ACTE IV, SCÈNE II
fédération, une ligue, une cabale, une conspiration contre moi; mais le diable en aura la honte. Holà! ma femme, sortez, paraissez, paraissez ; paraissez donc quand je vous appelle; venez nous montrer quelles honnêtes bardes vous envoyez au blanchissage.
PAGE. — Eh ! mais vraiment, ceci passe les bornes, monsieur Ford: on ne peut pas vous laisser en liberté plus longtemps, il faudra vous enfermer.
EVANS. — C'est de la folie ; il est aussi fou qu'un chien
enragé. (Entre mistriss Ford.)
SHALLOW.— Gela n'est pas bien, monsieur Ford ; en vérité, cela n'est pas bien.
FORD. — C'est précisément ce que je dis, monsieur. Avancez ici, mistriss Ford, mistriss Ford, l'honnête femme, Thonnête femme, l'épouse modeste, la vertueuse créature qui a un sot jaloux de mari, avancez. Je vous soupçonne à tort, mistriss, n'est-il pas vrai ?
MISTRISS FORD.— Le ciol me soit témoin que vous êtes injuste, si vous me soupçonnez de rien de malhonnête.
FORD. — Très-bien dit, front d'airain: soutenez ce ton. Allons, drôle, sortez.
(Il jette les hardes hors du panier.)
PAGE. — Cela est trop fort.
MISTRISS FORD. —N'avez-vous pas de honte ? Laissez là ces hardes.
FORD.— Je vous démasquerai.
EVANS. — Cela est déraisonnable. Quoi vous voulez chercher querelle au linge de votre femme ! Allons, laissez, laissez.
FORD. — Videz le panier, vous dis-je.
MISTRISS FORD. — Commcut, monsieur, comment?
FORD. — Monsieur Page, comme il fait jour, un homme a été emporté hier de ma maison dans ce panier. Pourquoi ne peut-il pas s'y trouver encore aujourd'hui ? j'ai la certitude qu'il est dans la maison. Mes avis sont sûrs, ma jalousie est fondée en raison. Otez-moi tout ce linge.
MISTRISS FORD. — Si VOUS trouvez là un homme à tuer il faut qu'il soit de l'espèce des mouches.
PAGE. — Il n'y a point là d'homme.
SHALLOW. — Par ma fidélité, cela n'est pas bien, monsieur Ford, vous vous faites tort.
EVANS. — Monsieur Ford, mettez-vous en prière, et ne suivez pas les inclinations de votre cœur. C'est jalousie que tout cela.
FORD. — A la bonne heure. Celui que je cherche n'est pas là.
PAGE. — Ni ailleurs que dans votre cervelle.
FORD.— Aidez-moi à fouiller partout cette seule fois. Si je ne trouve rien, vous êtes dispensés d'excuser ma folie : faites de moi le sujet de vos plaisanteries de table, qu'on dise de moi : jaloux comme Ford qui cherchait le galant de sa femme dans une coquille de noix. Mais veuillez me satisfaire encore une fois ; une dernière fois cherchez avec moi.
MiSTRiss FORD. — Eh! madame Page, descendez, ainsi .que la vieille femme : mon mari veut monter dans la chambre.
FORD. — La vieille femme? Quelle vieille femme?
MISTRISS FORD. —La vieille de Brentford, la tante de ma servante,
FORD. — Qui, cette sorcière, cette malheureuse, cette impudente coquine? Ne lui ai-je pas interdit ma maison? C'est-à-dire, qu'elle vient ici rendre quelque message. Nous autres simples mortels, nous ne pouvons pas savoir tout ce qui passe par la main d'une diseuse de bonne aventure. Elle se sert de charmes, de caractères, de figures et autres menteries de cette espèce. Cela est hors de notre portée ; nous n'y connaissons rien. Descendez, sorcière que vous êtes, vieille bohémienne; descendez, quand je vous le dis.
MISTRISS FORD. — Nou, mou bou cher mari. Mes bons messieurs, empêchez-le de frapper la vieille femme.
(Entre Falstaflf habillé en femme , conduit par mistriss Page.)
MISTRISS PAGE. — Veuez, mère Babil S venez ; donnez-^ moi la main.
» Mother prat. To prate signifie babiller; il a fallu traduire le nom pour donner quelque sens à la réplique de Ford.