ACTE IV, SCKNE I. 16o
QUiCKLY. — Vraiment, j'aurais cru que les noms étaient impairs, car on dit : pair ou non^
EVANS. — Finissez votre babil. Qu'est-ce que c'est blanc*, William?
WILLIAM. — AlbUS.
QUICKLY. — Arbuste ? Qui est-ce qui a jamais vu un arbuste blanc?
EVANS. — Vous êtes la femme la plus simple ; taisezvous, je vous prie. Qu'est-ce que c'est lapis^ William?
WILLIAM. — Une pierre.
EVANS. — Et qu'est-ce que c'est une pierre, William?
WILLIAM. — Un caillou.
EVANS. — Non, c'est lapis. Je vous prie, mettez cela dans votre cervelle.
WILLIAM.— La)9t5.
EVANS. — C'est bon, William. William, qui prête les articles ?
WILLIAM.— Les articles sont empruntés du pronom, et on les décline ainsi: Singulariter^ nominativo: Hic^ hœc, hoc.
EVANS,— Nominativo ^ hic^ hœc^ hoc. Je vous en prie, faites attention. Genitivo^ hujus. Bien ! qu'est-ce que c'est que l'accusatif ?
WILLIAM. — Accusativo, hune,
EVANS. — Je vous en prie, rappelez-vous, enfant. Accun sativo, hune, hanc, hoc,
QUICKLY. — Hein, quand, coq. C'est du latin pour la basse-cour, sur ma parole •.
EVANS.— Cessez vos bavardages, la femme. Qu'est-ce que c'est que le cas vocatif, William ?
' Od'snouns. Les méprises de Quickly provenant ou des défauts de prononciation d'Evans, ou de certaines consonnances entre les mots latins et quelques mots anglais d'un sens différent, ne peuvent se rendre littéralement.
» Aîhus, C'est sur le mot pulcher qu'Evans interroge William. Quickly entend polcats (putois) et s'écrie qu'il y a des choses plus belles que les putois.
s«Hein, quand, coq.» Evans, dans le texte, au lieude htmc, hcmc, hoc, prononce hing, hang, hog, et Quickly dit que hang ?io^ (pendez le cochon) est en lafin pour faire du lard (latin forbaconj.
wiLUAM. — 01 Vocalwo^ 0!
EVANS. — Souvenez-vous bien, William, le vocatif est caret^.
QuiCKLY. — Au moins est-ce quelque chose de bon qu'une carotte.
EVANS.— Finissez donc, la femme.
MisTRiss PAGE. — Paix douc.
EVANS. — Qu'est-ce que c'est que le cas génitif au pluriel, Williaçi ?
wUiLiAM. — Le cas génitif?
EVANS. — Oui.
WILLIAM. —Génitif, horvm^ harwm, horum.
QuicKLY.— Qu'allez-vous lui parler du cas où se trouve Jenny' la coquine? enfant, ne parlez jamais de cette créature-là.
EVANS. — N'avez-vous pas de honte, la femme?
QUICKLY. — Non. Vous avez tort d'apprendre ces choseslà à cet enfant. A quoi bon lui aller dire que c'est là le hic, lui parler de tous les cancans, et puis lui raconter des histoires de coquines ; tenez, cela est vilain à vous.
EVANS. — ^As-tu la cervelle dérangée, la femme ? N'as-tu donc pas l'intelligence des cas, des nombres, des genres? Tu es ime aussi bête créature de chrétienne que je le puisse désirer.
MISTRISS PAGE. — Je t'ou prie, tais-toi.
EVANS. — A présent, William, dites-moi quelques déclinaisons de vos pronoms.
wiLLLiM. — Ma foi, je les ai oubliées.
EVANS.— Ai, fee, cod. Si vous oubliez vos kies, vos koes, vos cods, vous aurez le fouet. A présent, vous pouvez aller jouer. Allez.
MISTRISS PAGE. — ^11 ost plus avaucé que je ne croyais. EVANS. — Il ala mémoire prompte. Adieu, nûstriss Page.
1 Evans prend pour le vocatif lui-même, le mot caret^ mis à quelques mots, afin d'avertir que le vocatif manque.
* La colère de Quickly porte ici sur le mot horum qu'elle confond avec whorcy et sur les mots hic et hoc qu'elle prend pour les verbes anglais to hick et to hock. Il a fallu, pour être intelligible, avoir recours à d'autres consonnanc^es.