‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 143 sur 301 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

LE BATARD. — Et jette unç peau de veau sur tes membres de lâche.

l'archiduc, — Tu n'oseras pas le dire, vilain, sur ta vie.

LE BATARD. — ^Et jette imc peau de veau sur tes membres de lâche.

LE ROI JEAN. — Cela ne nous plaît pas; tu t'oublies.

(Entre Pandolphe.)

PHILIPPE.— Voici le saint légat du pape.

PANDOLPHE.— Salut, délégués et oints du ciel! C'est à' toi, roi Jean, que s'adresse ma sainte mission. Moi Pandolphe, cardinal du superbe Milan, et ici légat du pape Innocent, je demande pieusement en son nom pourquoi tu insultes si obstinément l'Eglise notre sainte mère, et pourquoi tu tiens éloigné de force Etienne Langton, élu archevêque de Cantorbéry, de ce siège saint? au nom de notre susdit saint-père le pape Innocent, je te le demande.

LE ROI JEAN. — Quel uom sur la terre peut imposer un interrogatoire à la libre voix d'un roi sacré? Tu ne peux, cardinal, inventer pour me sommer de répondre un nom plus impuissant, plus méprisé ejt plus ridicule que celui du pape. Va lui raconter ce que je te dis, et ajoutes-y encore ceci de la bouche du roi d'Angleterre : « Qu'aucun prêtre italien ne viendra lever ni dîmes ni droits dans nos Etats; mais que, comme nous sommes après Dieu le, chef suprême, nous maintiendrons seuls, sous sa protection, là où nous régnerons, cette haute suprématie, sans l'assistance d'aucune main mortelle. » Dis cela au pape, en mettant de côté tout respect pour lui et pour son autorité usurpée.

PHILIPPE.— Mon frère d'Angleterre, ceci est un blasphème.

LE ROI JEAN.— Vous, ct tous Ics rois de la chrétienté, vous vous laissez conduire par les grossiers artifices de ce prêtre intrigant, effrayés d'une excommunication dont l'argent peut vous relever; et par les mentes de l'or vil, de cet alliage, de cette poussière, vous achetez des absolutions corrompues d'un homme qui dans ce marché aliène Fabsolution dont il aurait lui-même be-

soin. Bien que vous et tout le reste, grossièrement séduits^ souteniez de vos revenus cette diabolitjue jonglerie; moi, moi seul, tout seul, je résiste au pape, et tiens ses amis pour mes ennemis.

PANDOLPHE. — Eh bien, en vertu du pouvoir légitime dont je suis revêtu, tu seras maudit et excommunié. Béni sera celui qui abandonnera son allégeance envers un hérétique ; et la main qui , par quelque voie secrète , tranchera ton exécrable vie sera tenue pour méritoire, canonisée et révérée comme celle d^un saint.

CONSTANCE. — Ohl que pour un instant Rome me donne le droit de maudire avec elle ! Bon père cardinal, crie amen à mes amères malédictions ; car, sans mes injures, nulle langue n'a pouvoir pour le maudire autant qu'il le mérite !

PANDOLPHE.-— Madame, j'ai pouvoir et mission pour maudire.

CONSTANCE.— El moi aussi. Lorsque la loi ne peut plus faire justice, qu'il devienne légitime que la loi ne puisse mettre obstacle à l'injure. La loi ne peut ici rendre à mon fils son royaume, car celui qui tient le royaume . tient aussi la loi. Ainsi puisque la loi elle-même est une complète injustice, comment la loi pourrait-elle interdire à ma langue les malédictions?

PANDOLPHE. — ^Philippe de France, sous peine de l'excommunication, quitte la main de cet archihérétique ; et, à moins qu'il ne se soumette à Rome, soulève contre sa tête toutes les forces de la France.

ÉLÉONORE.— Tupâlis,roideFrance?Neretîrepastamain.

CONSTANCE.— Prends bien garde, démon, que le roi de France ne se repente, et, dégageant sa main, ne fasse perdre une âme à l'enfer.

L'ARCHmuc. — Roi Philippe, écoutez le cardinal.

LE BATARD.— Et couvro d'uuo peau de veau ses membres de lâche !

L'ARCHmuc— Misérable, il faut que j'empoche toutes ces insultes , parce que. . . .

LE BATARD.— Parce que vos braies sont faites pour les porter.

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