?

.msTRiss PAGE. — Il ne parle que de lui, et déclare avec serment que, tandis qu'il le cherchait hier, on l'emportait dans un panier : il proteste à mon mari qu'il est encore ici aujourd'hui : il lui a fait quitter la chasse, ainsi qu'au reste de la société, pour essayer encore une fois de leur prouver la justice de ses soupçons. Mais je suis bien aise que le chevalier ne soit pas ici, il verra sa sottise.

MISTRISS FORD. — Est-il cucore loin, mistriss Page ?

MISTRISS PAGE. —Tout près, au bout delà rue: il va arriver dans l'instant.

MISTRISS FORD. — Je suis perdue, le chevalier est ici.

MISTRISS PAGE. — Eh bien I vous êtes perdue sans ressource, et pourlechevalier/c'est un homme mort. Quelle femme êtes-vous donc? Faites-le sortir, faites-le sortir. Un peu de honte vaut encore mieux qu'un meurtre.

MISTRISS FORD. — Et par où sortira-t-il ? Où pourronsnous le cacher. Le mettrons-nous encore dans le panier?

(Rentre Falstaff.)

FALSTAFF. — Nou, je ue veux plus me mettre dans le panier; ne puis-je m'évader avant qu'il arrive?

MISTRISS PAGE. — Hélas ! trois frères de monsieur Ford, armés de pistolets, gardent la porte, afin que rien ne sorte : sans cela, vous auriez pu vous échapper, avant qu'il vînt. — Mais que faites-vous là ?

FALSTAFF. — Que ferai-je ? — Je vais me fourrer dans la cheminée.

MISTRISS FORD. — C'est là qu'ils viennent tous en rentrant décharger leurs fusils de chasse. Descendez dans le four.

FALSTAFF. — OÙ CSt-il?

MISTRISS FORD. — Il VOUS y chercherait encore, sur ma

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