ACTE II, 8CKNE I
aussi légitimement engendré : cela est impossible, puisque tu étais sa mère.
ÉLÉONORE. — ^Voilà une bonne mère, enfant, qui flétrit ton père.
CONSTANCE.— Voilà uue bonne grand'mère, enfant, qui voudrait te flétrir.
L'ARcmDUC.—Paix.
LE BATARD. — ÉcOUteZ lo CrieUF.
l'archiduc. — Quel diable d'homme es-tu?
LE BATARD. — Un homme qui fera le diable avec vous, s'il peut vous attraper seul, vous et votre peau; vous êtes le lièvre dont parle le proverbe, dont la valeur tire les lions morts par la barbe ; je fumerai la peau qui vous sert de casaque, si je puis vous saisir à mon aise, drôle, songez-y ; sur ma foi, je le ferai, — sur ma foi.
BLANCHE.— Oh ! cette dépouille de lion convient trop bien à celui-là qui Ta dérobée au lion I
LE BATARD. — Elle fait aussi bien sur son dos que les souliers du grand Alcide aux pieds d'un âne! — Mais, mon âne, je vous débarrasserai le dos de ce fardeau, comptez-y, ou bien j'y mettrai de quoi vous faire craquer les épaules.
l'archtduc. — Quel est ce fanfaron qui nous assourdit les oreilles avec ce débordement de paroles inutiles?
PHILIPPE. — Louis, déterminez ce que nous allons faire.
LOUIS. — Femmes et fous, cessez vos conversations. — Roi Jean, en deux mots, voici le fait : Au nom d'Arthur, je revendique l'Angleterre et l'Irlande, l'Anjou, la Touraine, le Maine; veux -tu les céder et déposer les armes?
LE ROI JEAN. — Ma vie, plutôt! — Roi de France, je te défie. Arthur de Bretagne, remets-toi entre mes mains ; et tu recevras de mon tendre amour plus que jamais ne pourra conquérir la lâche main du roi de France, soumets-toi, mon garçon.
ÉLÉONORE. — Viens auprès de ta grand'mère, enfant.
CONSTANCE. — Va, mou enfant, va, mon enfant, auprès de cette grand'mère; donne-lui un royaume, à ta grand'mère, et ta grand'mère te donnera une plume, une ce-
rise et une figue : la bonne grand'mère que voilà!
ARTHUR.— Paix I ma bonne mère ; je voudrais être coU' ché au fond de ma tombe ; je ne vaux pa& tout le bruit qu'on fait pour moi.
ÉLÉONORE. — Sa mère lui fait une telle honte, pauvre enfant, qu'il en pleure.
CONSTANCE. — Que sa mère puisse lui faire honte ou non, ayez honte de vous-même. Ce sont les injustices de sa grand'mère et non l'opprobre de sa mère qui font tomber de ses pauvres yeux ces perles faites pour toucher le ciel et que le ciel acceptera comme honoraires : oui le ciel séduit par ces larmes de cristal lui fera justice et le vengera de vous.
ÉLÉoNORE. — ^Indigne calomniatrice du ciel et de la terre I
CONSTANCE. — Toi, qui offenses indignement le ciel et la terre, ne m'appelle pas calomniatrice. Toi et ton fils vous usurpez les droits, possessions et apanages royaux de cet enfant opprimé ; c'est le fils de ton fils aîné ; il est malheureux par cela seul qu'il t'appartient. Tes péchés sont visités dans ce pauvre enfant; il est sous Tarrét de la loi divine, bien qu'il soit éloigné à la seconde génération de ton sein qui a conçu le péché.
LE ROI JEAN. — Insensée, taisez-vous.
CONSTANCE.— Jeh'aiplus que ceci à dire : il n'est pas seulement puni pour le péché de son aïeule , mais Dieu l'a prise elle et son péché pour instrument de ses vengeances ; cette postérité éloignée est punie pour elle et par elle au moyen de son péché : le mal qu'elle lui fait est le bedeau de son péché; tout est puni dans la personne de cet enfant, et tout cela pour elle; malédiction sur elle!
ÉLÉONORE^ — Criailleuse imprudente, je puis produire un testament qui annule les titres de ton fils.
CONSTANCE.— 'Et qui en doute? Un testament! un testament inique I Texpression de la volonté d'une femme, de la volonté d'une grand'mère perverse !
pmLippE.-r-Cessez, madame, cessez, ou soyex plus modérée ; il sied mal dans cette assemblée de s'attaquer par de si choquantes récriminatioas. — Qu'un trompette