ACTE IV, SCÈNE II
de Français belliqueux qui étaient déjà rangés en bar taille dans le pays de Kent. Un autre ouvrier maigre et tout sale vint interrompre son péeit pour parler de la mort d'Arthur.
LE ROI JEAN, r-^ Pourquoi cherches-tu à me remplir l'âme de toutes ces terreurs? Pourquoi reviensrtu si sauvent sur la mort du jeune Arthur? C'est ta main qui Ta assassiné : j^avais de puissantes raisons de souhaiter sa mort, mais tu n'en avais aucune de le tuer.
HUBERT. — Aucune, seigneur? Quoi I ne m'y avez-vous pas excité?
LE ROI jEAN.-rC'est la malédiction des rois d'ôtre environnés d'esclaves qui regardent leurs caprices comme une autorisation d'aller briser de force la sanglante demeure de la vie ; qui voient un ordre dans le moindre clin d'œil de l'autorité, et s'imaginent deviner les intentions menaçantes du souverain dans un regard irrité, qui vient peut-être d'humeur, plutôt que d'aucun motif réfléchi.
HUBERT.— ^Voilà votre seing et votre sceau comme garantie de ce que j'ai fait.
LE ROI JEAN.— Oh I quand se rendra le dernier compte entre le ciel et la terre, cette signature et ce sceau déposeront contre nous pour notre damnation.— Combien de fois la vue des moyens de commettre une mauvaise action a-t-elle fait commettre cette mauvaise action J Si tu n'avais pas été près de moi, toi, un misérable choisi, marqué, désigné par la main de la nature pour accomplir de Ixonteuses actions, jamais l'idée de ce meurtre ne fût entrée dans mon âme. Mais en remarquant ton visage odieux, te voyant propre à quelque sanglante infamie, tout fait, tout disposé pour être employé à des actes dangereux, je m'ouvris faiblement à toi de la mort d'Arthur : et toi, pour gagner la faveur d'un roi, tu ne t'es pas fait scrupule de détruire un prince î
HUBERT. — Seigneur I . . . .
LE ROI JEAN. — Si tu avais seulement secoué la tête, si tu avais gardé un moment le silence quand je te parlais à mots couverts de mes desseins; si tu avais fixé sur
moi un regard de doute comme pour me demander de m'expliquer en paroles expresses, imé honte profonde m'eût soudain rendu muet, m'eût fait rompre l'entretien, et tes craintes auraient fait naître en moi des craintes : mais tu m'as entendu par signes, et c'est par signe que tu as parlementé avec le péché. Oui ! c'est sans im seul instant de retard que ton cœur s'est laissé persuader, et que ta main cruelle s'est hâtée en conséquence d'accomplir l'action que nos deux bouches avaient honte d'exprimer I — Ote-toi de mes yeux, et que je ne te revoie jamais ! — Ma noblesse m'abandonne, une armée étrangère vient jusqu'à mes portes braver ma puissance : que dis-je ! au dedans même de ce pays de chair, de cet empire où se renferment le sang et la vie, éclatent les hostilités , et la guerre civile règne entre ma conscience et la mort de mon cousin.
HUBERT. — Armez- vous contre vos autres ennemis ; je vais faire la paix entre votre âme et vous ;. le jeune Arthur est vivant. Cette main est encore innocente et vierge, et ne s'est point teinte des taches rouges du sang : jamais encore n'est entré dans ce sein le terrible sentiment d'une pensée meurtrière; et vous avez calomnié la nature dans mon visage, qui, bien que rude à l'extérieur, couvre une âme trop belle pour être le boucher d'un enfant innocent.
LE ROI JEAN.— Quoi! Arthur vit? Ohl cours promptement vers les pairs ; jette cette nouvelle sur leur fureur allumée, fais-les rentrer sous le joug de l'obéissance. Pardonne-moi le jugement que ma colère portait sur ta physionomie, car ma fureur était aveugle ; et les affreux traits de sang dont te couvrait mon imagination te représentaient plus hideux que tu ne l'es. Oh! ne me réplique pas; mais hâte-toi autant qu'il sera possible d'amener dans mon cabinet les lords irrités : je t'en conjure bien lentement; cours plus vite.
(Ils sortent.)