ACTE II, SCÈNE IL
goûtez- Vous ce bizarfe conseil, puissants souverains? ne sent*il pas un peu sa politique?
LE ROI JEAN.— Par le ciel suspendu sur nos têtes, je le goûte fort.— Roi de France, joindrons-nous nos forces, et mettrons-nous Angers de niveau avec le sol, quitte à combattre ensuite pour savoir qui en sera roi?
LE BATARD.— Insulté commo nous par cette ville opiniâtre, si tu as le cœur d'un roi, tourne la bouche de ton artillerie , comme la nôtre , contre ses remparts insolents ; et lorsque nous les aurons renversés, alors défions-nous les uns les autres, et travaillons péle-méle entre nous, pour le ciel ou pour l'enfer.
PHILIPPE.— Qu'il en soit ainsi.— Parlez, par où donnerez-vous l'assaut?
LE ROI JEAN. — C*est de l'ouest que nous enverrons la destruction dans le sein de cette cité.
L'ARcmouc. — Moi du nord.
PHILIPPE.— Notre tonnerre fera pleuvoir du sud sa pluie de boulets.
LE BATARD. — 0 sago plan de bataille I du nord au sud I l'Autriche et la France se tireront dans la bouche l'im de l'autre! je les y exciterai: venez, allons, allons !
UN CITOYEN. — Écoutez-nous, grands rois : daignez vous arrêter un instant, et je vous montrerai la paix et la plus heureuse union ; gagnez cette cité sans coups ni blessure; épargnez la vie de tant d'hommes, venus ici pour la sacrifier sur le champ de bataille, et laissez-les mourir dans leurs lits : ne persévérez point, mais écoutez-moi, puissants rois I
LE ROI JEAN. — Parlez avec confiance; nous sommes prêts à vous écouter.
UN CITOYEN. — Cette fille de l'Espagne que voilà, la princesse Blanche, est proche parente du roi d'Angleterre ; comptez les années de Louis le dauphin et celles de cette aimable fille. Si l'amour charnel cherche la beauté, où la trouvera-t-il plus séduisante que chez Blanche? Si le pieux amour cherche la vertu, où la trouvera-t-il plus pure que chez Blanche? Si l'amour ambitieux aspire à un mariage de naissance, dans quelles
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veines bondit un sang plus illustre que celui de la princesse Blanche? Ainsi qu'elle, le jeune Dauphin est de tout point accomph en beauté, vertu, naissance ; ou s'il ne vous semblait accompli, dites seulement que c'est qu'il n'est point elle ; et elle à son tour ne manquerait de rien qu'on pût appeler besoin, si ce n'était manquer de quelque chose que de n'être point lui ; il est la moitié d'un homme béni de Dieu qu'elle est appelée à compléter ; elle est la moitié parfaite d'un tout parfait, dont la plénitude de perfection réside en lui. Oh ! comme ces deux ruisseaux d'argent, lorsqu'ils seront réunis, vont faire la gloire des rivages qui les contiendront ! et vous, rois, vous serez les rivages de ces deux ruisseaux confondus ; vous serez, si vous les mariez, les deux. bornes qui contiendront les deux princes. Cette union fera plus contre nos portes si bien fermées, que ne pourraient faire vos batteries; car, dès l'instant de cette alliance, nous ouvrirons toute grande leur bouche pour votre passage plus rapidement que ne le ferait la poudre pour vous laisser entrer ; mais, sans cette alliance, la mer en furie n'est pas à moitié aussi sourde, les Uons plus intrépides, les [montagnes et les rochers plus immobiles ; non, la Mort' elle-même n'est pas à moitié aussi inflexible dans son acharnement mortel, que nous dans le dessein do défendre cette cité.
LE BATARD.— Vraiment, voici un partisan qui fait sauter hors de ses haillons le cadavre pourri de la vieille Mort ; sa large bouche vomit la mort et les montagnes, les rochers ^t les mers! il parle des lions mugissants aussi familièrement que les jeunes filles de treize ans de petits chiens ! Quel est le canonnier qui a engendré ce sang bouillant? Il vous entretient tranquillement de canons, de feu, de fumée et de bruit ; il nous donne la bastonnade avec sa langue, mes oreilles sont rouées; il n'est pas une de ses paroles qui ne donne mieux un soufflet qu'un poing de France. Pour Dieu, je ne fus jamais si accablé de paroles, depuis que, pour la première fois, j'appelai papa le père de mon frère.
ÉLÉONORE. — Mon fils^ prêtez l'oreille à cet arrange-