ACTE V, SCENE V
au soleil, au point qu'il ne m'en reste pas assez pour échapper aune grossière déception? Un bouc gallois m'aura fait danser à sa guise, et pourra me coiffer d un honnet de fou de son pays ? Il serait grand temps qu'on m'étranglât avec une boule de fromage grillé.
EVANSi — Le fromage n'est pas bon avec le beurre ; et votre ventre est tout beurre.
FALSTAFF. Fromagc et beurre ! Ai-je assez vécu pour recevoir la leçon d'un gaillard qui vous met l'anglais en capilotade? En voilà plus qu'il ne faut pour décréditer par tout le royaume la débauche et les courses nocturnes.
MisTRiss PAGE. — Eh quoi, sir John, pensez-vous que quand même nous aurions banni la vertu de nos cœurs, par la tête et par les épaules, et que nous aurions voulu nous danMier sans scrupule, le diable eût jamais pu nous rendre amoureuses de vous?
FORD. — ^D'un vrai pudding, d'un ballot d'étoupes.
MISTRISS PAGE. — D'UU OSSOUfilé I
PAGE.— Vieux, glacé, flétri, et d'unebedaine intolérable.
FORD. — ^D'une langue de Satan I
PAGE. — ^Pauvre comme Job I
FORD. — Et aussi méchant que sa femme.
EVANS. — Et adonné aux fornications, aux tavernes, au vin d'Espagne, et à la bouteille, et aux liqueurs, et à la boisson, et aux jurements, et aux impudences, et aux ci et aux çà.
FALSTAFF.— Fort bicu, je suis le sujet de votre éloquence: vous avez le pion sur moi; je suis confondu ; je ne suis pas même en état de répondre à ce blanc-bec de Gallois, et l'ignorance même me foule aux pieds. Traitezmoi comme il vous plaira.
FORD. — Vraiment, mon cher, nous allons vous conduire à Vi^indsor, à un monsieur Brook à qui vous avez filouté de l'argent, et dont vous aviez consentira vous faire l'entremetteur : je pense que la restitution de cet aident vous sera une douleur beaucoup plus amère que tout ce que vous avez déjà enduré.
MISTRISS FORD.— Non, mon mari, laissez-lui cet argent
en réparation ; abandonnez-lui cette somme , et comme cela nous serons tous amis.
FORD. — Allons, soit ; voilà ma main : tout estpardonné.
PAGE.— Allons, gai chevalier; tu feras collation ce soir chez moi, où tu riras aux dépens de ma femme, comme elle rit maintenant aux tiens: dis-lui que monsieur Slender vient d'épouser sa flUe.
MiSTRiss PAGE, àpart. — Les docteurs en doutent : s'il est vrai qu'Anne Page soit ma fille, elle est actuellement la femme du docteur Gains. (Entre Slender.)
SLENDER. — Oh I oh! oh I père Page.
PAGE. — Qu'est-ce que c'est, mon fils, qu*es1rce que c'est? est-ce fini ?
SLENDER. — Oui, fini Je le donne au plus habile
homme du comté de Glocester, pour y connaître quelque chose, ou je veux être pendu, là, voyez-vous.
PAGE. — Et de quoi s'agit-il donc, mon fils ?
SLENDER. — J'arrive là-bas à Éton pour épouser mademoiselle Aime Page ; et elle s'est trouvée être un grand nigaud de garçon : si ce n'avait pas été dans Téglise, je Taurais étrillé, ou il m'aurait étrillé. Si je n'avais pas cru que c'était Anne Page, que je ne bouge jamais de la place ; et c'est un postillon du maître de poste 1
PAGE. — Sur ma vie, vous vous êtes donc trompé?
SLENDER. — Eh ! qu'avez-vous besoin de me le dire? Je le sais bien, morbleu I puisque j'ai pris un garçon pour \me fille. Si je m'étais trouvé l'avoir épousé à Cause de la figure qu'il avait dans sa robe de femme, j'aurais été bien avancé.
PAGE.— C'est la faute de votre bêtise. Ne vous avais-je pas dit comment vous reconnaîtriez ma fille à la couleur de ses habits?
SLENDER. — Je me suis adressé à celle qui était en blanc ; je lui ai dit chut^ et elle m'a répondu 6wd^e«, comme nous en étions convenus, mistriss Anne et moi ; et cependant ce n'était pas mistriss Anne , mais un postillon de la poste.
EVANS. — Jésus! monsieur Slender, n'y voyez-vous donc pas assez clair pour ne pas épouser un garçon.