‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 15 sur 301 · I.ANCELOT. — Vous scrvir, monsieur · texte numérisé non relu

I.ANCELOT. — Vous scrvir, monsieur

GOBBO. — C'est là où le bât nous blesse, monsieur.

BASSANIO.— Je te connais très-bien : tu as obtenu ta requête. Shylock, ton maître, m'a parlé aujourd'hui même, et t'a fait réussir, supposé que ce soit réussir que de quitter le service d'un riche Juif, pour te mettre à la suite d'un si pauvre gentilhomme que moi.

LANCELOT. — Le vieux pi'overbe est très-bien partagé entre mon maître Shylock et vous, monsieur : vous avez la grâce de Dieu, monsieur, et lui, il a de quoi.

BASSANIO. — C'est fort bien dit : bon père, va avec ton fils. — Prends congé de ton ancien maître, et informe-toi de ma demeure, pour t'y rendre. (A ses gens,) Qu'on lui donne une livrée plus galonnée que celle de ses camarades. Ayez-y l'œil.

LANCELOT. — Moji pèrc, entrons. — Je ne sais pas me procurer du service ; non, je n'ai jamais eu de langue dans ma tête. — Allons {considérant la paume de sa main)^ si de tous les hommes en Italie, qui ouvrent la main pour jurer sur l'Évangile, il y en a un qui présente une plus belle table.... je dois faire fortune; tenez, voyez seulement cette ligne de vie ! Pour les mariages, ce n'est qu'une bagatelle ; quinze femmes, hélas I ce ne serait rien ; onze veuves et neuf pucelles, ce n'est que le simple nécessaire d'un homme. Et ensuite échapper trois fois au danger de se noyer, et courir risque de la vie sur le bord d'un lit de plume.... Ce n'est pas grand'chose en effet que de se tirer de là. Allons, si la fortune est femme, c'est une bonne pâte de femme de m' avoir donné

de pareils linéaments.— Venez, mon père, je vais prendre congé du Juif dans un clin d'œil.

(Lancelot etGobbo sortent.)

bâssanio. — Je te prie, cher Léonardo, songe à ce que je fai recommandé. Quand tu auras tout acheté et distribué comme je te Tai dit, reviens promptement ; car je traite chez moi, ce soir, mes meilleurs amis. Dépêchetoi, va.

LÉONARDO. — ^Je ferai tout cela de mon mieux.

(Entre G-ratiano.)

GRATiANo. — Où est votrc maître?

LÉONARDO. — Là-bas, monsieur, qui se promène....

(Léonardo sort.)

GRATIANO.— Seigneur Bassanxo !

BASSANIO. — Ha ! Gratiano !

GRATiANOi— J'ai une demande à vous faire.

BASSANIO.— Elle vous est accordée.

GRATIANO. — Vous ue pouvcz me refuser; il faut absolument que je vous accompagne à Belmont.

BASSANIO. — Très- bien, j'y consens.— Mais écoute, Gratiano.—Tu es trop sans façon, trop brusque; tu as un ton de voix trop tranchant.— Ce sont des qualités qui te vont assez bien, et qui à nos yeux ne semblent pas des défauts ; mais partout où tu n'es pas connu, te dirai-je ? elles annoncent quelque chose de trop libre. — Je fen prie, prends la peine de tempérer ton esprit trop pétulant par quelques grains de retenue, de peur que l'irrégularité de tes manières ne soit Interprétée à mon désavantage dans le lieu où je vais, et ne me fasse perdre mes espérances.

GRATIANO. — Seigneur Bâssanio, écoutez-moi; si je ne prends pas le maintien le plus modeste, si je ne parle pas respectueusement, ne laissant échapper que quelques jurons de temps à autre ; si je ne me présente pas de Tair plus grave, toujours des livres de prières dans ma poche ; si même, lorsqu'on dira les grâces, je ne ferme pas les yeux avec componction en tenant ainsi mon chapeau, et poussant un soupir, et disant amen; enfin si je n'observe pas la civilité jusqu'au scrupule,

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