ACTE II, eoÈNfi l. 2Si
somme les habitants d'Angers de paraître sur les mura, pour qu'ils nouB disent de qui ils admettent les droits, d'Axihur ou de Jean.
(Les trompettes sonnent* Les citoyens d'Angers paraissent sur les murs.)
UN crroYEN. — Qui nous appelle sur nos murs ?
PHUiipPE. — C'est la France au nom de TÂngleierre.
LE ROI JEAN.— L'Angleterre par elle-même. — Halntants d'Angers et mes bons sujets....
pmLippE.—Bons habitants d'Angers, sujets d'Arthur, notre trompette vous a appelés à cette conférence amicale.
LE ROI JEAN.— Dans nos intérêts. — Écoutez-nous donc le premier.— Ces drapeaux de la France que vous voyez rangés ici en face et à la vue de votre ville, sont venus ici pour votre ruine ; les canons ont leurs entrailles pleines de vengeance, et déjà ils sont montés et prêts à vomir contre vos murailles l'airain de leur colère ; tous les préparatifs d'un siège sanglant et d'une guerre sans merci de la part de ces Français s'offrent aux yeux de votre ville. Vos portes précipitamment fermées, et, sans notre arrivée, ces pierres immobiles qui vous entourent, ccHiune une ceinture, seraient, par Teflfort de leur mitraille, arrachées à cette heure de leurs solides lits de chaux, et ouvriraient de larges brèches à la force sanguinaire pour attaquer en foule votre repos. — Mais à notre aspect, à l'aspect de votre roi légitime^ qui, par une rapide et pénible marche est venu s'interposer entre vos portes et leur furie, sauver de toute injure les flancs de votre cité, voyez les Français confondus vous demander un pourparler ; et, maintenant, au Ueu de boulets enveloppés de flammes qui jetteraient dans vos murailles la fièvre et la terrible mort, ils ne vous envoient que de douces paroles enveloppées de fumée pour jeter dans vos oreilles une erreur funeste à votre fidélité ; ajoutez-y la croyance qu'elles méritenti bons citoyens, laissez-nous entrer, nous, votre roi^ dont les forces épuisées par la fatigue d'une marche si précipitée réclament un asile dans les murs de votre cité.
PHILIPPE. — ^Lorsque j'aurai parléj répondee-nous à
tous deux. Voyez à ma main droite, dont la protection est engagée par mi vœu sacré à la cause de celui qu'elle tient, le jeune Plantagenet, fils du frère aîné de cet homme et son roi, comme de tout ce qu'il possède : c'est au nom de ses justes droits foulés aux pieds, que nous foulons dans un appareil de guerre ces vertes plaines devant votre ville ; n'étant votre ennemi, qu'autant que l'exigence de notre zèle hospitalier, pour les intérêts de cet enfant opprimé, nous en fait un religieux devoir. Ne vous refusez donc pas à rendre l'hommage que vous devez à celui à qui il est dû, à ce jeune prince ; et nos armes aussitôt, semblables à un ours muselé, n'auront plus rien de teriible que l'aspect ; la fureur de nos canons s'épuisera vainement contre les nuages invulnérables du ciel; et, par une heureuse et tranquille retraite, avec nos épées sans entailles et nos casques sans coups, nous remporterons dans notre patrie ce sang bouillonnant que nous étions venus verser contre votre ville, et laisserons en paix vous, vos enfants et vos fenunes ; mais si vous dédaignez follement Toffre que nous vous proposons, ce n'est pas l'enceinte de vos antiques remparts qui vous garantira de nos messagers de guerre, quand ces Anglais et leurs forces seraient tous logés dans leurs vastes circonférences. Dites-nous donc si nous serons reçus dans votre ville comme maîtres, au nom de celui pour ç[ui nous réclamons la soumisson ; ou donneronsnous le signal à notre fureur, et marcherons-nous à travers le sang à la conquête de ce qui nous appartient ?
UN crroYEN.— En deux mots, nous sommes les sujets du roi d'Angleterre, c'est pour lui et en son nom que nous tenons cette ville.
LEROiJEAN. — Reconnaissez donc votre roi, et laissezmoi entrer.
UN CITOYEN.— Nous uo le pouvons pas : mais à celui qui prouvera qu'il est roi , à celui-là nous prouverons que nous sommes fidèles ; jusque-là, nos portes sont barrées contre l'univers entier.
LEROIJEAN.— La couronne d'Angleterre n'en prouve-