ACTE II, SCÈNE II
ment, faites ce mariage ; donnez à notre nièce une dot suffisante ; car, par ce nœud, vous affermirez si sûrement sur votre tête une couronne maintenant mal assurée que cet enfant à peine éclos n'aura plus de soleil pour mûrir la fleur qui promet un fruit si vigoureux. Je vois, dans les regards du roi de France de la disposition à céder.... Voyez comme ils se parlent bas : pressez-les, tandis que leurs âmes sont ouvertes à cette ambition , de peur que leur zèle, maintenant amolli, sous le souffle aérien des douces paroles de la prière, de la pitié et du remords, ne se refroidisse et ne se gèle de nouveau.
i3N CITOYEN. — Pourquoi vos deux Majestés ne répondent-elles pas à ces propositions pacifiques de notre ville menacée ?
pmLippE. — Roi d'Angleterre, parlez d'abord, vous qui avez été le premier à parler à cette cité : que dites-vous?
LERoiJEAN. — Si le dauphin, ton noble fils, peut lire dans ce livre de beauté, /aime, la dot de Blanche égalera celle d'une reine; car PAnjou et la belle Touraine, le Maine, Poitiers, en un mot tout ce qui de ce côté de la mer, excepté cette ville que nous assiégeons, relève de notre couronne et dignité, ornera son lit nuptial, et la rendra riche en titres, honneurs et avantages, comme elle marche déjà de pair en beauté, en éducation et en naissance, avec n'importe quelle princesse de Tuni vers.
pmLippE. — Qu'en dis-tu, mon garçon? Regarde la figure de la princesse.
Loms.— Je le fais, seigneur; et dans son œil, je trouve une merveille ou un miracle mei'veilleux , l'ombre de moi-même tracée dans son œil; et cette ombre, quoique n'étant que l'ombre de votre fils, devient un soleil, et fait de votre fils une ombre. Je proteste que je ne me suis jamais tant aimé, que depuis que je vois ainsi mon portrait tiré dans le tableau flatteur de son œil.
(Il parle bas à Blanche.)
LE BATARD.— Tiré daus le tableau flatteur de son œil, pendu au pli de son sourcil froncé, et écartelé dans son cœur ! ^Lui-même il s'annonce pour un traître à l'amour.
2â8 LE ROi JEAN.
Ce serait vraiment pitié qu'un ausi^ sot imbécile fût pendui tiré et écartelé dan» un aussi aimable objets
BLANCHE.— La volonté de mon oncle, sous ce rapport, est la mienne. S'il voit en vous quelque chose qui lui plaise, ce qu'il y voit, ce qui lui plaît, je puis facilement le transporter dans ma volonté, ou, si vous voulez, pour parler plus convenablement, l'imposer, facilement à mon amour. Je ne veux point vous flatter, mon prince, en vous disant que tout ce que je vois en vous est (Ûgne d'amour; seulement, je ne vois rien en vous que je puisse, même en vous donnant pour juge leSj pensées les plus sévères, trouver digne de haine.
LEROiJEAN.— Que discut ces jeunes gens? Que ditesvous, ma nièce ?
BLANCHE, — Qu'elle est obUgée, en honneur, à faire tout ce que vous daignerez décider dans votre sagesse,
LE ROI JEAN. — Parlez donc, seigneur dauphin, pouvezvous aimer cette princesse?
LOUIS. — Demandez plutôt si je puis m'empêcher de l'aimer, car je l'aime très-sincèrement.
LE ROI JEAN. — Avec elle je te donne les cinq provinces du Vexin, de la Touraine, du Maine, de Poitiers et de r Anjou; et j'ajoute encore à cela trente mille marca d'Angleterre. — Philippe de France, si tu es content, ordonne à ton fils et à ta fille d'unir leurs mains.
PHILIPPE. — Je suis content. — Jeunes princes, unissez vos mains.
l'archiduc. — Et vos lèvres aussi; car je suis bien sûr, d'avoir fait ainsi lorsque je fus fiancé.
PHILIPPE. — Maintenant, citoyens d'Angers, ouvrez vos portes ; laissez entrer cette paix que vous avez faite^ car sur l'heure, à la chapelle de Sainte-Marie, les cérémonies
A Drawn in the flattering table ofker »ye
Hang'd in the frowning lorinkle of her hrow And quarterd in her heart,
Faulconbridge joue ici sur les trois mots : drawn (peint et tiré), hang'd (suspendu et pendu), et quarter'd (mis en quartiers, et écartelé, terme de bU^on).