ACTE m, 8CÈNË I
LE Mî lEAN. -* Philippe, que réponds-tu au cardinal?
<20NSTANCË.— Que peut-il dire que le cardinal n'ait dit?
LOUIS. — ^Réfléchissez, mon père ; vous avez à choisir entre la pesante malédiction de Rome, et la légère perte de Tamitié de TAngleterre. Préférez ce qu'il y a de plus facile à supporter.
BLANCHE.— C'est l'excommunication de Rome.
CONSTANCE.— 0 Louîs, ticus ferme ; le démon te tente ici sous la forme d'une nouvelle épouse dépouillée de ses parures de noce.
BLANCHE. — ^La princesse Constance ne parle pas diaprés sa foi, mais d'après ses nécessités.
CONSTANCE. — ^Oh ! si tu conviens de mes nécessités, qui n'existent que parce que toute foi a péri, de ces nécessités tu dois nécessairement inférer le principe que la foi revivra quand les nécessités périront. Poule donc aux pieds mes nécessités, et la fbi se relève ; relève mes nécessités, la foi est foulée aux pieds.
LE ROI JEAN. — Le roi est ému et ne répond rien.
CONSTANCE, à PMippe.— Ohl éloignez-vous de lui, et répondez bien.
l'archiduc. — Faites-le, roi Philippe, et ne demeurez pas plus longtemps suspendu dans le doute.
LE BATARD. — Ne suspcudcz rfcn quune peau de veau, bonhomme.
. PHILIPPE.— Je suis perplexe et ne sais que dire.
PANDOLPHE. — Que pourroz-vous dire qui ne vous jette dans des perplexités plus grandes, si vous êtes excommunié et maudit?
PHILIPPE. — Mon bon révérend père, mettez-vous à ma place, et dites-moi comment Vous vous conduiriez vousmême. (Montrant le roi Jean,) Ma main vient de s'enchaîner à sa main royale, et Taccord intime de nos deux âmes, unies par une alliance, les tient associées et liées l'une à l'autre de toute la force et la sainteté des serments religieux. Les derniers souilles qui aient rendu le son des paroles ont profondément juré foi, paix, affection, amitié sincère entre nos deux royaumes et nos deux personnes royales : et avant ce traité, bien peu de
temps avant, ce qu'il nous fallut seulement pour bien laver nos mains prêtes à se serrer dans un royal traité de paix, le ciel sait comment elles avaient été teintes et souillées par le pinceau du carnage, et comment la vengeance y avait peint les effroyables discordes de deux rois irrités. Et ces mains si récemment purifiées de sang, si nouvellement unies dans Taffection, si puissantes dans la haine et l'amitié, se relâcheront de leur étreinte et de leurs mutuels signes d'attachement ! nous pourrions nous jouer ainsi de la foi, nous moquer du ciel, et faire de nous à ce point des enfants inconstants, que, détachant nos mains Tune de l'autre, nous voulussions abjurer la foi jurée, conduire sur le lit nuptial de la paix souriante une armée ensanglantée, et élever le tumulte sur le front serein de la loyale sincérité I 0 saint homme, mon révérend père, qu'il n'en soit pas ainsi ! Veuillez par votre grâce nous présenter, nous prescrire, nous imposer quelque condition supportable , et nous nous trouverons heureux de vous obéir et de rester amis.
PANDOLPHE. — Toute fonue est difforme, tout ordre est désordre, qui ne se montre point ennemi de Talliance de r Angle terre. Ainsi, aux armes! soyez le champion de notre ÉgUse, ou que l'Église notre mère prononce sa malédiction, la malédiction d'une mère sur son fils rebelle. Roi de France, il y a moins de danger pour toi à tenir un serpent par la langue, un lion enfermé par sa grifTe mortelle, un tigre à jeun par les dents, qu'à garder en paix cette main que tu tiens.
PHILIPPE, — Je puis bien retirer ma main, mais non pas ma foi.
PANDOLPHE^ — Ainsi tu fais de la foi l'ennemie de la foi, et, comme dans une guerre civile, tu élèves ton serment contre ton serment et ta parole contre ta parole. Oh ! que ton serment juré d'abord au ciel, soit d'abord accompli envers le ciel : c'est-à-dire, sois champion de notre Église ! tout ce que tu as juré depuis, tu l'as juré contre toi-même, et toi-même ainsi ne peux l'accomplir ; car le mal que tu as promis de faire n'est point mal s'il est fait à bon droit ; et ne le pas faire lorsque le faire