ACTE V, SCÈNE V
PAGE.— Oh! je suis cruellement vexé. Que faire?
MisTRiss PAGE.— Cher George, ne vous fâchez pas : je savais votre dessein ; en conséquence, j'ai fait habiller ma fille en vert, et, pour dire la vérité, elle est maintenant avec le docteur au doyenné, où on les marie.
(Entre Caiua.)
. cAros. — Où est mistriss Anne Page ? palsambleu ! je suis attrapé; j'ai épousé im garçon, un paysan; ce n'est point Anne Page. Palsambleu ! je suis attrapé.
MISTRISS PAGE. — Quoi 1 n*avez-vous pas pris celle qui était en vert?
cAïus.— Oui, palsambleu I et c'est un garçon. Palsambleu ! je vais soulever tout Windsor.
( n sort.)
PORD. — C'est étrange ! Qui donc aura emmené la véritable Anne Page ?
PAGE.— Le cœur ne me dit rien de bon. Voici monsieur Fenton. (Entrent Fenton et mistriss Anne Page,) Que venezvous faire ici, monsieur Fenton ?
ANNE. — Pardon, monbonpère;ma bonne mère, pardon.
PAGE.— Quoi? mademoiselle, comment arrive-t-il que vous ne soyez pas avec monsieur Slender ?
MiSTRiss PAGE. — Par quel hasard n'êtes-vous pas avec monsieur le docteur, jeune fille ?
FENTON. — Vous la troublcz : écoutez-moi, vous allez savoir toute la vérité. Chacun de vous la mariait honteusement, sans qu'il y eût aucun amour mutuel. La vérité est qu'elle et moi depuis longtemps engagés l'un à Tautre, nous le sommes maintenant d'une manière si solide, que rien ne peut nous séparer. La faute qu'elle a commise est vertu; et cette fraude ne doit point être traitée ni de supercherie criminelle, ni de désobéissance, ni de manque de respect, puisque par là votre fille évite des jours de malheur et de malédiction que Im aurait fait passer un mariage forcé.
FORD. — Allons, ne restez pas interdits, il n'y a pas de remède : en amour, c'est le ciel qui choisit les conditions ; l'argent achète des terres, le sort livre les femmes.
FALSTAFF. — Je suis bien aise de voir qu'en ne voulant que tirer sur moi seul, quelques-uns de vos traits sont retombés sur vous.
PAGE, — Allons, en effet, quel remède? — Penton, le ciel t'accorde le bonheur ! il faut bien accepter ce qu'on ne peut éviter.
FALSTAFF, — Quaud Ics chions de nuit courent, toutes espèces de bêtes sont prises.
EVANS. — ^Je danserai et je mangerai des dragées à vos noces.
MisTRiss PAGE. — AUons, je me rends aussi. — Monsieur Penton que le ciel vous accorde de longs et longs jours de bonheur 1 Bon mari, allons tous au logis rire, devant un bon feu de campagne, de cette joyeuse histoire ; et sir John comme les autres.
FORD. — Ainsi soit-il. — Sir John, vous tiendrez votre parole à monsieur Brook : il passera la nuit avec mistriss Poi*d.
(Tous sortent.)
FIN DU CINQ'jUIÈME ET DERNIER ACTE#
TRAGÉDIE