‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 129 sur 301 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

iSufioNORE.— Votre solide possession bien plus que votre droit ; autrement cela irait mal pour vous et moi ; ma conscience confie ici à votre oreille ce que personne n'entendra jamais que le ciel, vous et moi.

(Entre le shérif de Northaxnpton, qui parle bas à Essex.)

ESSEX. — ^^Mon souverain, on apporte ici de la province, pour être soumis à votre justice, le plus étrange difiPérend dont j'aie jamais entendu parler: introduirai-je les parties?

LE ROI JEAN.— Qu'elles approchent.— Nos abbayes et nos prieurés payeront les frais de cette expédition. {Le shérif rentre avec Robert Faulconhridge et Philippe son frhrt bâtard.) Quelles gens êtes-vous?

PHILIPPE FAULCONBRiDGE. — Je suis moi , votre fidèle sujet, un gentilhomme né dans le comté de Northampton, et fils aine, comme je le suppose, de Robert Faulconhridge, soldat fait chevalier sur le champ de bataille par Cœur de lion, dont la main conférait l'honneur.

LE ROI JEAN. — Et toi, qui es-tu?

ROBERT FAULCONBRIDGE. — Le fils ct l'héritier du môme Faulconbridge.

LE ROI JEAN.— Celui-ci est l'aîné, et tu es l'héritier? Vous ne veniez donc pas de la même mère, ce me semble.

PHU.1PPB FAULCONBRIDGE. — Très- Certainement de la même mère, puissant roi ; cela est bien connu, et du même père aussi, à ce que je pense; mais pour la connaissance certaine de cette vérité, je vous en réfère au ciel et à ma mère; quant à moi j'en doute, comme peuvent le faire tous les enfants des hommes.

ÉLÉoNORE. — Fi doncl homme grossier, tu diffames ta mère et blesses son honneur par cette méfiance.

PHiuppE FAULCONBRIDGE. — Moi, madame? Non, je n'ai aucune raison pour cela; c'est la prétention de mon frère, et non pas la mienne ; s'il peut le prouver, il me chasse de cinq cents bonnes livres de revenu au moins. Que le ciel garde l'honneur de ma mère, et mon héritage aveci

LE ROI JEAN.— Un bon garçon tout franc. — Pourquoi ton frère, étant le plus jeime, réclame-t-il ton héritage?

PHILIPPE FAULCONBRiDGE. — Je ne sais pas pourquoi, si ce n'est pour s'emparer du bien. Une fois il m'a insolemment accusé de bâtardise : que je sois engendré aussi légitimement que lui, oui ou non, c'est ce que je mets sur la tête de ma mère ; mais que je sois aussi bien engendré que lui, mon souverain (que les os qui prirent cette peine pour moi reposent doucement), comparez nos visages, et jugez vous-même, si le vieux sir Robert nous engendra tous deux, s'il fut notre père ; — que celui-là lui ressemble. 0 vieux sir Robert, notre père, je remercie le ciel à genoux de ce que je ne vous ressemble pas I

LE ROI JEAN. — Quelle tête à l'envers le ciel nous a envoyée là !

ÉLÉONORE. — Il a quelque chose du visage de Cœur de Lion, et l'accent de sa voix le rappelle; ne découvrezvous pas quelques traces de mon fiOls dans la robuste sti'ucture de cet homme?

LE ROI JEAN. — Mon œil a bien examiné les formes et les trouve parfaitement celles de Richard. Parle , drôle , quels sont tes motifs pour prétendre aux biens de ton frère?

PHILIPPE FAULCONBRIDGE, — Parco qu'il a une moitié du visage semblable à mon père ; avec cette moitié de visage il voudrait avoir tous mes biens. Une pièce de quatre sous ^ à demi face, cinq cents livres de revenu I

ROBERT FAULCONBRIDGE. — Mou gracieuxsouvorain, lorsque mon père vivait, votre frère l'employait beaucoup.

PHILIPPE FAULCONBRIDGE. — Fort biou ', mais cela ne fait pas que vous puissiez, monsieur, vous emparer de mon bien ; il faut que vous nous disiez comment il employait ma mère.

ROBERT FAULCONBRIDGE. — Une fois il Teuvoya en ambassade en Allemagne pour y traiter avec l'empereur

* Half faced groat^ ce fut sous Henri VII que l'on frappa des groats, pièces de quatre sous portant la figure du roi de profil. Jusque-là presque toutes les monnaies d'argent avaient porté la figure de face.

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