ACTE III, SCÈNE IV
ment sur ma tête, quand mon esprit est dans un tel désordre. (Elle arrache sa coiffure,) — ^0 seigneur! mon enfisuit, mon Arthur, mon cher fils> ma vie, ma joie, ma nourriture, mon univers, la consolation de mon veuvage, le remède de tous mes chagrins !
(Elle sort.)
PHILIPPE. — ^Je crains qu^elle ne se fasse du mal. Je vais la suivre.
(Il sort.)
LOUIS. — Il n'est plus rien dans le monde qui puisse me donner aucune joie. La vie est aussi ennuyeuse pour moi qu'une histoire deux fois racontée dont on rebat l'oreille fatiguée d'un homme assoupi. La honte amère a tellement gâté le goût des douceurs de ce monde, qu'il ne me rend plus que honte et qu'amertume.
PANDOLPHE. — ^Avant qu'une forte maladie soit guérie, l'instant même qui ramène la vigueur et la santé est celui de la crise la plus violente et le mal qui prend congé de nous montre en nous quittant ce qu'il a de plus cruel. Qu'avez -vous donc perdu en perdant la journée?
LOUIS.— Toutes mes journées de gloire, de plaisir et de bonheur.
. PANDOLPHE. — Cela serait certainement ainsi si vous l'aviez gagnée. — Non, non, c'est quand la fortune veut le plus de bien aux hommes qu'elle les regarde d'im œil menaçant. Il est étrange de penser tout ce qu'a perdu le roi Jean dans ce qu'il croit avoir si clairement gagné. — — N'êtes-vous pas afiligé qu'Arthur soit son prisonnier?
LOUIS. — Aussi sincèrement qu'il est satisfait de l'avoir.
PANDOLPHE. — Votre esprit est aussi jeune que votre âge. Écoutez-moi maintenant vous parler avec un esprit prophétique : le souffle seul de ce que j'ai à vous dire va emporter jusqu'au dernier brin de paille, jusqu'au dernier obstacle du chemin qui doit conduire vos pas au trône d'Angleterre. Écoutez donc. — ^Jean s'est emparé d'Arthur, et tant que la chaleur de la vie se jouera dans les veines de cet enfant, il est impossible que Jean, mal affermi, jouisse d'une heure, d'une minute, d'une seule
respiration tranquille. Le sceptre qu'arrache une main révoltée ne peut être retenu que par la violence qui Ta acquis ; et celui qui se tient dans un endroit glissant ne fera point scrupule de se retenir aux plus vils appuis pour rester debout. Pour que Jean puisse se soutenir, il faut qu'Arthur tombe....— Ainsi soit-il, puisque cela ne peut être autrement.
LOUIS. — Mais que gagnerai-je à la chute du jeune Arthur?
PANDOLPHE. — Vous pourrez, grâce aux droits de la princesse Blanche votre épouse, prétendre à tout ce qu'Arthur réclamait.
LOUIS. — Et le perdre, et la vie avec, comme Arthur.
PANDOLPHE. — Oh ! que vous êtes jeune et nouveau dans ce vieux monde I Jean complote à votre profit ; les événements conspirent avec vous ; car celui qui baigne sa sûreté dans un sang loyal ne trouvera qu^une sûreté sanglante et perfide : cette action si odieusement conçue refroidira le cœur de tous ses sujets et glacera leur zèle, tellement qu'ils saisiront avec transport la première occasion d'ébranler son trône. On ne verra plus dans le ciel une exhalaison naturelle ; il n'y aura plus \m écart de la nature, pas un jour mauvais, pas un vent ordinaire, pas un événement accoutumé qu'on ne les dépouille de leurs causes naturelles pour les appeler des météores, des prodiges, des signes funestes, des monstruosités, des présages, des voix du ciel annonçant clairement sa vengeance contre Jean,
LOUIS. — Il est possible qu'il n'attente pas à la vie d'Arthur, et se croie suflisamment rassuré par sa captivité.
PANDOLPHE. — Ah ! seigneur, quand il saura que vous approchez, si le jeune Arthur n'est pas déjà mort, il mourra à cette nouvelle ; et alors les cœurs de son peuple, révoltés contre lui, baiseront les lèvres d'un changement inconnu ; ils trouveront au bout des doigts sanglants de Jean de puissants motifs de rébellion et de fureur. Il me semble déjà voir ce bouleversement sur pied. Et combien se prépare- t-il pour vous des affaires meilleures que je ne vous ai dites ! Le bâtard Faulcon*